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Billet de blog 29 janvier 2013

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Mme AGACINSKI est réactionnaire, oui.

Mme A+ s’émeut d’être traitée de réactionnaire en raison de son opposition  frontale à l’adoption par les couples homosexuels, et confuse au « mariage pour tous » contre lequel « elle pourrait manifester ».

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Mme A+ s’émeut d’être traitée de réactionnaire en raison de son opposition  frontale à l’adoption par les couples homosexuels, et confuse au « mariage pour tous » contre lequel « elle pourrait manifester ».

Ceci dit elle développe pour s’en expliquer, sur RTL par exemple, une défense du mariage tel « qu’il était » par opposition à ce qu’il « deviendrait » si les couples homos y avaient accès. Une approche réactionnaire, bien sûr.

Il ne faut pas qu’elle s’en étonne quand tout son argumentaire repose explicitement sur ce qu’a été le mariage et non sur ce que depuis un bon siècle tendent à en faire les luttes des femmes, les conquêtes juridiques, le combat de laïcisation de nos sociétés, bref  l’inventivité consciente et organisée, collective et personnelle d’une partie de l’humanité.

Ainsi reproche-t-elle : le gouvernement a voulu en quelque sorte faire comme si la logique traditionnelle du mariage pouvait s’appliquer aussi bien aux couples homos qu’aux couples hétéros.

La logique traditionnelle dit-elle. Et d’enchaîner que le mariage « était fondé, d’une certaine manière (sic ? laquelle ?) sur l’idée de cadrer la procréation ». Admettons. Et alors ?

Les choses n’ont-elles pas changé ? Le mariage ne s’est-il pas de plus en plus fondé d’abord… sur la volonté de « faire couple » les enfants venant après ? Puis pas toujours : faire couple mais pour certains avec le choix de ne pas faire d’enfants. Pour certains couples aussi de se marier « sur le tard » après des divorces par exemples, sans faire d’enfant (Mme Agacinski, non ?).

Quant au cadrage de la procréation, deux enfants sur trois naissent hors mariage, sans que le cadrage de la procréation en souffre plus que cela (ni le taux de natalité en France). Le cadrage marital regretté par Mme A. quant à lui naufrage en deux divorces pour trois mariages.

Alors en admettant que le mariage ait été fondé de toutes sortes de manières sur l’idée de cadrer la procréation, ce n’est plus le cas. Mme A. veut-elle revenir au bon vieux temps des hygiénistes et de l’église du XIX° qui voulaient marier les classes dangereuses pour les astreindre à des responsabilités assagissantes (et épargner à la collectivité les frais de l’élevage) ?

Mme A. poursuit en affirmant que le mariage asseyait la paternité (elle est de cette école qui tient beaucoup à la paternité, mais ne la dites pas patriarcale) : paternité « qui était d’ailleurs une construction (…). Maternité ça se voit. ». Mais que ce ne serait pas valable pour les homosexuels ? Pourquoi ? Si le mariage venait asseoir la paternité toujours putative, n’est-ce pas, pourquoi le mariage ne le ferait-il pas pour les homosexuel/les ? Parce que ce ne serait pas biologique ?

Mme A. omet qu’on sait de plus en plus combien paternité et maternité sont constructions sociales, ce qu’elle évoque quand même au passage, ce qui ne signifie pas abstraction. La maternité et la paternité découlent d’un travail de représentation de soi dans son rapport à l’enfant à venir et à l’entourage, qui s’opère à travers le temps de la gestation, puis par la naissance, puis par l’acceptation (pas toujours simple) de l’enfant né/e.

Ce travail s’opère aussi lors de l’adoption par la longue marche vers la réception de l’enfant et l’acclimatation mutuelle. Pourquoi dans le choix de parentalité de parents homosexue/les le même processus ne serait-il pas en œuvre ?

La parentalité n’est pas une fatalité incontournable (l’accouchement sous X est une riposte au fatum justement), surtout plus depuis que la contraception et le droit à l’avortement font qu’elle procède du si je veux quand je veux des féministes et du si nous voulons quand nous voulons de la très grande majorité des couples concevant (ou des trios dans le cas par exemple de familles homoparentales composées d’un couple et d’un tiers géniteur ou génitrice, qui peuvent alors former un trio parental).

La parentalité se dégage des assignations et de la loi comme elle s’est dégagée de la religion. Elle relève d’un projet conscient et organisé de personnes lucides et en capacité de choisir, d’exercer un choix.

Il faut que Mme A. s’y fasse, les humains ne naissent pas libres et égaux, ils se forgent de la liberté chemin faisant et tentent l’égalité…

A ce propos Mme A. ajoute « je pense que donner à un orphelin des parents de même sexe, ce n’est pas forcément lui faciliter les choes, mais surtout c’est créer des inégalités entre enfants. »

Il faut faire attention à l’argument « ce n’est pas lui faciliter les choses » car il a été utilisé historiquement pour justifier les pires choses : ainsi le maintien de l’interdit du mariage interracial au Etats Unis, l’opposition au droit au divorce… Tout ça parce que ça ne faciliterait pas forcément les choses pour l’enfant (métis ou de divorcés).

Quant à l’inégalité ?! c’est assez suffoquant. Il y a plus de deux types de filiations : Mme A. est-elle pour interdire aux femmes de mettre au monde des enfants sans père, sans père par choix ? Est-elle contre la PMA par donneur anonyme de sperme ? Est-elle pour l’adoption pleinière sans mention des origines de l’enfant ?

Quant à la tarte à la crème d’enfants qui vont avoir deux pères, ils sont déjà des centaines de milliers de familles recomposées qui ont leur père biologique et le père de tous les jours, idem côté mère, des frères et sours dont des demis, des pas du tout mais élevés ensembles par des parents communs, des enfants élevés par les grands parents, par des oncles et tantes etc ainsi de suite.

La vie est diverse, inventive. Et Mme A. hélas, réactionnaire.

Elles est surtout élégamment ou plutôt astucieusement homophobe depuis toujours malgré ses inévitables amis homosexuels qui n’ont pas manqué de lui rappelé qu’ils/elles ne sont pas stériles et que des enfants ils/elles en font et les élèvent avec leurs conjoint/es. Mais sans que ça émeuve Mme A. en ce qui concerne sa vision « traditionnelle du mariage ».

Madame Agacinski tient (voir ses livres) l’homosexualité pour une délicieuse déviance pleine de charme et d’enseignements libertaires profitables à la société. L’homosexualité ne devrait pas se dévoyer dans des domaines hétérosexuels. Elle est d’ailleurs pleine d’enseignements stimulants pour une hétérosexualité dépositaire, elle, de charges sérieuses, comme la procréation, la filiation, la parentalité, la conjugalité.

Voilà pourquoi Mme A. est opposée au « mariage pour tous » contre lequel elle irait bien user ses escarpins et les semelles de cuir de son époux Lionel sur les pavés parisiens en compagnie de l’UMP mal dans ses bottes, de néo-intégristes catholiques romains émoustillés et de jeunes gens aux crânes sinistrement rasés.

http://www.rtl.fr/emission/l-invite-de-rtl/ecouter/la-philosophe-sylviane-agacinski-donner-a-un-orphelin-deux-parents-du-meme-sexe-c-est-creer-une-inegalite-7757428401).

Voir le chapitre « homosexualité et identité » dans son livre « politique des sexes » 1998

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