Comment Onfray se déshonore

Je laisse la parole à Bruno Roger-Petit
Quand Ruquier, Pulvar et Onfray font le coup du dîner de cons à un ouvrier

Samedi soir sur France 2, chez Laurent Ruquier, le candidat NPA à l'élection présidentielle, Philippe Poutou, a subi son baptême du feu médiatique. Le piège était presque parfait.
> Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique
Edité par Melissa Bounoua Auteur parrainé par Benoît Raphaël
Philippe Poutou est ouvrier et il est aussi le candidat du NPA à la prochaine élection présidentielle. Samedi soir, il a eu le droit à son baptême du feu médiatique, dans l'émission de Laurent Ruquier sur France 2 "On n'est pas couché". Sans doute ce lundi matin, après avoir rencontré Ruquier, Audrey Pulvar et Michel Onfray se demande-t-il s'il n'a pas été la victime d'un dîner de cons, tant le traitement qui lui a été infligé a été exemplaire.
Qui voudra enquêter un jour sur la télévision française des années 2010, son mépris des personnes, son dévoiement du politique, son insondable cruauté envers les faibles, sa dérision érigée en philosophie, sa domination de classes devra exhumer des archives de l'INA cette émission, où un ouvrier, candidat à l'élection présidentielle, dut endurer, une heure complète, moqueries, sarcasmes, quolibets, cours d'économie, leçon d'instruction civique, conseils en médiatraining et on en passe.
Grand oral médiatique
De la difficulté d'être en position de faiblesse dans un univers inconnu. Car bien évidemment, Philippe Poutou, n'était pas préparé à affronter la télévision, et plus encore cette émission-là, arène médiatique aujourd'hui sans équivalent.
On résume la soirée. Dès son arrivée sur le plateau, Philippe Poutou dut subir les jeux de mots sur son nom, "On a envie de vous faire un poutou !" (sic) avant l'examen de son parcours scolaire et professionnel, "Oh ! Un ouvrier ! Comme c'est amusant ! Vous avez même raté votre bac mécanique !", insistant lourdement sur le côté : "Oh ! Et vous avez eu un CDI grâce aux 35 heures !" Puis Florent Pagny lui expliqua que dans son métier, à lui, l'artiste, métier aussi harassant que le travail à la chaine, les 35 heures, voire les 32, ce n'est pas du boulot et que décidément, ce n'est pas réaliste (alors que la fraude fiscale, ça c'est un métier, hein, Florent ?).
On enchaina ensuite avec le grand O d'Audrey Pulvar, questionnant Philippe Poutou comme s'il passait l'examen de sortie du cours de première année d'Economie à Sciences po : "Quelles sont les étapes nécessaires à la sortie du nucléaire en dix ans et quelles en seront les conséquences sur l'économie française ?" Et cette première partie se termina avec les questions de Natacha Polony sur le voile intégral et le NPA, sujet obsessionnel de la journaliste du "Figaro" qui n'a pas encore pris connaissance du nombre infime de contraventions dressées depuis que le voile intégral est interdit, preuve que ce débat n'existe pas dans le monde réel.
La leçon de Michel Onfray
Enfin, cerise sur le gâteau de ce dîner de cons télévisuel, Philippe Poutou fut soumis au juge ultime, à l'arbitre suprême des élégances de la vraie gauche, de la classe ouvrière et des classes populaires, à savoir le philosophe de gauche Michel Onfray, néo-soutien d'Arnaud Montebourg.
Pauvre Philippe Poutou ! Tassé dans son fauteuil, le regard perdu, jouant nerveusement avec son verre à eau, donnant le sentiment de s'être perdu sur ce plateau, si peu préparé à pareille épreuve, le candidat du NPA écouta dans broncher la leçon en électoralisme ouvrier du Maître Onfray (auquel il faudra expliquer ce qu'était l'Union de la gauche sous Mitterrand, car visiblement, s'il croit qu'une alliance Montebourg-Mélenchon-Poutou relève de la même logique, il commet une légère erreur d'appréciation).
Entre arrogance et condescendance, le philosophe réussit même le tour de force de peser les arguments de Poutou non pas à raison de ce qu'il avait dit, mais en fonction des mimiques que ce dernier avait arborées tout au long de sa prestation. "On l'a vu sur votre visage !" lanca Onfray au candidat du NPA à plusieurs reprises, terrible procédé, qui consiste à débattre avec l'autre non pas en fonction de ce qu'il dit, mais en fonction de ce que vous décrétez qu'il pense mais ne dit pas.
Procédé terrible, oui, mais aussi exemplaire de ce que peut être la domination de classe, même intellectuelle, même exercée par un philosophe qui se réclame de la gauche.
Procédé répugnant en somme, parce qu'imposé à un Philippe Poutou sans défense, car ne maitrisant pas les codes de la télévision et livré en pâture à la bête médiatique Onfray qui n'aura donc même pas eu l'élégance de ne pas abuser de sa position dominante.

La leçon d'Onfray à Poutou se termina par une condamnation sans appel : "Faut pas dire ce que vous ne savez pas !" qui valait exclusion du dîner de cons télévisuel. On avait assez ri de l'ouvrier candidat en CDI grâce aux 35 heures et qui avait raté son bac mécanique. Ruquier pouvait ainsi clore définitivement le dossier en suggérant à Philippe Poutou un slogan de campagne : "Poutou changer !" Rires.

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