La manifestation en protestation contre le congrès du FN à Lyon ayant eu lieu, ce n'est pas démobiliser que de dire que ce n'est pas ce qu'il faut faire aujourd'hui.
Les manifestations de cette sorte offrent une occasion à TF1 et aux imbéciles pour dévaloriser la lutte contre le fascisme. Les imbéciles manipulent les manifestants en les accompagnant travestis en guerriers puérils pour briser des vitrines, des abribus et des DAB et pleurer héroïquement sous les lacrymos. Sans doute la justification théorique doit-elle être qu'ainsi ils sollicitent 'l'expression spontanée" des masses (qui n'en peuvent mais) alors qu'ils n'expriment qu'un instinct jouisseur de destruction (voire de mort), qu'un héroïsme de télé réalité. Sans doute diront-ils qu'ainsi ils dénoncent la marchandisation à travers les vitrines, l'Etat à travers ses services publics et l'argent roi à travers les distributeurs de billets, qu'ainsi, songe creux et têtes vides, mettre un peu de feu dans la ville pourrait un jour le mettre à la plaine (alors que le seul feu qui en résulte est celui des projecteurs sur eux, et des colères réacs attisées).
Ce qui est certain c'est qu'ils agissent dans le plus absolu mépris de celles et ceux qui sont venus manifester, les estimant sans doute trop bêtes pour avoir ces idées stratégiques, trop timorés pour faire preuve de la même virile brutalité (confondue avec la violence subversive), trop abêtis par les organisateurs et dupés par les médias pour savoir ce qu'ils font en se "contentant" de défiler. Cela augure de la société future que cet anarchisme là serait capable d'instaurer pour le bonheur du peuple et sans lui demander son avis.
Il n'y a pas d'autre position politique à adopter que la dénonciation ferme et sans mansuétude de ses serviteurs zélés des unes de TF1 les soirs de manifs, dealers d'arguments pour les partisans de la répression, manipulateurs de manifs qu'ils essaient de jeter dans la guéguerre urbaine.
Ces manifestations contre le FN, partant de la volonté opportune de ne pas laisser faire un congrès infâme, ont donc ce défaut, et pourquoi ? Parce qu'elle n'offrent en fait qu'un argument et un seul : "non au fascisme" avec subliminalement le vieil adage "pour un œil les deux yeux, pour une dent toute la gueule" expression saisissante et passionnée d'une haine antifaciste légitime. Mais il est désormais avéré que crier au fascisme n'a pas eu l'effet de contention autour des Le Pen que nous avions espéré, même si ces cris appellent à juste titre à la vigilance. La grosse dizaine de pour cent d'électeurs et électrices ne sont plus des crânes rasés groupusculaires aux idées crépusculaires, ce sont nos voisins, des connaissances, nos collègues de travail y compris syndiqués, voire des parents. Ils votent FN mais ne sont pas tous fascistes, ne se voient pas fascistes, ne savent pas, en gros ce qu'est le fascisme, ni ses prémices, ni son contenu social, économique et politique.
Et ceux qui défilent ?
Là est désormais la question. Comment non plus convaincre nos voisins, nos collègues, connaissances et parents que le FN est fasciste, mais démonter ce qu'est ce fascisme, de qu'il prône, ce qu'il porte et ce qu'il leur fera enfin, du coup, de quoi le FN est fait.
J'aurais alors préféré une initiative symbolique de rassemblement aussi médiatique et nombreux que possible auprès d'un haut lieu des méfaits du fascisme, ou un acte spectaculaire (banderole entre les tours hideuses de Fourvière...) suivi de "six heures pour combattre le FN". Un vaste forum organisé autour de témoignages, d'historiens, de sociologues, de militant/es à propos des gens du FN. Des videos de leurs dires et médires. Un décorticage de leurs pratiques, de leur programme, de leur stratégie, de leurs divisions (toujours utile). Des vade mecum antiFN qu'on puisse emporter avec soi, offrir autour de soi, ainsi de suite.
Ce n'est plus (pas encore non plus et j'espère jamais) l'heure de la jouer gros bras contre gros bras et surtout pas petite manif harcelée par la police contre gros parti de fascistes en costar que harcèlent des forêts de micros tendus et de caméras en direct.
L'heure est à l'armement : savoir, apprendre, argumenter. Pouvoir tranquillement, sans fièvre ni emballement passionnel travailler ces voisins, collègues et parents qui sont poussés dans l'hypnose fasciste ("n'aie pas peur" dit le boa de Kipling) par l'horreur du temps et le pourrissement du mouvement ouvrier.
Ni rire ni crier : ar-gu-men-ter.
Il faudrait une campagne nationale aussi unitaire que possible : convaincre contre le FN ! faite des "Forum 6h" de villes en villes, avec les moyens actuels, intellectuels, media, argumentaires, un site internet réactif... Donner la place aux vigilants et donneurs d'alerte plutôt qu'aux allumeurs infra pubertaires d'incendies médiatiques à la solde de TF1.