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Billet de blog 20 février 2013

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LA GAUCHE ANTICAPITALISTE entre adaptation et affirmation il va falloir choisir

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La GA résulte d’une scission précipitée conduite à la hussarde par une équipe engluée dans son naufrage à la direction du NPA et quelque peu affolée de ne pas être sur la coupée d’un Front de Gauche ayant à l’époque le vent en poupe.

Désaveu de cette précipitation : Un congrès du NPA qui, malgré une situation interne calamiteuse, a réussi un rétablissement politique unitaire, indépendant et prometteur contre ses fortes minorités de repli. Ce qui, restant certes à confirmer, vient démentir moins d’un an après, les pronostics de cette équipe pressée d’aller là où soufflait le vent. Si la GA n’avait pas quitté le navire, il est probable que celui-ci voguerait d’autant mieux et que les camarades partis y trouveraient leur place.

Ceci étant dit et les choses étant ce qu’elle sont, l’expérience GA s’installe dans le FdG. Il faut la prendre pour ce qu’elle est : une expérience de militants actifs, exigeants, espérant trouver dans ce « bouillon de culture » qu’ils voient dans le FG, une des voies de réponse à la crise politique et sociale qui enfle. Et il y a de cela même si coincés entre le PCF que hante sa survie et Mélenchon qui songe à son destin de cacique social-démocrate aux revanches à prendre, l’aspiration militante réelle a du pain sur la planche.

Mais le défi est là.

On peut avoir deux attitudes envers cette expérience : tenter de la lui cirer (la planche) ou voir comment il est possible d’y travailler et, avec eux, de « travailler » le Front de Gauche. Après tout, pourquoi pas ? Il y a bien des pays où des fronts, des partis composites occupent l’espace à gauche de la gauche et tentent une alternative à la gauche sociale libérale. Y militer pour y regrouper les anticapitalistes et peser sur les initiatives, les positionnements, les programmes, contrer les instrumentalisations, pourquoi pas ?

En ce sens, sans rien renier du NPA qui m’apparaît indispensable, pourquoi ne pas considérer l’effort de ces anticapitalistes-là et imaginer des convergences futures et la renaissance d’un processus NPA recomposé ?

 La GA vient d’adopter une résolution détaillée http://www.gauche-anticapitaliste.org/content/resolution-adoptee-par-la-reunion-nationale-de-la-ga-du-12-fevrier-2013. Ayant un esprit de dialogue et de coopération entre anticapitalistes et n’ayant pas ménagé mes remarques sur le NPA, voici mon sentiment sur cette résolution.

Elle souligne « l’espoir (que) le FG doit représenter d’une politique de gauche capable d’occuper un terrain de propositions politiques alternatives cohérentes » dit la résolution. C’est bien alambiqué et on ne sait ce que veut dire « un terrain », de propositions « alternatives », en quoi ? et « cohérentes » sur quoi ? C’est beaucoup de mots pour ne pas dire quoi ?

S’agit-il de contribuer, pour parler brut, à reconstituer une gauche de réformes antilibérale dont pourtant les bons historiens et les anticapitalistes savent (et pas eux seuls d’ailleurs) qu’elle finit en impasse puis en trahison ? Ou s’agit-il d’y mettre une pression et une logique anticapitaliste, un pôle radical, cette gauche de réforme est assez grande pour de se reconstituer toute seule (ou pas) et la tâche des anticapitalistes étant de faire de l’anticapitalisme ? Première ambiguité.

Un camarade me disait à propos de la distinction « antilibéral/anticapitaliste » qui peut le plus peut le moins. Autrement dit qui est anticapitaliste pourrait a fortiori être antilibéral. Pas si simple camarade ! Je ne prendrais qu’un exemple, celui de la fameuse banque d’Etat que prône le FG, sensée tempérer les excès libéraux et promouvoir une économie… de gauche. Cette banque se verra vite confier la tâche de socialiser les déficits tandis que le secteur privé (on peut lui faire confiance) se réservera de privatiser les profits. A elle tous les risques puis… passage au privé ! Car de toute façon avec un secteur privé bancaire inchangé, la Finance continuera de mener la danse. L’Etat possèdera un levier, le privé aura ses masses financières pour casser les réformes ou digérer les réussites. Surtout si dans le Fg il en est pour distinguer les bons capitalistes (patriotes) des autres.

Plus loin dans la résolution, on peut aussi lire que, lancée par le FG «  la campagne une alternative à l’austérité marquera la possibilité d’un rebond après l’atonie sociale de l’après campagne présidentielle ». Elle est désignée comme répondant à la « responsabilité (du FG) dans le déblocage de la situation en développant à une audience de masse des propositions alternatives ». (Le « alternatives » recouvre quoi ?).

Parler d’atonie sociale en pleine bagarre de l’automobile et alors que des luttes de résistance aux plans sociaux se multiplient, est un peu hasardeux, sauf à rester le nez collé sur la vie interne du FG, ce à quoi se cantonne un peu cette résolution.

Cependant la résolution fait mention de ces bagarres « rien n’est facile sur le terrain des mobilisations sociales… (où) des tentatives existent pour regrouper les salariés victimes de suppressions…fermetures…. » mais c’est pour dire  de façon assez surprenante que le FG lui est ailleurs ! Je cite : «  Les initiatives prises par ces regroupements, en général très critiques par rapport à la politique suivie par les directions syndicales, se situeront en dehors de la campagne initiée par le Front de gauche ». Ah, bon, et que doit faire le FG selon la résolution ? Hé bien « être attentif » : « Raison de plus pour que le FdG soit attentif et présent sur le terrain lors de ces mobilisations ». Avec des drapeaux ?

Et cela semble suffire à nos anticapitalistes ?!

J’attends mieux et autre chose d’un courant qui se déclare anticapitaliste. Par exemple une proposition d'initiative nationale, une marche, des comités de soutien, une souscription au bénéfice des grévistes…

Deuxième problème quand même.

Sur les municipales, troisième problème, il y a du flou encore quant à la fermeté de l’anticapitalisme de la GA. Voici ce que dit le passage fortement intitulé : « engager le Front de Gauche dans l’affirmation d’une politique contre la droite et alternative à l’austérité de gauche ».

 « En cohérence avec notre appartenance au FdG nous croyons que ce dernier a vocation à présenter des listes autonomes contre l’austérité et ses applications locales. » Ce qui est juste, dont acte. Puis ensuite : « Notre objectif est aussi de battre la droite et l’extrême droite, notamment dans une échéance électorale où la porosité entre les deux risques de se faire jour de manière flagrante. » ce qui est un vrai problème bien pointé et donne logiquement « Dans ce cadre, nous affirmons notre volonté de fusion des listes de gauche au second tour, à condition que cela n'implique pour nous une quelconque obligation de solidarité de gestion ». Donc dans le cas contraire la GA ne participerait pas… au second tour ? à la fusion ? La GA seule ?

Ok, on peut admettre (si, si). Même si en cas de fusion dans l'indépendance, se retrouver sur des listes communes avec un parti menant une politique ouvertement et fermement libérale, à coup d’expulsions et de matraquage policier, sera difficile à assumer, et, qui sait, selon les évènements quasi insoutenable, non ?

Par contre quel sens donner à « Nous proposons que les élus du FdG gardent leur indépendance par rapport aux majorités issues de ces fusions technique sans en faire une condition » : sans en faire une condition ?!

Cette formule appelle plusieurs questions :

- D’abord, était-il utile de dire d’emblée « sans en faire une condition » ? Le problème est-il dans l'absence ou non de condition ou bien plutôt dans la bataille sur le fond, le débat . Poser tout de suite le "sans conditon" c’est ne pas mener la bataille du tout, pisser dans un violon, cracher dans l’eau etc… quel enjeu au débat dès lors qu’on donne aux autres tout le loisir de vous écouter poliment et de passer à autre chose ?

- Drôle de conception d’un pôle anticapitaliste dans le FG ! Celui des batailles perdues avant d’être menées ? c’est ressemble fort à de l’adaptation, et l’union cesse d’être un combat et la GA n'est plus un parti mais un groupe de témoignage.

- Ensuite cette formule, sans faire référence à la calamiteuse politique menée par le PS et à son rejet dans l’opinion, est sacrément hors sol même s’il s’agit de battre la droite et l’extrême droite… Au prix des milliers de licenciements accordés ? des retraites vraisemblablement sacrifiées ? des salaires des fonctionnaires et j’en passe ?

L’ironie sera que hors GA, dans le FG cette « condition » sera souvent exigée par la base contre les élus et les appareils !

Un réel casse-tête qui mérite mieux que le pleutre « sans en faire une condition » posé d’emblée pour… n’avoir pas à se battre, n'est-ce pas !

Et cette question de l’indépendance vis à vis du PS c’est quand l’un des marqueurs de l’anticapitalisme, non ?

Autant de questions où se joue l’avenir incertain de la GA, entre affirmation et adaptation, il serait catastrophique que cette branche du courant anticapitaliste dilapide l’espoir que ses militants ont mis en elle. Pourquoi ne pas l'y aider ? Sans concession et pour les "conditions" on verra !

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