Les Diafoirius de la révolution

Je suis toujours amusé quand d’intrépide docteurs de la loi viennent me décerner des blâmes d’abandon de la perspective révolutionnaire.
D’abord parce que les révolutions sont des moments trop sérieux pour dépendre de ceux qui se réclament d’en être (en devenir ou en savoir) les artisans, donc les dépositaires de la doctrine.
En général les révolutionnaires patentés voient surgir les révolutions et s’époumonent à leur courir après pour les authentifier (ou pas) et les détourner ce qui au XX° siècle a donné les catastrophes que l’on sait et les ridicules calamités théoriques des groupuscules post-taliniens (= avatars du trotskisme).
Qu’ils se rassurent je n’ai pas de « perspective révolutionnaire » innée, je ne suis pas un accro à la révolution, j’y vois d’abord et avant tout un moment en général terrible, cruel et douloureux à échelle de masse. Quand elles ne le sont pas elles avortent.
Je ne cultive aucun eschatologique romantisme de la révolution, je la redoute. Je préfèrerais un passage en douceur, civilisé, consensuel du capitalisme au socialisme. Que la Bourgeoisie ait… la classe de laisser les rênes de l’Histoire aux prolétaires.
Mais voilà, la bourgeoisie est sur le fond dictatoriale. Je ne vois aucune autre issue aux dictatures qu’elles soient libérales soft ou crypto-fascistes, post staliniennes, théocratiques ou oligarchiques. La classe sociale qui régit le monde avec idéologie, éducation, police, justice, armée, clergé et mercenaires, j’en passe, s’en est attribué la possession directe de 50% des biens disponibles le reste lui servant à jouer au loto mercantile, et son absolue indifférence au sort des 99% de l’Humanité est têtue. On l’a vu et revu dès que cela lui est contesté, elle n’hésite pas à jouer de l’un l’autre, plusieurs et s’il le faut tous ses outils : idéologie, éducation, police, justice, armée, clergé et mercenaires… sans scrupule ni limite.
Donc pas de rêve de révolution par les urnes, ni de soulèvement pacifique des consciences, ni de régulation salvatrice et « équitable » par le « libre » jeu du marché.
D’où l’inéluctabilité de l’étape révolutionnaire, révolte, soulèvement, socialisation des entreprises, destruction de l’état, prise de pouvoir etc… et cela ni en dentelles ni en chanson ni en mantra révolutionnaires d’ailleurs, mais dans un chaos destructeur pour refonder le monde d’après, le vrai et après le leur.
Maintenant comment ?
Déjà pas tout seul, hein ?
Pas avec la pensée magique qu’il suffira d’être une poignée de « vrais » révolutionnaires à patente, dûment rodés aux débats de tendances et animateurs dévoués de sections syndicales, et que le jour où elles s’énerveront les masses frappées par la révélation désigneront comme leur avant-garde, leur parti, leurs guides suprêmes avec une pyramide de grands, de moyens et de petits guides, du soviet suprême à mon soviet de quartier à moi.
On sait un peu ce que cela a donné.
Déjà on pourrait commencer par ne plus penser « parti révolutionnaire » mais « parti des révolutionnaires ». Parce que qui dit parti révolutionnaire glisse très vite vers le Parti, l’âme, le cerveau, le messie du prolétariat qui même s’il a tort représente un tel enjeu face à l’hydre contre-révolutionnaire qu’on doit « quand même » le couvrir. Relisez l’orchestre rouge. Donc non je ne suis pas pour construire Le Parti Révolutionnaire.
« Parti des révolutionnaires » reconnaîtrait déjà qu’il n’y a pas un type de révolutionnaire, un modèle, mais des révolutionnaires avec les mille et une nuances, espérons pas tant que ça, que la réflexion et l’action pour venir à bout du capitalisme peuvent susciter. Parce que si c’était simple ça se saurait. Et y compris des révolutionnaires qui hésitent sur la voie à suivre en gardant l’espoir qu’in fine, un peu de pacifisme pourra peut-être réussir, que face au nombre, à la quasi unanimité la bourgeoisie divisée cédera. La foi en l’Humanité c’est aussi cela, dangereux mais optimiste.
Au fait quel est l’ennemi à abattre : le capitalisme, non ?
Alors, histoire de ne pas rester seuls à crier Révolution ! dans le désert, peut-être pourrait-on inviter à penser et agir en commun ceux qui sont fermement, obstinément et viscéralement décidés à en finir avec le capitalisme, ceux avec qui nous luttons sur mille et uns terrain au quotidien. On peut parier quand même que chemin faisant, l’inéluctabilité d’une révolution leur apparaîtra. Parions et si on parvient à abattre le capitalisme sans révolution, hé bien nous aurions eu tort et après tout, tant mieux !
Ne rêvons pas trop quand même…
On pourrait donc passer à un parti des anticapitalistes et des révolutionnaires… que l’action anti-capitaliste souderait, parce que de ce côté il y a à faire !
Le débat politique sur le monde d’après et comment y parvenir nourrirait ce rassemblement, chemin faisant, d’expérience partielle en expérience partielle, d’échéance politique en échéance politique, d’échec partagé et victoire fêté… Sans se jeter à la figure des brevets de ceci ou cela ni des citations de Trotski, Lénine, Bakounine ni même… Pierre Rabhi ! Il y a de drôles de zozos qui sont anticapitalistes !
Un parti des anticapitalistes et des révolutionnaires !
Loin des brevets de révolutionarité…
Voilà une idée qu’elle est bonne. Je me sidère !
Mais, au fait, ça c’était le NPA non ?
(Je dis « c’était » parce que depuis… faut pas déconner !)
Alors si tel ou tel petit Diafoirius de la loi me refuse le brevet de révolutionnaire, bon, je me contenterais d’anticapitaliste.
Un bon début, non ?

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