Il est bon d’entendre la CFDT vitupérer les intermittents en lutte ainsi que les cheminots en grève reconductible au motif qu’ils comprommettraient de “bons accords”, et signeraient qui la mort du spectacle vivant, qui la mort du rail, en les faisant capoter.
De bons accords c’est à dire de ces potions profondément rétrogrades légèrement parfumée d’une goutte de progressisme apparent ou de modernisation impérative (qui ont pour résultat un retour social d’un bon siècle en arrière) dont les hiérarques totalement libéralisés de la CFDT ont le secret. On ne peut que supposer que ces accords leur assurent les bontés du patronat dans les instances du paritarisme, la reconnaissance du gouvernement et une plus grande intégration encore dans les institutions d’une Europe qui échappe à tout contrôle démocratique même minimaliste.
C’est bon parce que ça signifie qu’il y a un enjeu, au moins ça, et en l’occurrence un enjeu qu’il faut absolument mesurer car les intermittents et les cheminots s’attaquent à une partie décisive à laquelle nous devons instamment apporter au plus vite notre concours partout où nous le pouvons.
Ils portent sur leurs épaules le devenir du mouvement social si atone et si pauvrement défensif ces derbières années, comme frappé de scepticisme et de sidération devant une gauche à l’incapacité profonde d’être de gauche ou bien de se réinventer. Même si des éminences de la gauche socialiste (mais si) se déclarent atterrées, on se demande quand même comment elles ont fait pour ne pas s’atterrer plus tôt, plus vite, plus courageusement qu’au moment de voir le bateau couler (et eux avec).
S’ils gagnent c’est la vanne ouverte à d’autres luttes, d’autres aspirations étouffées, ravalées, c’est l’Europe en crise que la montée des scepticismes droitiers et nationalistes a déjà secouée. C’est le droit retrouvé de se battre sans qu’on vous reproche de prendre les autres en otages, d’oser avoir des droits et d’estimer qu’il n’y a rien de plus urgent ni de plus noble que les défendre.
Ce sera énorme.
D’autant plus que s’ils gagnent c’en sera fait de Hollande. On ne sait comment il se survivra, mais il sera à coup sûr une baudriche avérée qu’il est déjà beaucoup avec à la patte ce fil des diktats du patronat et des spécialistes eurocrates de la “rigueur pour tous sauf les 1%” qui se gobergent.
Le quinquennat de Hollande semble bien devoir se jouer ce mois de juin avec ces deux luttes. Il y a fort à parier qu’il va se la jouer Tchatcher et tenir bon. Que peut-il faire d’autre ? Cela va être difficile de louvoyer avec en face de lui des combattants qui semblent vouloir taper droit, direct et jusqu’au bout. Il devrait sans doute jouer là son va tout. Se donner une autre consistance que de Flamby vis à vis des décideurs pour qui il décide déjà si mal mais décide quand même, en douce, doucereux.
S’il cède et que peut-il céder ? les uns et les autres veulent tout : le retrait. S’il cède il n’est plus rien, le pays à vau l’eau, l’Europe en mal de mer. Non ?
Tout faire pour les aider en tout cas ! Il faut, il faut qu’intermittents et cheminots gagnent et si jamais d’autres s’y joignaient…