Polémique Fourest/Caron : je peux donner le nom du vainqueur !

Quelle déception ! Après avoir lu les centaines de commentaires qui traitaient de la polémique Fourest/Caron, j’ai attendu avec une certaine fébrilité d’être interpellé (publiquement ou par MP) par les plus affutés des commentateurs : "et vous, Jacques Teissier, quel est votre point de vue sur cette question : Caron est-il un con ? Fourest est-elle une menteuse ? Ou l’inverse ? Ou les deux ? Ou aucun des deux ? "

Quelle déception ! Après avoir lu les centaines de commentaires qui traitaient de la polémique Fourest/Caron, j’ai attendu avec une certaine fébrilité d’être interpellé (publiquement ou par MP) par les plus affutés des commentateurs : "et vous, Jacques Teissier, quel est votre point de vue sur cette question : Caron est-il un con ? Fourest est-elle une menteuse ? Ou l’inverse ? Ou les deux ? Ou aucun des deux ? "

Hélas, j’ai dû me rendre à l’évidence : personne n’a sollicité mon avis, alors même que celui-ci aurait pourtant pu faire basculer le rapport des forces dans la discussion en cours.

Dans un premier temps, j’ai pensé qu’il s’agissait de timidité ; beaucoup devaient avoir envie de découvrir mon opinion, mais n’osaient pas me déranger. Ensuite, je me suis dit que ma notoriété de commentateur dans le Club n’avait pas encore atteint un niveau suffisant pour rendre ma voix indispensable au débat. Quoi qu’il en soit, cette absence de curiosité de votre part, chers Clubistes, est d’autant plus injuste que je peux vous garantir sur l’honneur que je n’ai lu aucun des livres de Caroline Fourest et n’ai jamais regardé une seule émission télé dans laquelle Aymeric Caron est présent. 

Or, cette méconnaissance de la vie et de l'oeuvre des deux protagonistes est bien la meilleure garantie d’objectivité du commentateur expérimenté que j’aspire à devenir. Ignorant tout de leurs idées, de leur style, de leurs références politiques et culturelles et de leurs arguments, aucun de ces détails ne serait venu polluer mes commentaires, qui seraient forcément impartiaux, puisqu’ils se seraient centrés sur l’essentiel, à savoir : abattre l’adversaire

Arrivé là, je voudrais après lecture des différents fils sur ce sujet, dénoncer quelques abonnés qui, sous le fallacieux prétexte d’avoir une bonne connaissance du sujet traité, se pointent illico pour donner leur avis éclairé, alors que personne ne leur a rien demandé. Sous prétexte qu’ils savent de quoi ils parlent, ils en font des tonnes, donnent des références, des liens, des analyses, nuancent, argumentent... bref : cassent totalement la discussion.

Je le dis tout net à ceux qui sont dans ce cas de figure (j’ai les noms) : vous gâchez le plaisir, vous cassez l’ambiance, en faisant déraper un vrai et bon débat vers une parlotte fadasse d’intellos niaiseux.

Pour éviter ces dérives fâcheuses, il faut que chacun de nous fasse un effort pour adapter son comportement et relever le niveau. Comment ? Voici quelques suggestions sur ce qu’il faut avoir à l’esprit avant de poster un commentaire.

  1. Un bon débat nécessite deux camps nettement tranchés. En général, les deux camps sont déjà mis en place par la chronique initiale, si elle est de qualité. Dans l’exemple qui nous occupe, ça fonctionne bien. Nous pouvons être pour ou contre Fourest, ou bien pour ou contre Caron, c’est du gâteau.   

  2. Avoir deux camps ne suffit pas : chaque intervenant doit obligatoirement choisir son camp, et chaque lecteur aussi. Personne ne doit rester le cul entre deux chaises sous prétexte de subtilités argumentatives. Ce serait de la lâcheté, totalement contraire à l’éthique du bon débat. J’ai moi-même choisi mon camp avant de commencer à lire l’ensemble des commentaires. Comme je ne connaissais ni l’un ni l’autre des ennemis en présence, j’ai joué mon choix à pile ou face, en choisissant pile. Ma lecture, du coup, s’en est trouvée nettement plus plaisante.

  3. Choisir son camp ne suffit pas : il faut le faire gagner. Pour ce faire, tous les coups sont permis, même ceux que l’ONU et la Charte de Médiapart réprouvent. Les attaques personnelles sont fortement conseillées. Certains s’y montrent experts, et peuvent donner à leur camp un avantage décisif  :
    - Tu fait exprès de faire le con, ou c’est ton état naturel ?
    -
    Zozo. Paltoquet. Jocrisse. 
    -
    Pauvre type, crétin est de l’ordre de la constatation. Vous ne pensez quand même pas sérieusement être pris pour autre chose ?

  4. Afin que le débat soit à la hauteur de l’enjeu (qui est grand, chacun doit en avoir conscience), nous ne devons pas hésiter de sortir du sujet initialement abordé pour mettre en lumière la petitesse, la mesquinerie et la bêtise des commentateurs du bord opposé. A titre d’illustration, voici ce qu’écrit un I.C. (Intervenant Chevronné), qui se reconnaitra, à l’un de ses valeureux adversaires : "C’est que tu as l’indignation a géométrie variable : ceux de ton camps ont tous les droits, mais ceux que tu estime (assez stupidement, mais on ne se refait pas) du camps d’en face ont droit a ton mépris".

Il faut savoir que les meilleures choses ont une fin. Le sujet finit par s’épuiser faute de combattants, et surtout quand un camp a pris un net avantage sur l’autre. Le vaincu est celui qui n’ose plus rien poster car les vainqueurs ont pris un avantage psychologique incontestable.

Dans le cas du combat Fourest/Caron, aucune hésitation à avoir : c’est mon camp (le côté pile de la pièce de 1 €) qui a nettement gagné. Et ça tombe très bien, car comme les choses sont bien faites, c’est justement le camp de la justice et de la liberté.

La vie est belle, donc. J’attends le prochain débat avec une certaine gourmandise.

 

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