la grande désillusion

Je n'en reviens toujours pas

A été politiquement désolant dans cette épisode pandémique, d'entendre et de lire tant de beaux esprits (et de moins beaux) répéter à l'envi et avec un lyrisme sidérant que « rien ne serait plus comme avant », et y croire, pire en plus tenter d'y faire croire le bon peuple. Ils ne faisaient pas référence à des luttes sociales, des combats populaires, des révoltes, non mais à une sorte « d'air du temps » miraculeux et spontané que l'épisode COVID aurait purifié, rafraîchi, rénové comme par enchantement. Comment ont-ils pu développer cette idée édénique des lendemains de cette terrible pandémie de la mondialisation capitaliste sauvage ?

Jusqu'au président qui s'est fendu d'une promesse de se réinventer tout en enjoignant bien sûr à tous les autres de faire de même... On sait ce que ce genre d'injonction cache en général : réinventez-vous en acceptant mes prérequis.

Son discours qui se veut sans doute fondateur de cet après, un « bavardage » aurait dit Mélenchon pour cette fois pertinent, dont le bruit courait qu'il pourrait « renverser la table » laquelle ? n'a rien eu de renversant, au contraire. Outre son autosatisfaction à laquelle notre patriotisme est sommé de croire, il a réaffirmé avec une tranquille clarté son orientation de droite ultra libérale mâtinée d'un zeste de souverainisme c'est à dire de sauvetage du capitalisme français : travailler plus, rien sur l'hôpital pour lequel il promettait monts et merveilles, donc le démantèlement privatisation continue, pas touche aux impôts des riches donc etc) parce que ce ne serait pas... parce que ! Un point c'est tout, ni aux « réformes », retraites, chômage juste un peu suspendue celle-ci... pas de déboulonnage ni de son libéralisme têtu ni de statues infamantes... Côté exactions policières circulez, rien à voir. Plein d'écologie ici, là, au dessus, en dessous, mais des milliards à Air-France, à l'automobile et aux avionneurs, bientôt Total, éprouvé, tendra la sébile. Bref.

Aucune table même effleurée, un appel strictement électoral destiné à mobiliser le socle électoral recomposé sur le dos de la droite dont la plus dure sur lequel il compte (après avoir perdu les sociaux libéraux dindons de la farce macronienne) pour rejouer l'arnaque de la dernière présidentielle : moi ou le RN, Ma politique sociale et économique honnie par les deux tiers de la population ou le chaos du populisme mariniste.

Il est triste que des esprits pas forcément idiots se soient pris au jeu de cet « après qui ne serait plus jamais comme avant » alors que l'après s'annonçait nettement pire qu'avant et dans la continuité voire l'approfondissement de sa dynamique anti-sociale. C'est bizarre ce lyrisme éthéré qui a pu coloniser des cerveaux pourtant pas si mal faits, je n'en reviens pas.

Il suffisait de voir quelles mesures réactionnaires sur le droit du travail et les libertés ont été prises par ordonnances ou décrets, provisoires qui resteront, le peu de vrai appel à l'autonomie, la responsabilité et la capacité de sérieux de la population (dont elle a pourtant fait preuve) et de constater l'inévitable : la crise économique qui suivrait dont on ne voit pas sur quel ressort de générosité sociale ce pouvoir qui n'en a jamais manifestée, ni sur quelle ligne de crédit dédiée, pourrait bien trouver l'énergie d'un rebond redistributif et égalitaire !

À part croire aux miracles.

Désolant.

Reste à savoir ce qu'il sortira du salmigondis politico-sociétal qui se cherche autour de la question écolo... en espérant que ce ne sera pas le libéral Jadot qui emportera la candidature.

Et puis... l'essentiel... quelle forme prendra la colère profonde, radicale, tsunamique... qui gronde et fait trembler le pouvoir à chacun de ses sursauts.

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