Entre réac racistes et burkini bigots... quelle misère !

 

Il est tristement sinistre d'avoir à arbitrer en réac racistes et burkini bigot... Il est sinistrement ironique de voir les pères la pudeur d’hier et d’aujourd’hui vouloir chasser de « nos » plages le port stupide du burkini. Ce sont les mêmes qui avant hier chassaient l’indécence du bikini, aujourd’hui souvent le « malséant » monokini, et évidemment les naturistes interdits de cité ou relégués dans des endroits payants quand ils ne sont pas éloignés…

 

 Il n’en est pas moins vrai que le burkini est une offense à nos libertés, à nos luttes, à nos conquêtes, hommes et femmes, depuis un siècle : nous avons conquis le droit d’avoir un corps, de nous émanciper des pudibondries d’antan, religieuses ou morales, de ne plus voir dans la nudité une atteinte au divin ni aux bonnes mœurs, de ne plus éduquer nos enfant/es dans la honte de leur chair ni la crainte de la chair des femmes, de considérer les plaisirs sexuels comme des libertés et les orientations diverses comme une richesse de diversité…

 

 Ces sinistres pères la pudeur prennent des édits contre le burkini dans la plus pure hypocrisie eux qui, somme toute pourraient facilement considérer avec une bienveillante approbatuion, cette offensive wahabite sur le corps des femmes, leur liberté, leur dignité et la liberté sexuelle de tous, ces acquis de ce Mai 68 qu’ils abhorrent et sur lequel ils aspirent à revenir une fois pour toute.

 

 Mais chasser le burkini et ce sera aussi le monokini demain, le naturisme. A chaque liberté qu’on mesure aux un/es, on a la promesse de libertés autres qui seront atteintes demain. Sur un autre sujet, toutes les mesures d’exception prises contre le terrorisme aujourd’hui seront autant de gagner demain quand il s’agira de réprimer le mouvement social…

 

 Ceci dit ces édits sont inacceptables non seulement parce qu’ils relèvent d’un racisme cynique et odieux, d’une volonté de stigmatiser la population française de culture musulmane, de chanter on ne sait quelle francité que menaceraient ces « coutumes étrangères », toutes choses évidentes qui se cachent à peine derrière les argumentations spécieuses avancées par les autorités qui les ont pris.

 

 Mais surtout SUR LE FOND ils sont inacceptables parce que la puissance publique n’a pas à trancher sur le comportement vestimentaire de quiconque majeur/e et vacciné/e, en dehors des services publics où la neutralité laïque (mère de la paix religieuse) doit s’appliquer. J’entends le concert des « islamocampistes » minimiser le sens du port du burkini, n’y voir qu’un vêtement comme les autres, parler de la liberté des femmes et du coup, ruse de l’idéologie, de féminisme (allier port du burkini et féminisme, bravo), se déclarer solidaire des fondamentalistes bigotes qui affiche ce type de vêtement dont le sens est quand même tout autre qu’une parure balnéaire… Bref.

 

 L’état, la puissance publique sous ses diverses formes n’a pas à nous dire comment nous devons nous vêtir (dès lors que le vêtement n’empêche pas l’identification des personnes ni ne contrevient à la neutralité laïque des agents des services publics).

 

 Mais ce burkini est odieux, dire comme on l’entend, qu’il ne serait qu’un vêtement de bain est faux. Il est le fruit d’une campagne de main mise idéologique et bigote sur les populations musulmanes (dont ce n’est en aucun cas une tradition soit dit en passant) via les femmes. C’est une résurgence archaïque en résistance ouverte à la sécularisation émancipatrice mondiale dont les luttes des femmes, celles des homosexuels, de la jeunesse. Cette campagne est, nul ne peut l’ignorer, conduite par un état théocratique et totalitaire qui en même temps nourrit la folie fascisto-islamique avec la complicité cupide de nos gouvernements et des entreprises.

 

 Ce burkini est une offense à nos conquêtes, oui une offense directe, à nos luttes et à notre liberté par ce qu’il dit des femmes, du corps, de la chair, de la sexualité etc etc… Qu’il soulève l’indignation est légitime et ne doit être en aucun cas assimilé même si c’est difficile dans ce contexte pourri, avec une phobie raciste. Cette indignation relève du débat social comme les positions des hiérarques catholiques romains sur l’avortement, la contraception, l’homosexualité, la génétique, ou des fondamentalistes évangéliques créationistes contre la science. Ce débat se déroule dans la rue, dans les familles, entre collègues, amis, connaissances, voisins, dans la presse, la radio, les associations, les quartiers, les universités etc.

 

 Il est tout sauf serein car il engage les consciences, les valeurs, les affects et nos dignités, ainsi que l’irrationalité entre autres des religions. Mais, encore une fois, il ne relève pas de la puissance publique, elle n’a pas à légiférer et d’autant moins que les motifs qui sous tendent cet empressement soudain n’ont rien à voir avec la défense de nos libertés sexuelles, de l’antisexisme, du féminisme, du droit des LGBT qu’à l’opposé ces pères la pudeur combattent en sourdine quand ce n’est pas ouvertement.

 

 On doit et on ne peut donc que s’opposer à ces incursions dans la vie privé de prétendue interdiction du burkini sur les plages, incursions inadmissibles et passablement ignobles par leurs motivations réelles. On doit, c'est clair, mais sans pour autant mettre sous le tapis le caractère offensant de cette bigoterie pudibonde qui frappe les femmes musulmanes et par elles nous tous, nous toutes, à quoi nous devons aussi résister. Certains me disent tu te trompes de combat, non camarades il n’y a pas de combats principaux et de combats secondaires, tous les combats et c’est toute la difficulté, doivent être menés sans en sacrifier aucun ni personne.

 

 

 

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