Hulot, une reculade ? Un trivial effet de réalité

La déclaration du ministre de repousser au delà de 2025 l'objectif de réduire la part du nucléaire à 50% de la production électrique est commenté comme une reculade, voire comme une trahison. J'y vois pour ma part un banal, mais salutaire, effet de réalité...

Le gag est classique dans les dessins animés : un personnage court à fond de train, sans voir qu’il est sur une falaise dont le bord se rapproche dangereusement. Ayant perdu la perception de son environnement, il continue en ligne droite au dessus du vide, se rend compte brusquement qu’il n’a plus rien sous ses pieds, qui continuent de pédaler sans raison, et, horrifié, disparaît de l’écran dans une chute verticale imparable. Comme si, pour que la gravité ait un effet, il fallait que la situation physique dans laquelle le personnage se trouve soit parvenue à sa conscience.

La récente déclaration de Nicolas Hulot, où il repousse au-delà de 2025 l’objectif de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50%, fait penser à ces scènes, en réalité plus profondes qu’il n’y parait au premier sourire. Car le comique provient du traitement du décalage entre la conscience et le réel. Pendant une fraction de seconde, la volonté, qui s’est affranchie de la perception de la réalité physique, semble parvenir à repousser les lois de la nature, avant que les sens reprennent leur fonction normale d’information de la conscience sur l’état du monde.

Reculade de Hulot, dit-on ? Quelle blague ! Que le ministre et ses conseillers finissent par se rendre compte que la promesse du candidat Hollande, même inscrite dans la loi (mais les lois de la physique ne se votent pas au Parlement), faisait courir notre système électrique au dessus du vide - ce que quiconque, capable de faire une règle de trois, savait depuis longtemps – on ne peut que saluer ce salutaire effet de réalité. Car il faut choisir : ou sortir du gaz carbonique, ou sortir du nucléaire. L’Allemagne, qui est toujours prise par ces idéologues victimes d’une inquiétante cécité mentale comme un exemple à suivre en la matière, fournit pourtant un exemple en vrai grandeur : elle a dépensé depuis quinze ans plus de 350 milliards d’euros (de quoi renouveler tout notre parc de réacteurs) à installer plus de puissance éolienne et photovoltaïque que nous avons en France de puissance nucléaire, pour ne produire pas plus de 20% de son électricité, à un prix pour le consommateur double du prix en France, et sans diminuer ses émissions de gaz à effet de serre !

Maintenir le calendrier, constate Nicolas Hulot, aurait pour conséquence de devoir installer de la puissance fossile pour compenser les fluctuations de sources d'énergie dont les flux sont, certes, inépuisables, mais également non pilotables, puisque Eole souffle quand il en a envie et que le soleil, semble-t-il, ne brille pas la nuit...

Pour plus de discussion technique sur la gestion des fluctuations éolienne et solaire, on peut se reporter à deux articles parus dans les Techniques de l'Ingénieur. Le premier, de Grand, Le Brun et Vidil, paru en juillet 2015, et le second, de votre serviteur, paru dans le numéro de mars 2017.

Jacques Treiner

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