Les chimiothérapie 5-FU sont toxiques en cas de déficience DPD (suite !)

Le 9 janvier 2018 Madame la Ministre de la Santé a répondu à la question écrite du député de la Loire Jean-Michel Mis, posée 14 novembre 2017. L’analyse de cette réponse est l’objet de ce nouveau billet.

Même si Madame la Ministre de la Santé (http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-2878QE.htm) montre un positionnement favorable vis à vis de la prise en compte des risques des chimiothérapies 5-FU, sa réponse reste totalement inacceptable car elle valide la lenteur criminelle des autorités administratives. La gravité de la situation – 200 morts par an par négligence thérapeutique – n’est absolument pas prise en considération.

Elle reconnaît que « les toxicités avec évolution fatale par surexposition en lien avec un défaut de métabolisme de fluoropyrimidines sont en effet rapportées chez les patients présentant un déficit en DPD », et que « 90 000 patients y sont nouvellement exposés chaque année ». Elle reconnaît que 3 à 10 % présentent un déficit partiel ou total, soit, tous les ans, 2 700 à 9 000 patients nouveaux.

Elle affirme : « Actuellement, ce risque est décrit dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP), à destination des professionnels de santé, de l’autorisation de mise sur le marché de la capecitabine (XELODA), et une mise à jour de l’information contenue dans les RCP des spécialités à base de 5-fluorouracile est également en cours afin d’intégrer une information sur ce risque ». Dans mon billet précédent j’avais fait remarquer qu’une commission chargée d’étudier cette mise à jour avait été demandée le 5 mars 2013. Cette commission a fait part de sa décision de modification des RCP en décembre 2014, soit 22 mois plus tard. Début 2018 on peut constater que le RCP d'un 5-fluorouracile vendu sur le marché français ne mentionne au §4.3 aucune contre-indication liée au déficit DPD (http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/affichageDoc.php?specid=64590923&typedoc=R). 5 ans d’inaction responsable du décès de 1 000 patients ! Les « autorités » chargées de ces procédures sont-elles conscientes que ce comportement est criminel ?

Elle précise ensuite : « il est contre-indiqué d’utiliser les fluoropyrimidines chez les patients ayant un déficit enzymatique total connu »; « Pour les patients ayant un déficit partiel, l’activité de la DPD étant variable, un ajustement de la dose à administrer doit être réalisé ». Nous ne pouvons que saluer cette position ministérielle qui imposerait en conséquence un test systématique de l’enzyme DPD. Hélas, les réponses aux questions écrites posées par les députés et les sénateurs ne font qu’informer de l'action conduite par le Gouvernement et ne peuvent se substituer aux décisions réglementaires ou individuelles prises par les autorités administratives compétentes (https://www.senat.fr/questions/base/1997/qSEQ970700441.html).

Elle précise ensuite : « Cependant, en l’état des connaissances actuelles, il est difficile de statuer sur le niveau adéquat de diminution de la dose en fonction de la capacité métabolique du patient, afin de traiter la pathologie cancéreuse dans les meilleures conditions d’efficacité et de sécurité ». Madame la Ministre affirme donc que, puisqu’il est difficile de statuer, il est est préférable de continuer à administrer des doses qui peuvent être létales ! Ceci est contraire au dogme enseigné aux étudiants en médecine : « primum non nocere ». La toxicité fatale des fluoropyrimidines vis à vis des personnes déficitaires en DPD aurait pu être évitée depuis 20 ans, mais les « autorités administratives compétentes » ont préféré attendre et envoyer à la mort 4 000 personnes !

Qu’est-ce qu’on attend encore ? Pour Madame la Ministre « il n’existe pas de consensus au niveau national et international sur les modalités de dépistage », mais « en raison de cet enjeu de santé publique, un projet de recherche a fait l’objet d’une promotion dans le cadre du programme hospitalier de recherche clinique ». Il s’agit du projet FUSAFE, lancé en 2014, dont on devait avoir les résultats en 2017. On les attend toujours. On élaborera alors des recommandations sous l’égide de l’INCA. Nos « autorités administratives compétentes » vont donc continuer à réunir des commissions qui vont mandater d’autres commissions, etc… à raison de 200 morts par an. 

Or, les solutions existent, elles sont utilisées depuis plus de 15 ans avec un recul chez plus de 20 000 patients. Elles sont disponibles notamment dans les laboratoires Biomnis et à L’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) techniques accréditées cofrac. Ces solutions marquées CE DM, sont utilisées dans plus de 250 centres hospitaliers en France et pour plus de 4000 patients par an. Il suffit donc de rendre ce dépistage obligatoire et remboursé intégralement.

Le groupe GPO-Unicancer a pourtant émis, en 2016, des recommandations très précises (http://www.unicancer.fr/sites/default/files/guidelines_gpco-unicancer_dpd_et_fluoropyrimidines.pdf). On peut espérer qu'elles sont au moins appliquées dans les 20 Centres de Lutte Contre le Cancer du groupe (http://www.unicancer.fr/le-reseau-des-centres-de-lutte-contre-le-cancer). Comme il a en France 886 établissements autorisés à traiter les personnes atteintes d’un cancer, on est donc très loin d’une solution nous mettant tous en sécurité.

Notre devoir est donc d’INFORMER LE MAXIMUM DE MALADES du danger qui les menace afin qu’ils demandent avec insistance à leurs oncologues le test de l’enzyme DPD, qui peut être effectué dans toutes les régions de France, plutôt que de laisser ces oncologues jouer à la roulette russe avec leur vie.

Nous devons aussi mettre devant leur responsabilité les SOCIÉTÉS SAVANTES auxquelles adhèrent nos oncologues. Ce sont elles qui élaborent les recommandations (guidelines) qu’ils doivent suivre dans les 886 établissements traitant le cancer. Sept d’entre elles se sont mises d’accord sur un « Thesaurus National de Cancérologie Digestive » consultables sur internet (http://www.tncd.org/). Les risques liés à la prescription des fluoropyrimidines ne sont hélas mentionnés que dans le chapitre relatif au cancer du côlon non métastatique, au §3.4.5.6.1; On se contente d’évoquer une « optimisation de la chimiothérapie ». Il faudrait plutôt considérer qu’avec 200 morts par an il s’agit plutôt de non assistance à personnes en danger.

 

 P.S. :Le compte-rendu d'une réunion du Comité Technique de Pharmacovigilance de l'ANSM, tenue le 28 mars 2017, mentionne en page 21 : "Le CTPV se positionne pour un dépistage systématique du déficit en DPD avant tout traitement par 5FU. Un retour des premiers résultats du PHRC 2014 sur la sécurisation de prescription du 5FU est attendu pour début avril 2017. La DP souhaite une mise à disposition plus rapide de l'antidote afin d'améliorer la prise en charge des patients en cas de surdosage (mention en 4.4 du RCP)." Près d'an après on attend toujours.

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