PROXIMITE... vous avez dit proximité ?

Ramadan etc...

Proximité ?

Les odieux débordements dont est soupçonné un théologie musulman européen ont suscité le déchaînement d’accusateurs tous plus véhéments les uns que les autres, la sinistre palme revenant à un ancien premier ministre aux ambitions déchues à qui l’on doit la répression la plus limite subie par les mouvements sociaux dans notre pays depuis sans doute 1962.

Toute personne qui aura eu des débats, des interrogations, des échanges, un voisinage de tribune, d’article, de revue avec ce théologien est désormais accusé de « proximité ». Pas de proximité géographique bien sûr, ni polémique, ni simplement académique histoire de confronter/affronter des idées mais bien idéologique, connivence, révérence, mansuétude.

Discuter avec lui aurait été promouvoir les Frères musulmans et leur idéologie rétrograde ainsi que leur vision du monde constantinienne (unus regio cujus religion, le prince étant ici l’Islam comme ce fut jusqu’à récemment Rome pour d’autres). Desquels frères d’ailleurs le théologien en question ne se réclamait que de loin et modérément, mais comme il est le petit fils du fondateur… il avait ça dans le sang en quelque sorte. Donc débattre avec lui ou en sa présence, quoi qu’on aie dit et défendu, c’était promouvoir les Frères Musulmans, du coup – glissement pavlovien chez les racistes contemporains - pas loin de promouvoir Daesh et l’Islam fasciste dont d’ailleurs, soit dit en passant, les premières victimes sont… des musulmans. Ainsi de suite.

La proximité tiendrait en ce que ce théologien n’aurait pas seulement été musulman (ce qui semble quand même défriser beaucoup nos accusateurs) mais il aurait pratiqué le double langage : en gros européen moderniste d’un côté et musulmano-rétrograde de l’autre. Dès lors prendre au sérieux ses arguments, débattre de ce qu’il dit et écrit, pire débattre avec lui aurait été cautionner son double langage, donc la face sombre de son discours, donc les Frères musulmans, donc Daesh ainsi de suite.

Un scandale.

Il y en a qui ont le scandale sélectif pour ne pas dire très orienté.

Jean-Paul II en son temps a non seulement cautionné mais honoré le fondateur mexicain des légions du Christ dont on savait déjà, sinon plus, qu’il était couvert d’accusations quasi plus infâmantes que celles que subit le théologien musulman, sans parler des autres « scandales » de l’église romaine. On n’a pas entendu nos accusateurs sur ces sujets ni sur JP II, ni sur ces Légions ni sur ces congrégations au travail semi souterrain comme l’Opus Dei, fraternité occulte, richissime, passée allègrement entre les gouttes des effrondements de dictatures comme celles de Franco, du Portugal, de Pinochet, des militaires argentins… Ni sur ce que signifie concrètement en morts, épidémie, contaminations l’obstination obtuse de ces hiérarques religieux lorsqu’ils terrorisent des populations en brandissant des interdits comme à la contraception, l’avortement, la capote…

Quant au double langage… il est le propre et le dernier recours des religions acculées par la raison moderne, le droit, la justice, l’égalité. Nul ne s’est beaucoup scandalisé de celui que pratique avec une extrême habilté l’actuel pontife sur les questions des femmes, de leur libre disposition de leur corps, une éminence brésilienne et une autre étatsunienne pouvant tranquillement asséner qu’une femme violée se faisant avorter était une criminelle sans que nos accusateurs ne montent au créneau. Illustration saisissante de ce double langage lorsque le pape sussure « qui suis-je pour juger les gays » tout en maintenant dans la doctrine romaine que l’homosexualité est un « désordre intrinsèque » contraire au dessein de dieu ?

 Leur mansuétude serait-elle la marque de leur part d’une certaine « proximité » pour le coup avec ces faux prophètes là ?

Allons, il faut continuer à débattre/polémiquer avec les religieux qu’ils soient de droite extrême soutenus en sous main par la hiérarchie romaineet les grandes confréries catholiques comme Sens commun, ou, par exemple, se situent à gauche comme le PIR aux phobies inquiétantes, sans se laisser intimider par ceux qui voudraient nous « exclure du débat public » et nous « faire rendre gorge ».

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