Palmade et la gaytitude obligatoire

On a vu fleurir récemment des propos assez infâmant envers Palmade, qui est assez grand pour se défendre, mais des propos qui ne touchent en fait pas que lui. Au de là de la maladresse un peu brut de décoffrage dont on peut taxer ses propos, existe une vraie question qui travaille la “multitude LGBT” et que ne veut pas voir sa couche dite militante que ce militantisme soit d’action ou de jouissance, de collectif ou de festivité qui s’est raidie en défense de son pré carré.

On a le droit d’estimer par exemple que la mythologie des gays fashion victim est une futilité stupide, que les sorties en bars, boites et autres lieux ghetto sont étouffantes et réductrices, que les sempiternels spectacles de travestis sont pitoyables, que vivre gay et entre gays a quelque chose de malsain.

Ou pas !

Il n’existe pas une façon d’être gay, pour en rester aux gays, d’ailleurs personne ne serait à même de la définir. Il y a mille façons comme d’ailleurs il y a mille façons de vivre sa “gayté” que le mode de revendications hyper normatif des associations communautaires (et communautaristes, avec les secteurs commerciaux) imposent avec le pacs hier, le mariage, la parentalité à deux parents ainsi de suite. Une hétér-homosexualité.

Or ces modèles de socialisation voire de construction affective de soi que la “communauté” auto proclamée diffuse n’ont rien d’universel ni d’absolu encore moins de neutre. Quand ils ne sont pas une resucée adaptée des modèles hétéronormatifs, ils reflètent diverses modalités de conduite et de présentation publique de soi souvent en lien avec le folklore historique dans lequel l’hétéronormalité a enfermé les déviants que nous sommes ou avec un néo-conformisme gay propre sur lui et fier de l’être dont divers hommes politiques mariés si conjugalement touchants sont le prototype.

Palmade a donc déclaré “Il y a les homos et les gays. (…) J’ai fait une différence. Les gays ce sont les gens qui mangent gay, qui rient gay, qui vivent gay, qui parlent gay (…) Et les homos ce sont des gens qui sont homos mais ça n’est pas marqué sur leur front." Ces propos pourtant simples ont provoqué une levée de bouclier chez les "pères et mères la rigueur de l'homosexualité actuelle", pas mal de ceux et celles qui ont fait de leur homosexualité peu ou prou une carrière ou un élément décisif de leur carrière, voire un marche-pied de carrière qu’elle soit associative ou politique, ce qui souvent hélas s’articule. Ils ont entraînés avec eux bien des gays qui s’ils se regardaient en face se verraient soit comme les caricatures que Palma récuse, soit comme ceux qui chez qui ça n’est pas marqué sur leur front et qui n’en ont pas envie, hormis le samedi soir jusqu’à trois heures du matin. Après tout cela les regarde.

Que dit Palmade ?

Qu’il est, entre autres, homosexuel ce qui est le cas de millions de Gay banals, du tout venant gay, du monsieur gay tout le monde, et bien que je n’en sois pas de madame lesbienne. Qu’homosexuel n’est qu’une part de sa propre diversité, une part dont il n’a pas le besoin ni l’envie d’en faire plus. Il en a bien le droit. Il affiche sans doute une défiance discutable envers ceux qui ont fait le choix de “vivre, manger, boire” gay, ce qui, soit dit an passant, est souvent un temps passager dans une vie sinon un mode vécu très minoritairement. Mais il a raison sur le fond.

Pour parler vite, bien des homosexuels n’ont pas que ça à vivre dans leur vie et n’en sont pour autant ni des “honteuses” ni homophobes.

Il y eut, fut un temps, un impératif au coming-out qui voulait que quiconque ne “sorte pas du placard” fût une “honteuse”, il y a aujourd’hui un impératif au consensus gay autour d’un modèle dominant discutable dont toute parole critique encourt l’accusation d’être homophobe, comme si critiquer le modèle mainstream, les valeurs mainstream d’un petit monde gay mainstream était immédiatement un haine de soi et une trahison des siens.

On a parfaitement le droit de ne pas se sentir à l’aise, ni chez soi, ni en fraternité avec un mode de vie qui fait de la “gayté” l’alpha et l’oméga de ses choix, goûts et engagements ou le critère dominant de ses loisirs et fréquentations.

On peut y avoir tort on n’en est pas pour autant homophobe.

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