Non assistance à enseignants en danger...

Je ne suis pas enseignant, je saigne depuis trois jours pour cette famille, cet homme, ces enseignants, plus qu'épouvante c'est colère, un monstrueuse colère contre les fous fanatisés, rendus fous par les folies de ce siècle mais aussi de colère contre ceux qui ont participé et participent les mains propres par leurs choix délibérés, leurs abandons de valeurs, leurs lâchetés et leur cynisme à ce que de telles tragédies puissent se produire, après d'autres moins monstrueuses mais cruelles, injustes, immorales.

Parce que de telles menaces, des mises en cause, des attaques, du mépris s'exercent tous les jours contre ce corps au métier et aux valeurs magnifiques non seulement dans l'indifférence mais dans le déni de ceux qui élus ou technostructure nous gouvernent.

Non seulement les enseignants sont malmenés depuis trente ans par les gouvernements successifs, de tous bords, méprisés par les élites politiques et technocratiques, mais ils sont laissés sans défense en première ligne des crises sociales, économiques et ethniques qui ravagent ce pays.

Tout cela sous l’égide du crétinisme libéral des sociaux libéraux démocrates et de l’acharnement aussi obtus que délibéré des libéraux de tous poils, avec une sourde détestation.
Le résultat est là. Monstrueusement tragique. Mais avant la tragédie il y a eu une cohorte d’atteintes, de violences, de mises en cause scandaleuses négligées par l’institution et le pouvoir.
Sans doute derrière cette sourde détestation y a-t-il de la part des prétendus sociaux démocrates libéralisés la mauvaise conscience rageuse de leur abandon des valeurs de l’école laïque, obligatoire et gratuite.
Et, carrément revendiquée, la haine des libéraux envers ce corps de métiers sensé, à leurs yeux, porter encore quelque chose de l’esprit des années 68 à savoir le goût de former les esprits, de lutter pour la fraternité, de tenter l’égalité et de compenser vaille que vaille les inégalités sociales et raciales.
Ainsi a-t-on, systématiquement démonétisé l’engagement et la fonction éducative de l’enseignant, l’a-t-on tout aussi systématiquement paupérisé, et a-t-on encouragé la privatisation de l’enseignement. Les ministres n’ont eu de cesse de dénoncer plus ou moins ouvertement leurs « trop longues » vacances, sans se demander dans quel état psychique et physique un enseignant termine son trimestre et son année. Un absentéisme largement fantasmé, des formations pendant le temps de travail, leur prétendus faible nombre d’heures d’enseignement sans tenir un tant soit peu compte du temps passé à préparer des cours à revoir à tous les changements de ministres et de programme, comme à corriger, suivre les élèves, les orienter. Tout cela en les transformant en pions entre les cours tant a été réduit l’encadrement en surveillants sans compter les infirmières, psychologues scolaires, médecins déficitaires etc.
Notons au passage la toute puissance médiévale d’inspecteurs de l’éducation nationale qui tiennent dans leurs mains absolutistes l’évolution de carrière d’un prof. Qu’ils en prennent un dans le nez et celui-ci se retrouve après vingt ans de carrière dans des établissements au public difficile avec à peine 2200 euros pas mois moins ce que le blocage d’indice depuis douze ans lui a rogné de niveau de vie, et de surcroît sommé de faire des heures supplémentaires. Après cinq ans d’études sinon plus… et vingt ans d’expérience professionnelle !
Sans compter non plus le fonctionnement abscons digne d’une bureaucratie soviétique des rectorats en général impossibles à contacter, s’y refusant et dont la hiérarchie des niveaux produit une étiquette digne d’une cour d’Angleterre entre le « prof de base » et son inspecteur/ce, sa/son référent/e au rectorat j’en passe et de meilleurs, sans omettre le parent d’élève qui, exemple local, voulait obtenir des réponses sur la situation de son enfant transgenre sans obtenir le moindre entretien.
Le tout sur une culture de l’omerta et du « ni vague ni bruit » qui en cas de bruit, sinistre actualité, laisse l’enseignant quasi seul à gérer la dégradation de la situation.
Malgré tout cela les enseignants résistent vaille que vaille, font corps, supportent les coups en retour de parents que la démonétisation officielle orchestrée par les pouvoirs publics encourage à traiter le prof comme soit un larbin qui ne fait pas son boulot, soit un incompétent qui sous-estime son enfant et outrepasse ses fonctions.
Le comble de ce scandale est que l’enseignant reste seul devant ces assauts contre sa fonction. Ainsi serait-il utile de savoir ce que dans son fatras de procédures l’éducation nationale a prévu pour protéger un enseignant en but à une attaque sur… le programme qu’il applique, à un harcèlement, à des insultes, à des coups parfois jusqu’à la monstrueuse tragédie actuelle.
Était-il protégé ? N’aurait-il pas dû l’être ?
Peut-être plutôt que ses rodomontades les pouvoir pourrait-il prévoir un système de protection rapprochée et d’intervention immédiate dans le climat délétère actuel de terrorisme ?
De plus pourquoi la plainte d’un parent d’élève envers un enseignant dans l’exercice de ses fonctions est-elle recevable alors qu’il s’agit ,comme ce fut le cas, de l’application du programme ? S’il y a plainte c’est envers l’institution qu’elle devrait être déposée.
De même lorsqu’un élève ou un parent insulte, bouscule, menace un enseignant ne serait-ce pas à l’éducation nationale de porter la plainte ? Il ne s’agit pas d’une dissension entre Mr Untel Enseignant et X élève ou parent, mais entre l’institution attaquée à travers la mise en cause de son personnel dans le cadre de ses fonctions. C’est le fonctionnaire qui est attaqué par la personne, alors ?
Le personnel de l’éducation nationale en plus d’être reconnu, payé, respecté, honoré, devrait de toute urgence être défendu, que les « querelles » faites par les parents ou les atteintes portées par certains élèves ne soient pas une affaire privée entre personnes, mais une affaire entre l’institution et ceux qui y portent atteinte, quitte par la suite à l’institution à se retourner contre son fonctionnaire pour lui demander des comptes s’il y a lieu pour ses manquements dans le cadre de ses fonctions. Que l’institution fasse barrière entre les personnes !
Il faut cesser de traiter les enseignants comme des soutiers des errances et injustices de la républiques, les défendre, défendre la fonction, mettre entre eux et le public l’institution. D’autres tragédies guettent, de petites faites de dépressions, de maladies psychosomatiques, de renoncements amers, de tentatives de suicides.
C’est urgent.

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