C'est triste de voir à l'extrême gauche des camarades (...) qui se disent donc révolutionnaires de chez révolution gloser comme avec gourmandise sur les "trahisons" de Syriza, passées, présentes et surtout futures, alors même qu'elle n'est pas encore élue et que toute les droites européennes après un moment de flottement paniqué, se frottent les mains à l'idée d'en découdre, de l'humilier, de la mettre à genoux afin de donner une bonne leçon à toutes les gauches européennes et donc aux peuples qui auraient l'impudence de faire plus que rêver d'une politique de gauche dans l'Union.
Car le péril grec est là. Non dans le programme de Syriza qui, de toutes façons n'est pas un programme révolutionaire, sachant, pour les révolutionaristes en chambrette, qu'une révolution ne se décrète pas depuis le déploiement d'un programme mais par l'irruption sur le champ politique à un moment donné d'une population qui dit "stop !", pas plus qu'une révolution ne se ferait dans un seul pays de surcroît réduit à la misère, cerné par les banques, exsanguiné par ses grandes fortunes. Bref.
Que le programme de Syriza ne soit pas un programme révolutionnaire ce n'est pas un reproche. Prétendre redonner l'eau, l'électricité, un peu d'euro etc... à une population dont une partie vit dans la faim et le froid en ce moment même est déjà beaucoup. S'opposer aux mastodondes européens est audacieux, même si on ne fait "que" vouloir renégocier la dette. Y être amené dans un climat politique européen où les droites xénophobes et libérales sont en expansion, les gauches dans les "grands" pays atones, divisées, velléitaires, pusillanimes, et les extrêmes gauches pétochardisées, est sacrément courageux.
A leur place, je serais certes galvanisé à l'approche possible de la victoire mais mort d'angoisse à l'idée du lendemain.
D'autant que le vrai péril ce ne sont pas leurs "trahisons" que les petits prophètes nécrophages s'evertuent à pronostiquer pour nous "éviter les illusions". Certes le programme de Syrisa s'amenuise plus approche l'échéance. Les ouvertures de séduction électorales aussi, la tentative d'amadouer des secteurs hostiles diluent les exigences etc etc. Tactique classique dans le piège que sont les élections en système bourgeois quand le pouvoir en place a tout fait pour exclure Syriza des grands medias, joue sur les peurs et non sur le programme aidé par le concert catastrophiste des libéraux européens. Encore une fois Syriza vise des réformes par "votre" révolution.
Le péril ce sont la Troïka, Merkel et ses alliés, les états qui ont repris aux banques leurs dettes grecques, la grande alliance libérale des ultra du capitalisme européen bien décidée à faire la peau aux Grecs cette fois encore. L'occasion est bonne d'utiliser ce pays laboratoire de l'horreur libérale jusqu'au bout en faisant la démonstration et de l'incurie de la gauche (en lui cirant la planche avec minutie) et de l'impossibilité d'une autre voie que celle de l'acceptation servile de l'Europe telle qu'elle se construit : sur le dos des populations, contre la démocratie, au service de grands intérêts nationaux qui se conjuguent et rivalisent dans le cadre de ce grand marché.
Démontrer en clair, jour après jour qu'il n'y a pas d'alternative, que tout "delenda est" qui n'est pas la voie royale au libéralisme, sous la main de fer du capitalisme, par l'asservissement de 99% de la population, avec la dépolitisation de tous les enjeux et le durcissement des lois sécuritaires... voilà ce qui se jouera en Grèce si Syriza l'emporte. C'est pourquoi la défense de ce qu'ils tenteront (de bien) est aujourd'hui une des tâches centrales de tout le mouvement ouvrier européen. En espérant avec le peuple grec que "le bien" l'emportera sur les impossibilités et les abandons.
Alors les petits vautours qui claquent du bec, affamés de l'échec de ces "réformistes", qui prétenduement conforterait le " seule solution la révolution" qui leur est si cher, qu'ils sachent une chose : on ne construit rien sur l'échec et la désolation.