Les femmes selon Freud

Dans sa vie quotidienne, Freud adoptait à l’égard des femmes les conceptions de son époque. Il n’en allait guère autrement quant à ses énoncés théoriques. Pour lui, les femmes sont intellectuellement inférieures, elles ont un surmoi plus faible, elles sont peu douées pour la sublimation, elles sont narcissiques, envieuses, rigides, etc.

Toutes les citations de Freud sont empruntées à la traduction des Œuvres complètes parue aux PUF. Se trouvent ici chaque fois indiqués le volume et la page de l’édition des Gesammelte Werke (ed. Fischer), ensuite le volume et la page dans la traduction des PUF.

Dans sa vie quotidienne, Freud adoptait à l’égard des femmes les conceptions de son époque. Un de ses disciples, Theodor Reik, écrit : « Je fus souvent surpris par l'attitude de Freud envers les femmes. Il est certain qu'il ne partageait pas avec les Américains le concept d'égalité entre les sexes. II était bien d'avis que c'était à l'homme de prendre le pouvoir dans la vie conjugale » [1]. Il n’en allait guère autrement quant aux considérations théoriques du Maître viennois.

Le complexe de castration

Pour Freud, le destin des filles est semblable à celui des garçons jusqu’aux environs de trois ans : « la petite fille est un petit homme (Mann) » (XV 126 ; XIX 201). Ensuite commence son malheur, qui durera toute sa vie : elle découvre qu’elle n’a pas de pénis. Or, comme aime le répéter Freud à la suite de Napoléon, « l’anatomie c’est le destin » (VIII 90 ; XI 140). À cela s’ajoute le contrôle exercé par la société sur la sexualité, en particulier sur la sexualité des femmes.

La découverte de la différence anatomique des sexes provoque chez le garçon « l’angoisse de la castration » et chez la fille « le complexe de castration ».

« La fille se sent gravement lésée, exprime souvent qu'elle voudrait “avoir aussi quelque chose comme ça” et succombe alors à l'envie de pénis, qui laissera derrière elle des traces indélébiles dans son développement et dans la formation de son caractère et qui, même dans le cas le plus favorable, ne pourra être surmontée sans une grande dépense psychique. Que la fille reconnaisse le fait de son défaut de pénis ne veut pas dire pour autant qu'elle s'y soumette facilement. Au contraire, elle reste encore longtemps attachée au souhait d'acquérir aussi quelque chose comme ça, elle croit à cette possibilité jusqu'à un âge invraisemblablement avancé. […] Le souhait de finir par acquérir quand même le pénis tant désiré peut encore apporter sa contribution aux motifs qui poussent la femme mûre à entrer en analyse, et ce qu'elle peut raisonnablement attendre de l'analyse, par exemple la capacité d'exercer une profession intellectuelle, peut souvent être reconnu comme un avatar sublimé de ce souhait refoulé » (XV 134 ; XIX 208).

Dans son dernier livre, Freud répétera : « Tout son développement [seine ganze Entwicklung] s’effectue sous le signe de l’envie du pénis » (XVII 120 ; XX 287).

Beaucoup de femmes sont intellectuellement inférieures

Freud écrit : « J’estime que le fait indubitable de l’infériorité intellectuelle de tant de femmes doit être ramené à l’inhibition de pensée qu’exige la répression sexuelle » (VII 162 ; VIII 214). Il n’est pas venu à l’idée de Freud de vérifier si cette infériorité est « un fait indubitable » [unzweifelhafte Tatsache] et si les femmes sexuellement libérées sont généralement plus intelligentes que les « réprimées » ou « refoulées ».

Le cas des femmes des classes inférieures serait particulièrement dramatique. Jung écrit à Freud le 12-6-1907 : « L'analyse chez les gens incultes est une dure affaire ». Le Maître lui répond : « Si j'avais voulu organiser mes affirmations d'après les indications des femmes de chambre, il n'en serait sorti que des cas négatifs. [...] La chance de la thérapeutique consiste en ce qu'on a d'abord appris tant de choses dans les autres cas qu’on peut raconter soi-même leur histoire à ces personnes, sans attendre leurs contributions. Elles confirmeront certainement alors ; on ne peut rien apprendre de leur cas ». À lire Freud, on se demande si les femmes de chambre, comme Freud les appelle, ont un "Inconscient" moins développé que ses riches patientes. Comment expliquer que des femmes pauvres souffrent également de phobies, d'obsessions ou de psychoses ? La vérité est que les femmes moins cultivées s'adaptent moins facilement à la conversation psychanalytique. Lorsqu'elles se couchent sur un divan, elles disposent de moins d'imagination.

Selon la célèbre analyste freudienne Françoise Dolto, les filles ont tout de même un avantage : elles parlent plus tôt. Dolto explique pourquoi : « Un garçon parle généralement plus tard qu’une fille. On le sait. Les filles ont généralement la langue bien pendue, parce que, justement, elles n’ont pas de zizi. Il faut bien qu’on les remarque par autre chose » [2].

Deux apports des femmes: le tressage et la conquête du feu

« On estime que les femmes ont apporté peu de contributions aux découvertes et aux inventions de l'histoire de la culture, mais peut-être ont-elles quand même inventé une technique, celle du tressage et du tissage. S'il en est ainsi, on serait tenté de deviner le motif inconscient de cette prestation. C'est la nature elle-même qui aurait fourni le modèle de cette imitation, en faisant pousser, au moment de la maturité sexuée, la toison génitale qui dissimule l'organe génital. Le pas qui restait encore à franchir consistait à faire adhérer les unes aux autres les fibres qui, sur le corps, étaient plantées dans la peau et seulement enchevêtrées les unes avec les autres » (XV 142 ; XIX 216).

Freud pensait que, quand les hommes primitifs rencontraient du feu, « ils avaient l’habitude de satisfaire sur lui un plaisir infantile en l'éteignant par leur jet d'urine. […] Eteindre le feu en urinant était comme un acte sexuel avec un homme, comme une jouissance de la puissance masculine sans la compétition homosexuelle. Celui qui, le premier, renonça à ce plaisir, épargnant le feu, put l'emporter avec lui et le contraindre à le servir. […] La femme fut employée à être gardienne de ce feu retenu prisonnier au foyer domestique, parce que sa conformation anatomique lui interdit de céder à une telle tentation de plaisir » (XIV 449 ; XVIII 277).

La femme est peu douée pour sublimer la sexualité

Lors de la séance du 15 mai 1907 du groupe qui se réunit chez Freud, celui-ci déclare : « La femme ne gagne rien à étudier et cela n’améliore pas, dans l’ensemble, la condition des femmes. En outre, la femme ne peut égaler l’homme dans la sublimation de la sexualité » [3].

Freud développe cette idée dans son célèbre article « La morale sexuelle “culturelle” et la nervosité moderne » (1909). Il écrit que la capacité des femmes à sublimer les pulsions sexuelles n’a été donnée aux femmes que dans une faible mesure (die Gabe der Sublimierung des Triebe nur in geringem Masse zugeteilt). Il ajoute que « certes, le nourrisson leur suffit comme substitut de l’objet sexuel, mais lorsque l’enfant avance en âge elles contractent des névroses graves, affligeant durablement leur vie » (VII 158 ; VIII 210).

La femme est narcissique

À la séance du 12 février 1912 de la Société psychanalytique de Vienne, Freud déclare que « le type authentique de femme n’aime pas les hommes, mais s’est arrêté en général au stade du narcissisme. […] la femme aime aussi son enfant de façon narcissique comme une partie d’elle-même » [4].

Il développera l’idée dans Pour introduire le narcissisme (1914) : « Il semble que, avec le développement pubertaire, intervienne, du fait de la formation des organes sexuels féminins, jusqu'ici latents, un accroissement du narcissisme originel qui est défavorable à la constitution d'un amour d'objet dans les règles, comportant une surestimation sexuelle. Il s'installe, en particulier dans le cas d'un développement vers la beauté, un état où la femme se suffit à elle-même » (X 155 ; XII 232).

Ce thème reviendra dans le texte sur la féminité (1933) : « Nous attribuons à la féminité un plus haut degré de narcissisme qui influence son choix d'objet, si bien qu'être aimée est pour la femme un besoin plus fort qu'aimer. À la vanité corporelle de la femme participe encore l'action de l'envie de pénis, étant donné qu'il lui faut tenir en d'autant plus haute estime ses attraits, en dédommagement tardif pour son infériorité sexuelle originelle » (XV 142 ; XIX 216).

À en croire Dolto, le narcissisme des femmes explique la fréquence de leur constipation : « Cet exhibitionnisme anal, ce souci constant de leur fonctionnement intestinal leur est nécessaire. C'est un moyen grâce auquel elles se “masturbent” symboliquement la zone érogène anale et soustraient ainsi leur Moi aux intérêts libidinaux génitaux si douloureux pour leur narcissisme » [5].

La femme est foncièrement envieuse et jalouse

Dans « Le tabou de la virginité » (1918), Freud affirme que derrière l’envie de pénis se cache « la rancœur hostile de la femme envers l’homme, qu’il ne faut jamais totalement méconnaître dans les relations entre les sexes et dont les signes les plus nets se rencontrent dans les aspirations et les production littéraires des “émancipées” » (XII 176 ; XV 93).

Dans le texte sur la féminité, Freud répète: « l'envie et la jalousie jouent, dans la vie d'âme des femmes, un rôle encore plus grand que chez les hommes. Non que ces particularités se trouvent absentes chez les hommes ou que, chez les femmes, elles n'aient pas d'autre racine que l'envie de pénis, mais nous penchons à attribuer ce plus chez les femmes à cette dernière influence » (XV 134 ; XIX 209).

Signalons que quelques freudiens n’ont pas adhéré à cette conception. Ainsi Robert Jokl, analysé par Freud et vice-président de la Société psychanalytique de Vienne entre les deux guerres, estimait qu’il y a chez les hommes “un complexe de rivalité”, un sentiment d’incomplétude, lié à leur incapacité de porter un enfant [6]. Georg Groddeck, le célèbre « psychanalyste sauvage » écrivait : « Dans l'être appelé l'homme, il y a une femme ; dans la femme se trouve un homme et la seule étrangeté que l'on relève dans l'idée qu'un homme peut désirer mettre un enfant au monde, c'est qu'on le nie avec autant d'entêtement. […] J'ai pu établir que le désir sans angoisse de devenir fille est commun à tous les hommes. [...] S'il arrive vraiment une fois que les désirs féminins aient été complètement refoulés hors du conscient, il suffit de soumettre ces “sexuels normaux” à une analyse » [7].

Soulignons que ces cliniciens se fondaient, autant que Freud, sur des faits qu’ils avaient sélectionnés, interprétés, construits…

La femme a une conscience morale plus faible

Freud appelle la conscience morale le « sur-moi », l’instance psychique qui contrôle le moi. Selon lui, le sur-moi est l’héritier du complexe d'Œdipe parce que l’enfant intériorise à cette occasion des interdits parentaux (XV 70 ; XIX 147). Le garçon subit un interdit beaucoup plus fort que la fille parce que la sexualité avec sa mère lui est interdite sous peine de castration par le père — du moins en fantasme. Dès lors, argumente Freud, le sur-moi du garçon est plus fort que celui de la fille qui, elle, ne redoute pas de perdre ce qu’elle n’a pas, le pénis.

Dans les termes de Françoise Dolto : « Le moi des femmes est la plupart du temps plus faible que celui des hommes, leur sur-moi est rudimentaire (sauf les cas de névroses). D'où la grande facilité avec laquelle les femmes s'adaptent à l'âge adulte à un milieu bien différent de celui qui a été jusque-là le leur, et, sans souffrir, arrivent à s'identifier à l'image à laquelle celui qu'elles aiment leur demande de ressembler. C'est parce qu'elle n'a pas de sur-moi — parce qu'elle en a moins — que la femme apparaît “pleine de grâce”, c'est-à-dire de présence. Remarquez comment l'enfant qui n'a pas de sur-moi est lui aussi plein de grâce » [8].

La femme a moins le social et de la justice

Freud déclare : « Le fait qu'il faille reconnaître à la femme peu de sens de la justice est sans doute en corrélation avec la prédominance de l'envie dans sa vie d'âme, car l'exigence de justice est une élaboration de l'envie, indiquant à quelle condition on peut se départir de celle-ci. Nous disons aussi des femmes que leurs intérêts sociaux sont plus faibles et leur capacité de sublimation pulsionnelle moindre que celle des hommes » (XV 144 ; XIX 218).

L’envie d’un enfant est l’envie de posséder un pénis

Progressivement « la libido de la fille glisse — on peut se borner à dire : le long de l’équation symbolique tracée d’avance, pénis = enfant — jusque dans une nouvelle position. La fille abandonne le souhait du pénis pour y mettre à la place le souhait d’un enfant et prend dans cette intention le père pour objet d’amour » (XIV 27 ; XVII 199).

La femme pervertit son enfant

« A l'époque où l'intérêt principal était dirigé sur la mise à découvert de traumas sexuels de l'enfance, presque toutes mes patientes féminines me racontaient qu'elles avaient été séduites par le père. II me fallut finalement m'apercevoir que ces comptes rendus n'étaient pas vrais, et j'appris ainsi à comprendre que les symptômes hystériques dérivent de fantaisies, non d'événements réels [9]. C'est plus tard seulement que je pus reconnaître dans cette fantaisie de la séduction par le père l'expression du complexe d'Œdipe typique chez la femme. Et voilà qu'on retrouve, dans la préhistoire préœdipienne des filles, la fantaisie de séduction, mais la séductrice est régulièrement la mère. Or ici la fantaisie touche le sol de la réalité effective, car ce fut effectivement la mère qui, lors des gestes requis par les soins corporels, ne put que susciter des sensations de plaisir au niveau de l'organe génital, peut-être même les éveiller pour la première fois » (XV 128s; XIX 203s).

L’idée de la perversion de l’enfant par sa mère a été affirmée plus fortement par Lacan :

« Le rôle de la mère, c'est le désir de la mère. C'est capital. Le désir de la mère n'est pas quelque chose qu'on peut supporter comme ça, que cela vous soit indifférent. Ça entraîne toujours des dégâts. Un grand crocodile dans la bouche duquel vous êtes — c'est ça, la mère. On ne sait pas ce qui peut lui prendre tout d'un coup, de refermer son clapet. C'est ça, le désir de la mère. Alors, j'ai essayé d'expliquer qu'il y avait quelque chose qui était rassurant. Je vous dis des choses simples, j'improvise, je dois le dire. Il y a un rouleau, en pierre bien sûr, qui est là en puissance au niveau du clapet, et ça retient, ça coince. C'est ce qu'on appelle le phallus. C'est le rouleau qui vous met à l'abri, si, tout d'un coup, ça se referme » [10].

Jacques-Alain Miller résume comme suit la conception lacanienne de la mère : « La mère lacanienne correspond à la formule quaerens quem devoret [11], elle cherche quelqu’un à dévorer, et Lacan la présente ensuite comme le crocodile, le sujet à la gueule ouverte. De sorte que sous l’ensemble du mécanisme du tableau et de ses permutations, l’élément central est la dévoration, la relation orale à la mère en tant que dévoration, dévorer la mère et être dévoré par elle » [12].

La femme veut faire de son mari son enfant

« Le mariage lui-même n'est pas assuré tant que la femme n'a pas réussi à faire de son mari aussi son enfant, et à agir à son égard le rôle de la mère » (XV 143 ; XIX 217).

La femme vieillissante régresse au stade sadico-érotique-anal

« On sait — ce qui a donné aux gens ample matière à se plaindre — que les femmes, après avoir abandonné leurs fonctions génitales, modifient fréquemment leur caractère d'une façon particulière. Elles deviennent querelleuses, tracassières et ergoteuses, mesquines et avares, faisant donc montre de traits typiquement sadiques et érotiques-anaux qui ne leur étaient pas propres auparavant, à l'époque de leur féminité. Auteurs de comédie et satiristes ont de tout temps pris pour cible de leurs invectives le “vieux dragon” qu'est devenue la douce jeune fille, l'épouse aimante, la tendre mère. Nous comprenons que cette transformation du caractère correspond à la régression de la vie sexuelle au stade prégénital sadico-érotique-anal, dans lequel nous avons trouvé la disposition à la névrose de contrainte. Ce stade ne serait donc pas seulement le précurseur de la phase génitale, mais bien souvent il en serait aussi le successeur et le relais, après que les organes génitaux ont rempli leur fonction. » (VIII 450 ; XII 92).

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Freud faisait de la psychologie philosophique

La conception que Freud se faisait des femmes illustre sa façon de faire de la psychologie. Il ne cessait de répéter qu’il basait ses théories sur l’observation de faits. En réalité, il travaillait comme un mauvais philosophe : il construisait des théories en partant de quelques faits — des expériences personnelles, des lectures, des opinions de confrères — sans prendre la peine d’observer méthodiquement de nombreux comportements et les conditions particulières dans lesquelles ils se produisent.

Exemple typique. Son ami Fliess lui écrit que son fils, encore bébé, a eu une érection en présence de sa mère nue. Freud lui répond qu’il s’est rappelé un événement comparable : « Entre 2 ans et 2 ans ½, ma libido s'est éveillée envers matrem, et cela à l'occasion du voyage fait avec elle de Leipzig à Vienne, au cours duquel nous avons dû passer une nuit ensemble et où il m'a certainement été donné de la voir nudam ». Dix jours après, le 14 octobre 1897 il revient sur ce « souvenir » : « J'ai trouvé le sentiment amoureux pour la mère et la jalousie envers le père, et je les considère maintenant comme un événement général de la prime enfance. […] S'il en est ainsi, on comprend la force saisissante d’Œdipe Roi » [13]. Il affirme illico l’universalité du complexe d’Œdipe. Ses patients lui serviront à confirmer sa théorie. Le diagnostic de ceux qui, comme Jung, diront que « le sauvage n’éprouve aucun désir pour sa mère et préfère une femme jeune et jolie », sera toujours le même : « résistance » due au « refoulement ».

On peut multiplier les exemples montrant que Freud généralise sans retenue. Il essentialise, il absolutise : la femme « est », tous les rêves « sont » toujours la réalisation d’un désir, etc. Ceci est une des principales raisons pour lesquelles il a été très tôt critiqué par la communauté des psychologues et des psychiatres d’orientation scientifique. Ainsi William James, qui avait assisté ses conférences américaines, écrivit à Théodore Flournoy le 28-9-1909 : « Freud et ses élèves ne peuvent manquer de jeter quelque lumière sur la nature humaine, mais j'avoue que personnellement il m'a fait l'impression d'un homme obsédé par des idées fixes. En ce qui me concerne, je n'arrive pas à faire quoi que ce soit de ses théories sur le rêve et de toute évidence le “symbolisme” est une méthode des plus dangereuses ». Le célèbre psychiatre Émile Kraepelin constatait en 1913 : « Nous trouvons partout ici les traits fondamentaux caractéristiques de la recherche freudienne, la présentation d'hypothèses et de conjectures arbitraires sous la forme de faits établis qui sont sans hésitation utilisés pour la construction de nouveaux châteaux en l'air (Luftschlösser) toujours plus élevés, ainsi que la tendance à généraliser sans mesure à partir d'observations isolées » [14].

Freud écrivait à Ernest Jones le 25-8-1912 : « Vous savez avec quelle assurance les philosophes se réfutent entre eux, après avoir fui loin de l’expérience ». La formule s’applique parfaitement aux psychanalystes et particulièrement à Freud.

Références

[1] Trente ans avec Freud. Trad., Ed. Complexe, 1975, p. 34

[2] Lorsque l’enfant paraît. Tome 1. Seuil, coll. Points, 1977, p. 112.

[3] Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne. I. 1906-1908. Trad., Gallimard, 1976, p. 220.

[4] Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne. IV. 1906-1908. Trad., Gallimard, 1983, p. 74.

[5] Psychanalyse et pédiatrie. Seuil, 1971, p. 117.

[6]Cité dans Roazen, P. (2005) Dernières séances freudiennes. Des patients de Freud racontent. Trad., Seuil, p. 173.

[7] Das Buch vom Es (1923) Trad., Le livre du ça. Gallimard, 1973, p. 24, 265.

[8] Psychanalyse et pédiatrie. Seuil, 1971, p. 122.

[9] En 1896, Freud écrivait que l’hystérie de toutes ses patientes sans exception s’expliquait par « des séductions subies dans la première enfance ». Il ajoutait : « Les malades ne racontent jamais ces histoires spontanément. On ne réussit à réveiller la trace psychique de l'événement sexuel précoce que sous la pression la plus énergique du procédé analyseur et contre une résistance énorme, aussi faut-il leur arracher le souvenir morceau par morceau. […] Dans la plupart des cas, les souvenirs n'étaient retrouvés qu'après plus de cent heures de travail »[1]. A partir des années 1910, Freud a raconté qu’il avait été trompé par ses patientes, qui lui racontaient spontanément des histoires d’inceste qu’il avait pris naïvement, à l’époque, pour des récits d’événements réels. Freud dit avoir compris ensuite qu’il s’agissait seulement de fantasmes produits par les désirs œdipiens. Il n’a jamais reconnu qu’il avait « arraché morceau par morceau » des « aveux » conformes à sa théorie.

[10] Le Séminaire. Livre XVII. L’envers de la psychanalyse. Paris : Seuil, p. 129.

[11] « Cherchant quelqu’un à dévorer », expression classique pour désigner le démon.

[12] La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan. La Cause freudienne, 2008/2 (N° 69), p. 102.

[13] Notons que Freud écrit « il m’a certainement été donné » et non « il m’a été donné » : il ne se souvient pas d’une scène, mais imagine qu’elle s’est produite. Les recherches en psychologie montrent qu’à l’âge de deux ans seules fonctionnent les mémoires sémantiques et procédurales, mais non la mémoire à plus ou moins long terme d’événements précis.

[14] James et Kraepelin cités in Borch-Jacobsen, M. & Shamdasani, Sonu (2006) Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse. Paris : Les Empêcheurs de penser en rond, pp. 177, 179.

Deux sites pour d’autres publications de J. Van Rillaer sur la psychologie, la psychopathologie, l'épistémologie, les psychothérapies, les psychanalyses, etc.

1) Site de l'Association Française pour l'Information Scientifique: http://www.pseudo-sciences.org

2) Site à l'univ. de Louvain-la-Neuve: https://moodleucl.uclouvain.be/course/view.php?id=9996

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