Décidément le trotskisme aura nourri les courants politiques de ce pays et leur aura donné des transfuges à foison et d'une grande diversité.
Piquet (ce patron d'un groupuscule expéditif qui s'asseoit sur ses propres statuts après avoir usé de ceux de la LCR, les mêmes, pour y demeurer permanent à vie et comploteur de cénacles divers) n'est jamais depuis quinze ans qu'un entriste PCF dans le trotskisme, donc ne le comptons pas, d'ailleurs il n'en est pas originaire, un simple passager de la LCR. Bon vent.
Julien Dray quoiqu'il en aie, a toujours joué les mauvais tempo. Quittant la LCR où il avait un temps combattu avec l'aplomb qu'on lui connait, les dérives droitières avant de retrouver avec émoi son judaïsme originel, au moment où la gauche approchait le pouvoir, il a ensuite grosso modo raté toutes les étapes et s'il a au moins une rollex après 50 ans, il n'a certainement pas, de son point de vue, réussi sa vie.
Cambadélis sera, toute honte bue et rebue, pour finir le secrétaire qui s'attelle à tirer un trait sur le socialisme français déjà fort mal en point, et l'acteur d'un sorte de neo bad gotesberg, qui cette fois achève ce qui restait de gauche au PS et en fera peut-être soit un mort vivant comme en Grèce ou en Espagne, soit un sépulcre blanchi, matrice d'un néo libéralisme antipopulaire.
Filoche, qui n'a jamais douté de sa personne à qui il voit et donne une dimension considérable (genre grenouille... pardon) pense son heure de gloire arrivée après une longue marche (d'indépendance personnelle il est vrai et sans abandon de valeurs que les autres lascars ont depuis longtemps, les uns et les autres, monnayées pour se rouler dans les ors de la république). Son entrisme sui generis au sein du PS lui semble devoir payer enfin, il tient sa gauche, il croit la tenir, il ne va pas falloir longtemps hélas pour qu'il fasse, une fois de plus, triste mine, dindon une nouvelle fois d'une nouvelle farce.
Mélenchon qui n'a fait paraît-il qu'un passage en trotskisme, a repris du stalinisme le goût de l'éructation tous azimuth et,en sourdine, le mépris du bon peuple qu'on admoneste parce qu'il n'est pas fichu, après tout ce qu'on fait pour lui, de vous reconnaître à votre valeur ni de vous en remercier par quelques Ola plébiscitaire et des soirs de scrutins qui chantent. Il a gardé du trotskisme mâtiné (comme piquet dont il fut un comparse un temps) d'un logomachie très III° république, le goût de lé dénonciation des riches, des patrons (pas tous quand même), de ceux qui se gobergent sans qu'on sache exactement s'il a l'intention de les exproprier pour de bon ou, in fine, de les prier de faire preuve d'un peu de tenue et de "retenue" (à la source ?).
Le président du sénat pour encore un peu de temps garde du trotskisme un petit air de lettré pointilleux. Il ne laissera sans doute pas de souvenir impérissable, pas plus qu'il n'en laissa en trotskisme. Mais quand même quel parcours !
On pourrait continuer encore cette galerie de portraits (on n'est pas revenu sur Jospin qui est sans doute le plus élevé des trotskistes mais aussi le plus emblématioque de ce tropisme de l'échec qui fait leur malédiction).
Le trotskisme a-t-il encore un sens aujourd'hui ? Héritier d'une révolution plus que trahie, d'une pensée quand même marquée d'abord et avant tout par la victoire du stalinisme et l'espoir avorté de sa défaite... par sa gauche, d'une résistance héroïque à une époque où il était doublement "minuit dans le siècle", d'une analyse des révolutions de libération coloniale désormais dévoyées... il a enfanté aussi sinon des monstres du moins bien des chimères, grimaçantes sectes arrogantes et stupides à la rhétorique hallucinée (il en sévit encore), ou astucieuses qui voyaient des raccourcis partout avant de s'y casser le nez, ou besogneuse façon Harpagon avec au lieu du ma cassette ma cassette (quoique) tricotaient jour après jour des chapelets de militants formatés puis recommençaient quand ils se défaisaient, puis...
Le trotskisme mériterait quand même maintenant d'autres heures de gloire que celles de ces avatars en... involution permanente.
mais voilà