"Islamo-gauchisme" et Homophobie

Il y a une petite musique sourdement homophobe dans la gauche de la gauche qui remonte à loin, déjà dans les années 70. Alors que nous commencions à lutter tout simplement pour la dépénalisation abrogée en 1982 et imposée par Pétain en 41, et pour nos droits démocratiques (expression, presse, association) on nous sommait de "rejoindre les combats de la classe ouvrière" après nous avoir soupçonnés d'être manipulés (chantage en raison de "nos mœurs" dont d'ailleurs les gauchistes ne savaient rien) par la police. Comme si les LGBT venaient tout droit de la classe bourgeoise (thèse stalinienne défendue jusqu'en 1978 par le PCF) ou d'un ailleurs... évidemment non "ouvrier", interlope, douteux, ou d'une autre planète, et devaient afficher un certificat d'allégeance à la Classe pour que leurs protestations soient prises en compte.

Il a fallu des débats, des manifs, des provocs, des portes claquées, des départs et exclusions de militant/tes pour que pour finir la gauche, et la gauche de la gauche prennent conscience que nous étions des travailleurs parmi les autres, des enfants de toutes classes, peaux, sortes, genres et religions, avec des désirs qui faisaient certes désordre, et des désordres très désirables. Et puis avec des droits, voire même celui à l'égalité. Tout cela sans préalable ni condition de... classe, peau, sorte, genre, religion...

Aujourd'hui une autre musique mais tout à fait similaire est fredonnée à la gauche de la gauche. Il est assez systématiquement accolé à tout soutien aux LGBT ( genre : Ensemble! NPA) la référence à la lutte contre "l'islamophobie"... hier c'était la classe, aujourd'hui c'est l'antiracisme. Evidemment il se trouve qu'en ces temps compliqués et cruels, les LGBT sont quelque peu sensibilisés à l'horreur homophobe qui sévit dans l'Islam et qu'ils n'entendent pas que la lutte antiraciste doivent leur faire ravaler cette sensibilisation. Il ya bien d'autres luttes sensibilisées à d'autres horreurs. Mais c'est comme si être LGBT imposait à toute référence nous touchant d'apposer un certificat affiché de non "islamophobie", et nous donc de nous munir d'une sorte d'étoile rose avec un croissant vert dedans, par précaution.

Tandis qu'à l'inverse lorsqu'il est parlé de lutte contre l'islamophobie, là, la référence à la lutte contre l'homophobie s'évapore, la voit-on jamais figurer au bas d'un tract ou d'un article, mentionner les  crimes épouvantables qu'elle suscite ?

Ces temps sont nauséabonds, les luttes ne sauraient faire l'économie les unes des autres, ni être opposées les unes aux autres... ni pratiquer la suspicion ! En toute pédagogie on doit dans tous ces secteurs essayer d'infuser cette "transversalité" qu'on nomme aussi solidarité.

La meilleure pédagogie c'est que la transversalité ne soit pas à sens unique... et que les solidarités soient réciproques et mutuelles.

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