Non à l'écaustérité ! Oui au développement éco-social !

Maintenant nous savons, le dérèglement climatique va s’accentuer, il est en roue libre, les Etats ne feront rien qu’à la marge, les grands lobbies capitalistes et leurs formidables machines à décerveler et à corrompre sont à la manœuvre. Ils subissent ici et là des défaites qui font croire qu’ils reculent, mais ils avancent avec le total cynisme qui est le leur, le terrain qu’ils perdent là, Monsanto, ils le regagnent là au centuple : industrialisation de la production biologique, brûlis sur l’Amazonie, passage par les pôles, nouveaux gisements pétroliers, bombe à retardement des batteries de voitures électriques, élevage marin diffuseur de bactérie et assoiffé d’antibiotiques, fongicides, j’en passe certainement de plus graves.

Et comment se présente l’écologie politique ? Les politiciens bricoleurs bricolent pour se hisser sur les podiums et la maison brûle. Tout en affirmant de plus en plus fort sa force, épousant le cynisme habituel des politiques bourgeois de gauche et de droite, elle proclame l’indissolubilité de l’écologie et du social mais se déclare ni de droite ni de gauche, en sourdine ou ouvertement prête à cogérer avec les droites comme déjà avec les gauches libérales. Il n’y a pas d’écologie politique, il y a une écologie libérale, appelons un chat un chat, qui va, telle hier la social-démocratie, se présenter en rempart contre la catastrophe climatique et agir en sauvegarde du capitalisme pourrissant en enserrant les populations dans les contraintes, les stigmatisations et une nouvelle forme d’économie : l’éco-rigueur, l'écaustérité.

Pour ce faire elle développe un discours de la catastrophe, un discours de la plainte, un discours de la nostalgie et de la préservation, idéologie qui est un opium réactionnaire démotivant et individualisant pour les populations atterrées, dans tous les sens qu’on voudra donner au terme. Qui dit atterré dit à terre, sans ressort, attentiste avec son pot de salade sur le balcon, son composteur sous l'évier et son homéopathe, et centrée sur la crainte, le repli préservatif, la peur du lendemain, le refus de toute utopie, de toute colère créatrice, refus de toute remise en cause du désordre existant sauf ici et là des explosions d’exaspérations qui peuvent ouvrir la porte au pire.

On fustige la consommation alors que le libéralisme prive de plus en plus, un plus en plus grand nombre de la population de ses besoins les plus criants (services publics, santé, éducation, circulation), on développe la petite musique du retour à on ne sait quelle nature qui fut encore récemment une dure marâtre pour l’Humanité qui a dû en suant sang et eaux y creuser sa survie (et sa tombe avec les système criminels qui l’accaparèrent), on chante la sainte sobriété alors que les fins de mois sont des milieux, la malbouffe la seule accessible aux salaires et pensions indécents, le logement une plaie, la santé un luxe, ainsi de suite, et que les 1% à l'emrise desquels on ne touche pas se gavent sans vergogne.

Enfin la pire des arnaques est celle qui touche la “croissance” allègrement confondue avec les “forces productives” dont parlent les marxistes. On en dit que la finitude de la planète la condamne, qu’on ne pourra plus faire de développement, qu’il faut renoncer à produire et, à bas bruit, que nous serions beaucoup trop sur notre minuscule bout de matière virevoltant dans l’espace infini.

Ce faisant on masque deux choses décisives qui sont à la base même de l’histoire de l’humanité.

Que nous sommes une race animale infiniment inventive en possession de formidables outils scientifiques et de capacités techniques et de coopérativité sociale actuellement exploités au seul service des rentabilités capitalistes.

Que face à la cata climatique ce dont nous avons besoin c’est d’un formidable développement scientifique, technique, éducatif, une sursaut d’inventivité et de créativité rationnelles sans doute inégalé dans notre histoire pour nourrir, éduquer, unir et apaiser une humanité malmenée et déchirée comme jamais, redonner vie à une planète qui a été stérilisée de partout par l’immense voracité destructrice non de l’homme qui serait un loup pour sa terre nourricière mais du capitalisme et des sociétés mercantiles qui ont l’emprise sur les humains depuis trois millénaires. Et pour cela oui, une développement, une croissance rationnelle formidables !

C’est ce mouvement créateur, unificateur et productif qui est la seule solution en réponse au dérèglement capitaliste. Cela qu'il faut vanter et non parler de réenchanter la politique à coup de composteurs domestiques.

Voilà l’utopie constructive et exaltante (utopie comprise comme lieu qui n’existe pas) à inventer pour le faire exister, que nous avons à élaborer, proposer et exalter aujourd’hui contre le fatalisme catastrophiste, culpabilisateur et mystificateur de l’écologisme mainstream qui ne sera jamais que le dernier rempart des sociétés mercantiles. Il suffit d’écouter notre Jadot local prêt à toutes les collaborations.

Et c’est dans le bouleversement climatique en cours que nous avons à puiser les éléments, les moyens, les voies de cette utopie, de façon lucide et optimiste malgré notre rage du saccage opéré, pas en pleurnichant sur ce qui n’est plus et ne sera plus, ni en en faisant porter la culpabilité à chacun dans son coin et à tous en exonérant les 1%, leur système, leurs lobbies, leurs intérêts, leur existence.

Pour un éco productivisme, contre l'écaustérité libérale, sinon c'est après avoir rincé les écolo comme ils ont rincé les sociaux démocrates, que les capitalistes inventeront les nouvelles forces productives, pour leurs survie !

Il y a urgence.

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