Décoloniser...

Plusieurs questions me déconcertent dans ce débat sur la question dite post-coloniale.

 

Je lis : "décolonisons" l'espace public... à bien y regarder ce qui me semble bien plus judicieux et surtout pertinent c'est de "re"coloniser" l'espace public. Au sens où la lecture quotidienne que nous faisons de cet espace public, ses rues, ses monuments, ses œuvres artistiques, ses "grands hommes" est une lecture "a"coloniale, candide car tout est fait pour qu'une lecture "coloniale" ne puisse être possible.

Je lisais un article sur Colbert, grand homme s'il en est au panthéon français-bourgeois. Or le grand homme a d'abord été et surtout l'organisateur sans doute hors pair d'un état prédateur, d'un enrichissement forcené et sans scrupule de l'état monarchique et bourgeois, en aucun cas au passage de la "nation", encore moins du peuple français dont on le crédite !

Dans la geste auto-justificative que les riches et puissants développent à travers les siècles, tous ces aspects sont absolument (absolutivement même) éradiqués. Il n'en reste que les discours sur le "génie" de qui ? la "grandeur" de qui ? surtout "pour qui ?" et autres balivernes grandiloquentes qui ne servent qu'à cacher les crimes "intra" et "extra" muro perpétrés par les classes dominantes aussi bien envers leurs peuples qu'envers les peuples soumis à une domination aux violences inouïes. (Rappelons que ces violences ont été continues envers le peuple ici même : écrasement des jacqueries, croisade des Albigeois, éradication des Vaudois, St Barthélemy, Galères et dragonnades envers les protestants etc... jusqu'à la Commune.)

Rien de cela bien entendu n'est "lisible" dans l'espace public.

Et second aspect qui me déconcerte c'est la relecture qui voudrait être faite d'une histoire à la fois tragique et monstrueuse qui serait celle de "l'Europe prédatrice", des "blancs dominateurs et sûrs d'eux-mêmes". Une relecture qui cette fois ne veut pas "lire" l'histoire pour ce qu'elle fut : la création d'une suite de classes dominantes dont le cynisme, la rapacité et la violence s'est exercée "intra" et "extra" muro : urbi et orbi comme dirait le très saint et vénérable pape dont les goupillons ont largement béni ces exactions.

Je ne pense pas qu'il puisse y avoir de lecture saine, reconstructrice et pacificatrice qui passe par dessus cette évidence : relisons la colonisation pour ce qu'elle fut : une immense suite de crimes contres l'Humanité de dominants ici et ailleurs.

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