Au train où vont les choses il n’était pas exclu que je dépose le bulletin JLM dans l’urne, au final, afin que quelque chose soit renforcé qui représente vaille que vaille une résistance numériquement conséquente au défaitisme écœuré où les socialistes nous ont acculés. Une résistance de papier certes, au libéralisme prédateur et autoritaire qui ne s’alarme guère de milliers de suicides au travail ou d’un jeune idéaliste assassiné dans les bois par sa police mais s’indigne d’une chemise arrachée. Une résistance « déformée » en quelque sorte. JLM a déjà fait ce qu’il fallait pour que prendre part à sa campagne soit honnêtement impossible, entre autoproclamation, centralisation des décisions, jeu personnel et commencement de dérapages... On verra si enivré par des sondages et ivre de son orientation, il ne rend pas le geste, in fine, de plus en plus difficile et la décision inacceptable.

Il ferait une option de second tour acceptable, mais au premier…

En ce qui les concerne, ni LO ni le NPA n’ont pris leurs vraies responsabilités dans la conjoncture qui aurait été de chercher une candidature unitaire à même d’être soutenue par des campagnes indépendantes mais convergentes sur une plateforme d’urgence, simple et commune. Ils n’ont pas levé le petit doigt pour cela, au contraire. Donc pas de bulletin dans l’urne pour eux de ma part. L’une veut infliger le pensum de son programme « communiste révolutionnaire » et adjurera les travailleurs (ou leur enjoindra ?) de faire la révolution. L’autre présente un candidat otage de ses divisions, qui n’est là que pour éviter que le sigle ne disparaisse.

De son côté le microcosme associatif altermondialiste, antilibéral, alter écolo etc n’a rien offert non plus, ne s’est guère agité, velléitaire comme d’habitude, spectateur du coup de force mélenchonien. Il finit par en appel maquillé « indépendant » soigneusement qualibré comme d’habitude pour ne fâcher vraiment personne, tout juste agacer l’appareil post stalinien qui a riposté par le sien (une caricature de faux appel unitaire vraie faux-culterie d’apparatchiks). Appels qui comme les autres n’auront du coup d’écho que sur les pages facebook où l’on nous somme de signer.

Dans des circonstances où les mouvements sociaux se battent et se débattent de façon vigoureuse, désespérée et désespérante car sans victoire et sans porte voix commun, recevant de plus en plus de coups au propre comme au figuré sur fond de misère aggravée, d’insécurité sociale, de racisme et de ségrégation… où l’ascension du néo fascisme est portée quasi en triomphe par la droitisation extrême des partis bourgeois affolés, et un gouvernement politiquement corrompu, humainement cynique, détesté… où la gauche s’effondre avec un PS définitivement gangrené par la pensée et l’action libérale, tandis que l’organisation syndicale la plus ouvertement gagnée à la cogestion devient majoritaire… alors que les crises financières rôdent sur les peuples harrassés, que notre pays s’implique jusqu’au cou du mauvais côté d’affreuses tensions internationales…

Que dans ces circonstances des révolutionnaires déclarés (se réclamant qui plus est du trotskisme du Front unique ouvrier) restent campés sur leur pré carré égrenant des mantras pseudo programmatiques, comme s’il ne se passait rien, c’est une lourde faute politique qui les disqualifie. Que de ci-devant alter ceci et cela aient tant barguigné à construire une alternative politique radicale rassembleuse et se soient noyés dans d’obscurs et abscons conciliabules, est irresponsable.

Il y a donc toute la place pour que prospère l’opération Mélenchon, coup de force que rien ni personne ne peut dès lors sanctionner, candidature imposée par une captation de voix et de notoriété qui « appartenaient » politiquement à la coalition « Front de Gauche » d’il y a cinq ans. Ce n’est pas le poker menteur d’un appareil stalinien épouvanté par la future déroute législative qui s’y opposera. Mélenchon peut avec un cynisme tout mitterrandien et une tactique tout aussi mitterrandienne, infliger à la « gauche de la gauche » sa candidature sur sa seule et unique ligne, sans chercher en quoi que ce soit à proposer une plateforme compatible avec les autres forces et sensibilités, et s’offrant lui et lui seul comme dénominateur commun, rassembleur, quasiment sauveur. Il se voit, Bonaparte de papier dans les urnes, on a les Arcoles qu’on peut, l’emporter dans la gauche puis contre l’extrême droite, tout en promettant (gaullien cette fois) qu’une fois une nouvelle constitution élaborée il se retirerait…

Et il y a des gens pour s’en enticher.

Sa ligne est pour parler vite « social chauvine ». Un mixe de propositions progressistes engoncées dans un cadre national avec l’assurance que la France universaliste pourra montée sur ses ergots affronter le monde entier globalisé.

Il faut se méfier du social chauvinisme. Il finit toujours par faire passer le chauvin avant le social et sacrifer « les français » à la France. C’est un classique qu’il soit très vite plus au service de « la France » que du monde du travail, de la patrie plutôt que des opprimés, de sa grandeur plutôt que des humbles, de son industrie plutôt que des exploités, et.. des entrepreneurs patriotes… C’est ce qu’à leur façon nous disent tous ceux qui, quêtant vos votes, s’affirment ardemment « au service de la France » sans dire qu’ils ne le seront pas au vôtre ! Il faut être aveugle, amnésique et sourd pour ne pas le penser.

Le PCF qui n’a d’issue que par l’accord électoral avec le PS pour sauver ses financements parlementaires, vit les affres d’un effondrement de plus en rageant sur le sale tour que le vieux mitterrandien lui joue.

L’extrême gauche campe donc sur ses positions aussi altières qu’impuissantes.

La gauche de la gauche militante et intellectuelle promet de « faire front » une fois de plus, demain.

Pourquoi se gêner ? Mélenchon jubile.

Je ne reproche à personne d'estimer que le réalisme c'est le vote Mélenchon, et qu'agir c'est faire campagne pour ce vote (qui ne serait pas faire campagne "pour lui", sur ses thèmes, en endossant ses lubies). Mais voilà ce n'est pas tout à fait ce qui se produit. Le plus grave là dedans c’est que le soutien devient adhésion, que des cohortes de militants pour qui hier encore chanter l’internationale à la fin d’un meeting allait de soi, l’internationalisme n’était pas négociable, l’indépendance de classe intransigeante, le chauvinisme (stalinien par exemple) inadmissible, ces camarades vont se trouver à devoir entonner la Marseillaise et de surcroît sans l'avoir jamais décidé…

Nous expliqueront-ils que c'est aussi un chant révolutionnaire ?

Certaines formulations de JLM ne vont pas de soi, gênent aux entournures : les travailleurs détachés qui mangent le pain…, l’immigration qui serait excessive, le soutien à Poutine, l’attitude singulière envers Assad, la France universaliste présente sur les cinq continents (bientôt mère des arts, des armes et des lois ?), qui sait demain la main tendue aux entrepreneurs patriotes (si, ça va venir)…  On voit hélas ces camarades qu’on interpelle, haussant les épaules : après tout c’est Mélenchon hein. Et faire pour leur héraut contre mauvaise fortune bon cœur, très bon cœur : « Ce n’est pas ça que ça veut dire, pas ça qu'il veut dire ». « Mais non ça ne fait pas système toutes ces déclarations ». Pire : « après tout il n’a pas tout à fait tort ».

 Mélenchonisation des esprits en quelque sorte.

Jusqu’où les mènera-t-il ? Ou, jusqu’où se laisseront-ils mener ?

 

 

 

 

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Social-chauvin ??? comme les vilains Wallons, sans doute ? oh que ce n'est pas bien.

Voici une réponse plus circonstanciée à ce que me suggère quelques uns de vos derniers articles :

AU SECOURS !!! FOUQUIER-TINVILLE EST REVENU. Il est parmi nous, lui et ses affidés, ils sont là !!! Ou modeste réaction à Jacques Fortin, au sujet des affaires en cours et des bruits qui en courent.

Au nom de la pureté révolutionnaire, de sa propre, personnelle, intime, singulière, spécifique, distinctive clairvoyance absolue ; de son érudition théorique, dialectique, empirique, historique, nourrie de tant et plus de défaites, débâcles, déboires, déconfitures, retraites et débandades qui constituent, tout de même, à tout le moins, on en conviendra, une somme de témoignages, d’expériences, d’apprentissages et de capacités à juger, trancher, statuer, condamner qui ne peuvent se négliger ; de par son verbe expert, haut, fort, savant, tempétueux mais doctement circonvolutionné, Fouquier-Tinville-Fortin enverra sans tarder le ci-devant Mélenchon à la guillotine (de l’opinion et de la vindicte populaire, seulement, forcément, restons courtois). Et ? Ensuite ? Tout ira bien, mieux, pour le mieux, et comme toujours, dans l’exigu, turbulent, mais combien, ô combien, confortable, minuscule, petit monde de la « gôche de la gôche »…

Chers gardiens du Temple de la « gôche de la gôche »… De grâce, restez y, n’en sortez plus, retranchez-vous, demeurez y et nous, nous promettons de ne pas aller y compromettre vos solitaires plaisirs cérébraux. D’ailleurs, la prudence commande ! S’il advenait que vous les délaissiez, sait-on jamais qui pourraient se glisser dans vos valeureuses et si nécessaires, si utiles, si convoitées casemates (Ooouuuuppps !!! Faut que je me surveille, je lacanise et j’ai failli écrire fortins).

Bon, trêve de rigolades. Avec des avocats, pardon des accusateurs publics, tels Fouquier-Tinville-Fortin et les quelques uns qui l’approuvent ici, la résistance et l’insoumission au libéralisme, au social-libéralisme et bien sûr à l’extrême-droite, n’a pas besoin d’adversaires, ses « amis », pour dire vite, s’en chargent fort bien.

Mais attention ! Après les 10 de Thermidor, des 18 de Floréal peuvent survenir.

Rassurez-vous, je ne cultive assurément aucune nostalgie pour la Louisette ou le Rasoir national. Néanmoins et subséquemment, je suggérerais, peut-être, mais quand même, que lors des futurs procès révolutionnaires, les ci-devant jugés coupables soient dûment entartrés (à la tarte à la cerise, il va de soi, nappée copieusement de coulis de fruits rouges, ça va sans dire). Mais aussi, par mesure de grande clémence (envers leur admirable persévérance narcissique), que tout ceci soit largement relayé sur la place publique, sur les réseaux sociaux (soyons moderne, que diable !), Médiapart compris, bien évidemment.

Allez, sans rancune, et rendez-vous tous, les 4 et 18 Floréal de l’An CCXXV de la République  (Mazette ! Quelle coïncidence ?)

PS. Ceci étant dit, merci aussi à Martine Billard pour sa mise au point, donnée par ailleurs.

http://www.martine-billard.fr/post/2016/10/21/M%C3%A9lenchon-est-il-parti-tout-seul-%C3%A0-la-pr%C3%A9sidentielle-Ou-de-l-amn%C3%A9sie-collective.