La haute autorité de la santé a pris une décision qui parait frappée au coin du bon sens. Elle met en doute l'efficacité et l'opportunité des "traitements" psychanalytiques en matière d'autisme. Cette décision a soulagé bien des familles et des associations de familles touchées par cette maladie, qui, depuis leur expérience qui vaut bien celle de spécialistes autoproclamés, le demandaient. La haute autorité a aussi suggéré que la psychanalyse procède à des évaluations de ses pratiques, autrement dit évalue l'efficacité réelle des cures psychanalytiques. Ce qui semble aussi non seulement de bon sens mais tout simplement rationnel.

Il va sans dire qu'on a entendu hurler les écoles freudiennes dont certaines usent volontiers du procès comme arme théorique dès qu'on met en cause un certain gourou salonnard homophobe et sexiste que je ne nommerai pas n'ayant ni l'envie ni les moyens d'un psychiatre pour me défendre en justice. Voilà qu'on se met à les contester, à leur demander des comptes, à vouloir qu'elles apportent un minimum sinon de preuves du moins d'étayage à leur arrogante prétention de n'en jamais donner. Elles qui s'arrogent le monopole du droit à l'élucidation de la parole

La gauche de la gauche, dont le NPA, s’est fendue de communiqués empressés en soutien de la psychanalyse, et ceci dans le cadre du débat autour du soin de l’autisme. Il était évident que cette "offensive" contre la spychanalyse était forcément de droite, orchestrée par les vilains comportementalistes anglo-saxons, et entrait tout entière dans les offensives contre la médecine conduite effectivement par les droite et gauche institutionnelles depuis quelques décennies. Il est évident sans doute que l'exorbitant devoir de vérification de l'efficacité de thérapies ayant pignon sur rue et régnant sur l'université comme sur les consciences, est un pur scandale. Sans parler plus trivialement de la vérification du service vendu, de la marchandise, puisque ce secteur (libéral) est passablement marchandisé.


On ne peut qu’être sidéré de ce soutien acritique qui ne tient pas compte de la parole ni de la colère des associations de parents d’enfants autistes mais plus globalement des rapports complexes entre la psychanalyse et des phénomènes d'oppression.
On ne peut qu’être sidéré de ce soutien acritique apporté de la sorte à des mandarins pontifiants et abscons bien souvent (il faudrait un Molière pour écrire à nouveau sur ces Diafoirius) dont l’arrogance s'illustre dans ce refus de toute évaluation. Il n'y a que les Chamans et les Diseurs de bonne aventure pour les rejoindre dans cette outrecuidance.

Bien plus grave encore pour cette gauche confite en psychanalyse, elle perd dès qu'on entre dans ce domaine, toutes ses valeurs historiques et tous ses repères.
Il faut rappeler que la psychanalyse a toujours eu bien du mal à intégrer l’oppression des femmes comme la domination masculine dans ses logiciels, ce dont la gauche de la gauche devrait quand même se souvenir. Une pensée qui fait reposer la construction de soi sur le duo terrible du refoulement et de l'interdit a quand même de quoi susciter le doute sur son indépendance avec "l'esprit du capitalisme", ou faire sopupçonner quelque proximité avec lui.
Les courants psychanalytiques freudiens ont été des fers de lance de l’homophobie jusqu’à aujourd’hui pour beaucoup, ce durant les décennies qui ont suivi la mort de Freud, jusqu'à exclure les homosexuels de la profession. Que cette homophobie ait été compationnelle, à visée thérapeutique radicale ou prétendant à l'objectivité du "constat neutre d'une déviance" (encore enseignée comme telle en Université, Aix Marseille et Toulouse par exemple), cette homophobie a durement frappé des générations de lesbiennes, gay, bi, trans depuis Freud (qui se montra plus pragmatique que ses successeurs) sans qu'il lui ait été demandé de compte sur ces violences ni sur l'escroquerie des thérapies en direction de ces publics.
En matière d’autisme on sait que, sans preuve ni expérience sérieuse, ce sont les mères qui ont été quasiment incriminées tandis que la « psychanalysation » de cette maladie a écarté d’autres approches par pur dogmatisme, en défense du pré carré freudien, pour la plus grande douleur des parents.
Bref, quoi qu’on pense de ce débat complexe, il est plus qu’aventureux et unilatéral de la part des partis d’émancipation de couvrir sans critique une pratique thérapeutique aussi contestée par des catégories en lutte pour la leur, et, quant à l’autisme, par les familles, les femmes en particulier. On comprend mal d'ailleurs que les féministes ne s'expriment pas.

Certes il ya des freudiens et des freudiennes qui se "repentent" quelque peu de ces pratiques qui poussèrent à la honte, au suicide, à la haine de soi et de ses semblables, à la perpétuation de l'oppression des femmes (et des enfants). Il y eut, disons-le un totalitarisme hétérocentré, sexiste et patriarcal diffusé par les écoles freudiennes (les jungiens n'ont pas grand chose à leur envier), où se confondaient le constat du "comment le monde fonctionne" avec la naturalisation apolitique de ce fonctionnement bien  politique lui, daté, orienté, oppressif. 

Bref, une vaste opération de remise en cause de cette dogmatique souvent logorrhéique et affabulatrice, serait salutaire. Comme les professionnels de ces courants se montrent incapables voire furieusement hostiles à cette tabula rasa, hé bien ce sont les pouvoirs publics, les associations, la colère légitime qui s'y mettent, et hier portés au pinacle les voici aujourd'hui montrés du doigt.

La roche tarpéienne est proche du capitole, voici une parole antique bien concrète que j'offre à leur méditation, en leur déniant tout droit de manipuler mes mots pour me trouver des maux.

 

NB. J'ai pris l'option de fermer les commentaires, ceux-ci se révélant trop souvent atteints de cette manie lapidaire (de lapidation) qui n'est même pas une caricature de dialogue et que le net suscite trop souvent. Mais je suis très réceptif aux mails et recevrai avec reconnaissance toute contribution.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.