NPA, L'HEURE DU REBOND ?

 

Le NPA va tenir prochainement congrès, un congrès vraisemblablement décisif pour l’avenir du beau projet bien amoché, de « nouveau parti anticapitaliste ». Ce congrès est « animé » par quatre tendances. Pour celles et ceux qui portent toujours intérêts au « processus NPA » il importe aujourd’hui (plutôt que de jouer les observateurs extérieurs comme Samy Johsua ici même) de dire les choses telles qu’elles se jouent, sans finasser, franco de port.

Des « entristes » lambertoïdes composent une des tendances, qui n’ont rien à faire du NPA (ni au NPA dont ils n’ont même pas adopté les principes fondateurs). A grand renfort « d’orthodoxie » marxiste supposée, ils assènent avec morgue des banalités recuites en ne cachant pas leur commisération pour leurs contradicteurs. Ce sont des entristes[1] rompus à fractionner qui fractionnent, des talmudistes de leur doxa, qui talmudent. Leurs prophéties et excommunications sonnent comme du marxisme, en ont vaguement le goût, mais en sont la caricature formelle, toute de sclérose et de répétition liturgique. Mais ils/elles sont rôdés, la jouent soft. On a déjà vu de tels raids dans le passé de la LCR, qui viennent faire leur marché dans un parti classé au mieux « centriste ».

Une autre tendance est faite d’un conglomérat de diverses moutures d’ex de LO campés sur leurs fondamentaux ouvriéristes et des certitudes têtues dont celle d’être les (marxistes)révolutionnaires, flanqués d’anciens chef(faillon?)s des ex-jeunesses de la Ligue convaincus d’être « de l’avant-garde ». Ces derniers ont quand même commis le tour de force de maintenir groupusculaire la seule organisation de jeunesse bénéficiant d’une figure jeune, moderne, ouverte et populaire au début de ce siècle, avec Besancenot. Ne pas avoir su construire une organisation de jeunes, large, insolente et innovante avec un tel porte-drapeau, il fallait le faire ! Mais pour eux, qu'importe ce bilan !

Ils s’accrochent à des fantasmes archéo-léninistes et des nostalgies soixante huitardes (celle des gauchos en parka tapant du facho en chantant la jeune garde, ou du « tournant ouvrier » qui envoyait de jeunes étudiants en usine), ont « la classe » rivée au bec comme les bourgeois leur cigare. Mais ils sont souvent post-modernes sur les questions de société…

Ils forment ainsi, ex Lo et ex JCR un curieux attelage les uns, par exemple, plus laïcards que moi tu meurs, les autres hypnotisés par l’alchimie réputée subversive du port du foulard dans le creuset gauchiste. Ils ont un dogme vague mais prégnant : la centralité ouvrière, sans qu’on sache si le postier est un ouvrier ni la caissière de supermarché donc ni où commence ni où finit ce mythe produit par… le stalinisme soucieux de diviser ouvriers, employés, intellectuels etc. Comme de juste, leur révolution s’ordonnerait sous la direction de cette "centralité ouvrière" qui sent sa resucée (voilée) de la dictature du prolétariat.

Tous sont hautainement opposés à quelqu’unité même conflictuelle, partielle, limitée avec ce qu’ils nomment en se bouchant le nez « les réformistes » du FG. Sauf évidemment si ces derniers se pliaient à la consentir sur leurs sourcilleuses instructions. Ils sont allergiques aux appels façon Copernic et Attac sommés aussi d’accepter leurs moutures. Leur versant LGBT trouvera Act-up un peu droitier et ferait son miel dans un « front des radicalités ». Ils cachent avec peine une vision du parti quelque peu centraliste-démocratique. D’aucun/es y piaffent d’impatience derrière l’incontournable Besancenot.

Je suis bien sûr de très mauvaise foi, injuste, malhonnête et tutti quanti. Je prie donc instamment celles et ceux qui les soutiennent de ne pas prendre dans mes propos motif à s’enkyster davantage dans le goût morbide de leur revival pseudo bolchévik. (ce que j’ai fui toute ma vie militante, par allergie politique et éthique, en étant à la trotsko libertaire LCR).

Il y a aussi une tendance OVNI,  a priori sympa. Elle prône un parti ouvert au fonctionnement très fédéraliste, capable d’expérimentation, aux dirigeants rotatifs et ainsi de suite, ce qui est intéressant, y voyant une esquisse de projet de société, ce qui est abusif. Elle est tellement ovni qu’accrochée à chercher comment faire parti autrement elle en oublie qu’un parti c’est… aussi une orientation.  Et pour ne pas se diviser (autrement dit pour gagner des voix, comme les autres ?) elle en omet de dire si elle envisage aussi une politique à l’image du parti qu’elle prône : ouverte, d’expérimentation, de dialogue avec toute la gauche de la gauche, bref unitaire et inventive. Du coup, elle risque fort d’élire à la future instance dirigeante du NPA des (sous ?)marins godillant entre (avec ?) d’autres tendances moins…ouvertes.

Reste la tendance canal historique NPA-LCR, celle qui veut que le NPA continue et se donne une chance de se reprendre sur les bases d’un parti anticapitaliste large, unitaire, écosocialiste pour révolutionner la société. Si elle est majoritaire en dépit de l’échec passé et de ses flous où certains voient des loups, on verra ce qu’elle donnera. Si elle ne l’est pas, le NPA partira en fumée, scission, délitement, recroquevillement… Sacré dilemme.

Maintenant elle propose surtout ça, rassembler, d’où le flou. Pour maintenir le projet à caractère indépendant et unitaire pour révolutionner etc. Mais il y a diverses façons d’être tout ça. La première tendance voit le « large » allant... largement de Lénine à Trotski ! La seconde pour partie y ajoutera un zeste de LO, pour certains le voile et les radicalités (?). Le canal historique est travaillé quand même, heureusement, par ce qui se produit en Grèce autour de Syriza. Pas simple. La GA, en choisissant la mort du NPA en ralliant le FG, a amputé la réflexion.

Côté fonctionnement et les propositions OVNI, le canal historique se montre assez d’accord pour revoir les modalités de fonctionnement interne. Jusqu’où ? Cela ne mangerait-il pas de pain de le dire ? Ses responsables (et pas seulement les anciens) dérapent régulièrement vers des façons de faire inverses pour ne pas dire calamiteuses. Le caciquat de quelques vieux routiers y reste persistant… Quant à l’audace innovatrice elle se cherche, il n’est que de voir le système de comm’, vieillot.

Tout reste à faire.

Il y a pour l’heure dans cette tendance autour d’historiques de la LCR, de convaincus du NPA, et de Besancenot, plus de raideur blessée que de souplesse entreprenante, plus d’incertitude lassée que de dynamisme conquérant, plus de godille que de cap. Toute la question est de savoir si enkylosé par les rigorismes incantatoires de ses kystes para trotskistes, le NPA trouvera l’énergie de se retrouver et reprendra de la souplesse intellectuelle, politique, organisationnelle. Celle qu’avec l’héritage de la Ligue et le dynamisme d’un « NPA », on pensait qu’elle allait décupler. Savoir si une majorité sera donnée à l’équipe « canal historique » pour qu’elle se dégage de l’embourbement groupusculaire et minorisant où le départ panicard de la GA a achevé de plonger le NPA. Si cette équipe y parvient, s’y tient, cesse ses temporisations internes, elle conquerra des marges de manœuvre pour agir dans la gauche de la gauche. (Même si la politique jusqu’auboutiste du PS pousse le PCF dans l’indépendance presque… malgré lui).

Il faut pour cela qu’elle en finisse avec les illusions « gauchères » de recomposition côté incantations et postures pseudo trotskistes, comme de sa frilosité blessée envers le Front de Gauche : passer sur la bataille perdue, pour ne pas perdre « la guerre ».

Sinon ce seront Mélenchon et son équipe de caciques hésitants, le PCF et ses apparatchiks dépolitisés qui mèneront la danse à l’aide d’un front de ralliés impuissants (ou neutralisés), front qui semble appelé à durer. Or dans le quinquennat de Hollande, il y a, il y aura besoin d’une gauche de la gauche animée par autre chose qu’un républicanisme cocardier et une politique de survie rêvant une régulation d’un capitalisme qui n’en aura cure et, si jamais, s’en dégagerait à la première occasion.

Besoin d’autre chose qu’un NPA « gaucher » incapable d’assez d’audace et de liberté pour peser sur ce Front né à gauche du PS sans s’y perdre.

Bref, un petit parti anticapitaliste vif, souple et insolent, un pied dans les luttes, l’autre dans la politique et les mains ouvertes à l’unité.

 


[1] Ce qui est comble ironique quand on connaît un peu les arcanes complexes  (que je vous épargne) des divisions historiques entre courants de la IV° internationale.

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