Claude Debons quitte le Parti de Gauche de Mélenchon

Allons bon, Claude Debons, un des membres fondateurs, non des moindres, du Parti de Gauche avec JL Mélenchon, en démissionne. Ça fait son (mauvais) effet à la veille des journées de « remue-méninges » convoquées par Mélenchon

Allons bon, Claude Debons, un des membres fondateurs, non des moindres, du Parti de Gauche avec JL Mélenchon, en démissionne. Ça fait son (mauvais) effet à la veille des journées de « remue-méninges » convoquées par Mélenchon (avec plein d’intervenants très bien mais pas une once de temps de rencontres/débats entre militant/es…).

Debons reproche à Mélenchon de jouer les « néoNPA » (cf sa lettre). A ses yeux, ça ne le fait pas, et même, précise-t-il, ce serait « gauchiste », carrément. Or Debons répugne avec obstination à tout gauchisme qu'il a tendance à voir ultra et un peu partout.

Il est vrai que Mélenchon se la joue à tue tête plus gauche que moi, tu meurs, depuis deux bonnes années, sur l'air du rassembleur. Il porte ainsi surtout coups et divisions dans un NPA assez grand pour s'en donner déjà lui-même. C'était là le but. On l'a dit et redit ici, pas question pour la gauche institutionnelle de laisser se stabiliser un parti anticapitaliste indépendant aussi bien des alliances avec le PS que de l'appel des institutions, donc des arcanes tripatouilleuses des unions à dénominations variables et des délices du « cambouis » (sic) tout en velours et dorures des renonciations sociales par voie parlementaire.

Mélenchon avait dit à la sortie du référendum que « il y avait plusieurs gauches et qu'il fallait les rassembler », donc de Besancenot au PS malgré sa concurrence libre et non faussée. Il se positionne aussi non pas à gauche de la gauche mais « au cœur de la gauche », jolie formule pour ne pas excommunier les sociaux libéraux pourtant honnis urbi et orbi. Mais ça ne suffit plus pour Debons. La vie politique est dure aux équilibristes.

Tout cela ne paye que par l'effacement actuel du NPA et de Besancenot, car les scores, facétieux, ne s'additionnent ni ne se démultiplient. Tant pis pour les tenants des dynamiques unitaires. Par contre la petite musique du « plus gauche que moi tu meurs » finit par agacer au PS et donc chez ses alliés qui trouvent qu'une fois le travail fait sur le dos du NPA, il faudrait que l'ex-sénateur se calme. Debons est le porteur de cet avis sans frais.

Mélenchon va donc devoir maintenant libérer sur sa droite des... retours sur investissement. Par un de ces silences qu'on dit assourdissant, le PS l'a étrangement (sic) ménagé durant toute sa trajectoire de dissidence, de démission, de lancement d'un nouveau parti. Frère garde-toi à gauche, frère garde-toi à droite, pris entre le marteau et le compas, l'excellent Jean-Luc va devoir réfréner ses ardeurs et se faire plus souple envers le PS. Ce ne sont pas ceux qui, à sa gauche, rallient ses roucoulades unitaires, qui vont « peser » sur cet assouplissement. Ils vont, angéliques, le « déplorer ».

Cet assouplissement est nécessaire pour trois raisons. D'abord Mélenchon n'est pas un révolutionnaire même pas par les urnes (ça se serait vu depuis quarante ans qu'il vit de sinécures parlementaires obtenues sans quasiment passer devant l'électeur). Il peut avec des vibrati vocaux en prendre la posture, il aime ça, mais pas plus, il se veut quand même « homme d'Etat ». Il a appris de Mitterrand qu'on peut promettre la « rupture avec le capitalisme » (congrès d'Epinay) et faire tout le contraire dans la foulée de victoires obtenues. (Il fut ministre du gouvernement qui prit, à Barcelone, des engagements dont ma retraite a, hélas, sérieusement pâti. Elle avait déjà été écornée par les mesures Balladur, que ce même gouvernement n'a pas abrogées malgré quelques promesses. Je suis rancunier ? Oui, je sais, c'est mesquin).

D'autre part il faut ménager un PS qui, dans la conjoncture, va devoir jouer le réalisme c'est-à-dire amadouer les marchés (se mettre en quatre, en huit, en seize, façon Papandréou la honte finale de la social-démocratie) en promettant d'en faire baver aux braves gens tout en susurrant aux (in)dit gens que c'est pour leur bien, et que demain sera meilleur. On connaît la chanson que droite et gauche nous chantent en canon depuis trente ans.

Enfin pour sa crédibilité, le FdG a besoin d'assez de voix pour ne pas être ridicule dans le futur d'éventualités gouvernementales. Il s'agit donc de séduire des hésitants qui se demandent si, somme toute, l'original PS ne vaut pas mieux que sa gauche copie, d'autant que s'y profile un courant tout aussi social républicain que le Front de Gauche, autour de Montebourg et de sa démondialisation toute clinquante.Et puis l'ombre du 21 avril...

Ainsi, à la veille des journées de remue méninges qui devaient être l'acmé de la montée en charge mélenchonienne, Debons n'est pas gentil, et frappe plus fort que sa discrétion affectée ne l'affiche.

Ah, l'unité est un combat.

Et Debons, somme toute, demande aussi : avec qui, l'unité ? Et pourquoi ? Hein ?

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