Travail contraint, temps compté et vie chiche

Travail contraint, temps compté et vie chiche…

J’aime cette formule, trouvée je ne sais plus où chez Marx, à laquelle j’ai ajouté vie chiche.

Elle résume parfaitement la condition laborieuse, salariale, prolétaire sous le libéralisme triomphant ou peut-être décadent, l’ultra capitalisme, celui qui n’a plus de limite et se fout de la masse humaine, de l'individu comme de l'avenir de la planète tant qu'il en suce les derniers bénéfices, encore plus que de son premier dividende.

Pour lui la condition humaine serait le travailler dur qui, idéologie étatsunienne, serait le fin du fin du vrai de ce qui ferait l’honorabilité, la citoyenneté, la vocation profonde du vrai américain, français, etc, et qui est en fait l’héroïsme amer auquel sont astreint les travailleurs/ses de tous les pays jusqu’à ce que la mort s’en empare puisque l’âge de la retraite, la retraite même en sourdine, seraient mis en cause.

Travailler avec pour corollaire l’idéologie familialiste : travailler dur pour sa famille, payer les traites du logement, quand on a pu s’endetter pour en acheter un, l’assurance maladie (qui n’est plus la sécurité sociale), son fonds de pension (qui n’est plus sa retraite), les études des enfants (ça va arriver bientôt), et bien sûr les multiples ponctions pour assurer la voiture, le logement, sa sécurité contre le vol, contre les fuites d’eaux ainsi de suite. Sans omettre la multiplicité des impôts et taxes qui frappent incommensurablement plus les moyens et petits salaires, revenus, pensions que les opulentes professions ou les capitalistes rentiers.

Le travailleur sous le capitalisme ultra est cerné de charges tandis que ses droits sont devenus des charges pour les entreprises....

Au tout début des années quatre-vingt quand il existait encore une gauche et même des sociaux démocrates inconséquents certes mais encore sociaux, on parlait comme aujourd’hui d’ailleurs de la productivité mais on déduisait logiquement de son formidable accroissement via les innovations technologiques, qu’elle devait et allait alléger l’emprise du travail sur la vie humaine : baisse du temps de travail, 32h n’était pas un gros mot, société de loisir n’était pas une lubie de gaulois réfractaire, ainsi que développement des services gratuits publics qui n'était pas un interventionisme pervers d'un état prétendument tentaculaire et impotent.

Rien de tout cela n’a changé sauf que l’ultra capitalisme s’est emparé de toutes ces perspectives à son profit, pour ses profits, tandis que ceux qui les professaient se sont reniés. Je me souviens d'un grand article de renoncement rocardien qui pourtant n’ambitionnait pas beaucoup, dans "Le Monde" développant l’idée capitularde et veule de ce que le capitalisme l’aurait emporté désormais sur le socialisme et les classes populaires pour au moins une génération et que donc le rôle des sociaux démocrates conséquents n’était plus désormais que d’accompagner ce triomphe (un peu en trophée comme les vaincus étaient traînés la chaîne au cou dans les rues de la Rome antique), en essayant ici ou là d’en tempérer les outrances.

Ce qu’ils ont fait, trophée de la victoire ultracapitaliste, en précédant même les exigences joignant ainsi leur force de dislocation et de démoralisation des forces progressistes, au stalinisme déliquescent.

Avec pour résultat, merci Rocard et tant d’autres, de détruire, désorienter, démoraliser en effet pour au moins une génération les forces d’émancipation et de libération de l'Humanité.

Se réveilleraient-elles ?

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