Suck my coq, ou jusqu'où ira le conformisme de la marche des fiertés !

L'équipe de la marche des fiertés parisienne, sans grande concertation semble-t-il, animée par des membres du PS à ce qui se dit, a adopté une affiche bleu blanc rouge ornée d'un coq des plus gaulois affublé d'un vague boa rose. Le slogan qui l'accompagne, d'une violente subversivité, est "en 2011 je marche, en 2012 je vote" que, du bout du bec, semble caqueter le dit coq. Le message serait limpide, pardi le boa et le coq, le bleu blanc rouge. Cette affiche devrait être prise nous dit-on comme une formidable transgression du coq gaulois national-hétérosexué. Tel est du moins le sens que leur a vendu la société de com' dûment mandatée (au fait payée ou pas ?).

N'en doutons pas, le tout devrait choquer les familles, grave.

La polémique a enflammé l'espace associatif LGBT, où plus d'une voix atterrée s'est élevée contre l'absurdité de ce volatile vaguement é-gayé, et sensé , on ne sait trop, être revendiqué par les homosexuels ? de même que le cocardier tricolore ? Ou faire réfléchir le badaud, sur quoi ? Le caractère typiquement homosexuel du boa rose ? Convaincre les têtes aux cheveux ras et fronts bas que les LGBT sont des chauvins comme les autres ?

Le choix révèle plusieurs choses : d'abord la futilité apolitique des équipes associatives qui règnent sur trop d'initiatives homosexuelles aujourd'hui, souvent squattées par de petites personnalités liées à la sociale démocratie, qui se la jouent président/e et porte parole prtendus de la prétendue communauté homosexuelle. Tout ça parce qu'elles se sont accaparé les Marches des fiertés, qu'elles sont à Paris et qu'elles ont des contacts dans les médias, la municipalité (et le conseil national du PS). Futilité quand on vit entre soi, entre gais et lesbiennes bien sous tous les rapports y compris bien pensants qui n'imaginent pas un instant ce que peut renvoyer subliminalement ou directement ce coq bleu blanc rouge. En tout cas on dirait une affiche de la branche gay du FN (Marine ayant d'ailleurs fustigé les agressions homophobes qui seraient le fait évidemment de certaines personnes, d'une certaine religion etc etc, Marine a ses accès de modernité gaygriendly, ben oui). Le coq même transgressé est d'un goût douteux. Quant au boa ça fait longtemps qu'il ne fait plus frémir ni sourire personne en dehors semble-t-il de ces petits noyaux de branchitude convenue qui voient le monde depuis le carré paludéen (de palud, marais, ben oui) où s'échangent des "private joke" sensées relever de la prétendue culture homosexuelle.

Enfin, ils ne se sont pas demandé si dans la conjoncture que l'on sait, quand même, jusque dans le Marais je suppose, cet affichage tricolore, cocardier et gallican revendiqué pour la" Communauté" ne serait pas d'un goût politique plus que douteux.

Tout ça est en fait sot. Lamentable.

En plus ce pauvre gallinacée nous enjoint : en 2011 nous marchons, en 2012 nous votons. Mazette l'injonction ! Le crétinisme légaliste atteint ici des sommets ou touche le fond du gouffre. Une tentative sur quatre de suicide de jeunes de moins de 25 ans est liée à l'orientation sexuelle, mais bon allez, marchons, un vote et il n'y paraîtra plus. Un vote pour qui, hein ? suivez mon regard. Ils ont promis, mais oui, de ces promesses qui n'engagent que ceux qui... marchent ?! Voter pour ceux qui se sont honteusement défilés le jour du premier vote sur le pacs qu'il fallut donc revoter, se justifiant ensuite qui d'une panne d'oreiller, qui d'un réveil en panne, Mme Rivasi, qui d'un train raté, d'embouteillage, Jack Lang, après nous avoir dit, contrits, que sur les marchés "ça" ne passait pas ! Alors même que plus de 60% de la population se déclarait favorable à la reconnaissance des couples gay, et qu'on peut parier qu'aucun d'entre eux n'aurait eu le minuscule courage d'en parler, du pacs, sur les marchés. Bref.

On va voter.

Et voter pour quoi ? On apprend ces derniers jours que le PS pris d'un prurit novateur a opté résolument pour le mariage homo et le droit à l'adoption (inclus dans ses vingt et quelques propositions). Gloussements émerveillés chez nos animateurs associatifs gay. Ouahou, alors que la moitié de l'Europe y est déjà. On apprend en même temps, coïncidence, que l'interpride (coordination des Marches en France dont la marche parisienne) se saisit elle aussi de cette revendication osée, qui laisse au passage tomber des questions comme la PMA pour les lesbiennes, la situation des transexuels, celle du conjoint sans papier comme du conjoint étranger pacsé, et évidemment la lutte contre le fléau des violences homophobes dans la famille, à l'école et dans la rue (sans parler desdiscriminations au travail où les gais sont en moyenne pays 6 à 10% de moins que leurs collègues selon une enquête récente). Et puis, en cette année de révoltes arabes, rien sur l'international. Non le coq gaulois, l'adoption et, gai, gai, le mariage, ça suffira pour notre bonheur, fermez le ban.

Alors que l'écrasante majorité des homosexuels se foutent du mariage comme de colin tampon, utilisent vaguement un pacs que les hétéros plébiscitent, et alors que la parentalité homo, franchement, n'est pas l'urgence des urgences même si elle a droit à ses droits.

Pendant ce temps des jeunes se font foutre dehors de chez ou harceler dans la famille, la cour d'école ou le quartier. Le suicide est là qui rôde, et, de toutes façons, pour beaucoup devoir se reconnaître puis se déclarer lesbienne, gai, bisexuel ou trans reste un parcours solitaire, à l'aveugle, dans la mésestime de soi et sous le couperet de ce que la famille (et les autres) vont en penser.

Mais bon, dans le Marais (ou pour Didier Lestrade) on est au dessus de ça.

Cocorico.

 

 

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