La défense privilégiée de Freud: psychiatriser les contradicteurs

Le principal mécanisme de défense de Freud et des freudiens consiste à “diagnostiquer”, chez toute personne qui émet des critiques, des “résistances”, des “refoulements” ou un trouble mental. Freud estimait que ce stratagème dispense d’argumenter avec des faits méthodiquement observés.

Les hommes de science pensent que le progrès des connaissances validées requiert la coopération, des confrontations d’idées et des critiques réciproques. Ce n’était pas l’avis de Freud. Lui croyait en la supériorité de ses dons intellectuels. Il se comparait à Copernic et Darwin. Il n’acceptait pas d’être contredit par ses collègues et ses disciples. Les divergences d’observations et de théories ne donnaient pas lieu à des discussions d’égal à égal, elles n’étaient pas le point de départ de nouvelles observations de faits et de nouvelles théorisations.

À partir des années 1910, Freud n’est plus allé à un congrès de psychiatrie. Il écrit à Oscar Pfister le 28-5-1911 : « Que nous attachions si peu d'importance de paraître dans les Congrès me semble très compréhensible. Il n'est guère possible d'argumenter publiquement sur la psychanalyse ; on ne se trouve pas sur le même terrain et l'on ne peut rien entreprendre contre les affects aux aguets. C'est un mouvement qui va loin et les débats ne peuvent que demeurer aussi infructueux que les controverses théologiques au temps de la Réforme ». Notons bien : on ne peut rien entreprendre contre les affects … controverses théologiques.

Freud ne s’est plus rendu qu’à des congrès de psychanalyse freudienne et là pas question de le contredire. Son fidèle disciple Ernest Jones rapporte dans sa louangeuse biographie : « Freud détestait les débats ou les discussions scientifiques en public. Ne savait-il pas que ces discussions étaient surtout des controverses ? C'est pour éviter de contrarier Freud que ses communications aux Congrès psychanalytiques n'étaient jamais suivies de discussions » [1]. Roma locuta, causa finita !

À la fin de sa vie, Freud écrit au sujet des dissidents : « Un dicton populaire assure que nous avons à apprendre de nos ennemis. Je déclare que ceci ne fut pas mon cas » [2].

Dès le début de la saga freudienne, Freud a considéré les conceptions contraires aux siennes comme une question d’« affects ». Il a collé des diagnostics psychiatriques sur ceux qui émettaient des objections. L'argument ad personam est sa défense et son attaque privilégiées et celles bon nombre de ses disciples. Nous passons en revue quelques échantillons. Les étiquettes psychiatriques sont en gras.

La psychiatrisation d’Alfred Adler

Alfred Adler (1870-1938) est un neurologue qui, avant de rencontrer Freud, avait énoncé non nombre d’idées originales. Il voulait fonder une psychologie pragmatique et une médecine sociale. Il a trouvé une part importante de son inspiration chez Nietzsche et Marx. Il attachait une grande importance à la « volonté de puissance », à l’estime de soi, au désir d’être reconnu et valorisé par autrui. Il soulignait l’impact des conditions sociales dans la formation de la personnalité. En 1902, il a été un des premiers à participer aux réunions de la « Société psychologique du Mercredi » qui se tenaient chez Freud.

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Le 18 juin 1909, Freud écrit à Jung au sujet d'Adler : « C'est un homme honnête, qui ne fera pas défection de sitôt ». Le 2 février 1910, il déclare, au sujet des psychanalystes viennois : « Seul Adler peut être pris sans censure, sinon sans critique ».

Les divergences d’opinion apparaissent en 1910. Le 3 décembre 1910, Freud écrit à Jung : « Ce qui est problématique, d'un point de vue pratique, c'est que tout [chez Adler] va vers la destitution de la pulsion sexuelle, et que les adversaires pourront bientôt renvoyer à un psychanalyste exercé qui trouvera autre chose que nous ».

Le 25 novembre, Freud écrit à Jung : « L'humeur m'est ôtée par les contrariétés avec Adler et Stekel, avec qui les rapports sont difficiles. Vous connaissez Stekel, il est dans une période maniaque. [...] Adler, un homme très honnête et un esprit élevé, est en revanche paranoïaque. [...] Se dispute constamment pour la priorité, appose de nouveaux noms sur tout, se plaint de disparaître dans mon ombre, et me force au rôle déplaisant du despote vieillissant qui ne laisse pas monter la jeunesse ».

Le 16 décembre 1910, Freud écrit à Ferenczi : « Maintenant j'ai surmonté Fliess, ce dont vous étiez si curieux. Adler est un petit Fliess redivivus, tout aussi paranoïaque. Stekel, en tant que son pendant, s'appelle au moins Wilhelm ».

Le 22 janvier 1911, Freud écrit à Jung : « Adler poursuit avec conséquence et sera bientôt au bout du rouleau. Il a récemment exprimé l’opinion que le coït lui-même n’était pas issu de motifs exclusivement sexuels, mais servait l’intention de l’individu de se paraître viril à soi-même. C’est une gentille petite paranoïa ».

Le 26 février 1911, Freud écrit à Jones : « Adler est d'une sensibilité maladive. [...] Adler avait des idées intelligentes, mais aussi fausses et dangereuses pour la propagation de la PsA, ses mobiles et sa conduite sont de bout en bout de source névrotique ».

Le 9 août 1911, Freud écrit à Jones : « Pour ce qui est de la dissension interne avec Adler, ça devait arriver et j'ai mûri la crise. C'est la révolte d'un individu anormal que l'ambition a rendu fou, son influence sur d'autres reposant sur sa forte part de terrorisme et de sadisme ».

L’avis de Stekel sur ce diagnostic de « paranoïa » : « Durant une séance qui eut lieu après qu'Adler eut fait sécession, Freud affirma qu'Adler souffrait de paranoïa. C'était l'un de ses diagnostics favoris ; il l'avait posé au sujet d'un autre ami important avec qui il avait rompu [Wilhelm Fliess]. Immédiatement, des voix résonnèrent dans son chœur servile qui confirmaient avec enthousiasme ce diagnostic ridicule » [3].

Le 20 août 1912, Freud écrit à James Putnam : « Après la honteuse défection d’Adler, un penseur doué mais un paranoïaque malfaisant, j’ai maintenant des problèmes avec notre ami Jung, qui apparemment n’a pas surmonté sa névrose ».

La psychiatrisation de Wilhelm Stekel

Stekel (1868-1940) est un médecin allemand. Il a fait une courte psychanalyse chez Freud (quelques semaines) avant de devenir son disciple. C’est lui qui a eu l’idée de créer la Société psychologique du Mercredi. Il en démissionna le 6-11-1912.

Le 14 mars 1911, Freud écrit à Jung : « Le nouveau livre de Stekel est comme toujours riche de contenu ; le cochon trouve des truffes, — mais pour le reste une cochonnerie, sans une tentative de synthèse, plein de généralités creuses et de nouvelles généralisations de travers, fait avec une négligence incroyable. Cacatum non est pictum [chié n’est pas peint]. Stekel représente l'inconscient pervers, non corrigé, Adler le moi paranoïaque ; les deux ensemble donneraient à peu près un homme psychanalytique. »

Le 17 mars, Ferenczi écrit à Freud : « Vous n'êtes pas seulement l'inventeur de nouveaux faits psychologiques, vous êtes aussi le médecin qui nous soigne, nous autres médecins. Comme tel, vous devez supporter toutes les charges du transfert et de la résistance. Cela, certes, est désagréable, quand vous avez affaire à des médecins incurables ou difficilement accessibles (par ex. Stekel le pervers infantile et Adler le paranoïaque) ».

La psychiatrisation d’Eugène Bleuler

Bleuler était professeur de psychiatrie à l’université de Zurich et directeur d’un célèbre hôpital psychiatrique qui est devenu, au début du XXe siècle, le principal centre de la psychiatrie d’orientation psychanalytique. C’est lui qui a envoyé Jung, alors son assistant, chez Freud. Il a fait un temps partie de l’Association internationale de psychanalyse et l’a quittée à cause de l’intolérance de Freud pour l’énoncé de thèses divergentes des siennes.

bleuler

 

Lorsque Bleuler hésite à rejoindre l’association psychanalytique, Jung écrit à Freud que c'est là « l'effet d'une résistance homosexuelle » (13-11-1910).

Quand Bleuler la quitte, Freud écrit à Jung que le célèbre psychiatre n'est qu’« un obsessionnel qui cherche à satisfaire son ambivalence » (17-12-1911).

La psychiatrisation de Magnus Hirschfeld

Hirschfeld était un médecin sexologue, fondateur en 1919 de l’Institut de sexologie de Berlin, le premier du genre. Il a lutté pour la dépénalisation de l’homosexualité.

Le 2 novembre 1911, Freud écrit à Jung : « M. Hirschfeld s'est éloigné de nos rangs à Berlin. Guère une perte ; c'est un de ces hommes pulpeux et peu appétissants et qui ne semblait pas en mesure d'apprendre quelque chose. Il met naturellement en avant la remarque de votre part au Congrès ; fâcherie homosexuelle. Ne pas verser une larme sur son départ ».

La psychiatrisation de Willy Hellpach

Après que Jung se soit vu contredit par Hellpach, il écrit à Freud le 18 janvier 1911 : « On s'étonne du fabuleux délire de grandeur de ce lamentable écrivaillon ».

La psychiatrisation d’Otto Gross

Gross était un psychiatre autrichien, psychanalyste. Freud, qui l’a rencontré, écrit le 19 avril 1908 à Jung, à son sujet : « il s'agit d'un homme extrêmement doué et convaincu ».

Lorsque Gross fait état de désaccords avec Jung, celui-ci écrit à Freud le 19 avril 1911 : « Gross est un fou accompli. [...] Il ferait mieux de produire encore quelque chose au lieu d'écrire des polémiques ».

La psychiatrisation de Carl Gustav Jung

Freud écrit à Jung, au sujet de l'avenir de la psychanalyse le 2 février 1910 : « Vous représentez l'avenir et moi le passé de la dame ». Freud écrit à l’Américain James Jackson Putnam, le 20 août 1912 : « Après la honteuse défection d'Adler, un penseur doué mais un paranoïaque malfaisant, j'ai maintenant des problèmes avec notre ami Jung, qui apparemment n'a pas surmonté sa névrose ».

À l’occasion de la rupture entre Freud et Jung, la psychiatrisation sera utilisée par chacun d’eux :

En 1912, Freud critique l’ouvrage de Jung Métamorphoses et symboles de la libido. Jung répond le 3 décembre : « Il me faut constater avec douleur qu'une assez grande partie des psychanalystes abuse de la psychanalyse à la fin d'ôter leur valeur aux autres et aux progrès de ces derniers par les insinuations de complexe bien connues (d'ailleurs comme si cela expliquait quelque chose ! pitoyable théorie). On sert à la ronde une stupidité de particulièrement mauvais goût, qui dit que ma théorie de la libido est le fruit de l'érotisme anal. Quand je pense qui a conçu cette “théorie”, je prends peur pour l'avenir de l'analyse. [...] Le psychanalyste utilise sa psychanalyse très malheureusement comme un lit de paresse, comme nos adversaires font de leur croyance à l'autorité. Ce qui pourrait les faire penser est conditionné par le complexe. Cette fonction de protection de la psychanalyse était encore à découvrir ».

La réponse de Freud à Jung est extrêmement intéressante, car on y lit l'aveu d'une absence désolante de critères objectifs permettant de vérifier une interprétation en termes de résistances inconscientes. Freud écrit : « Les abus dans l'emploi de la psychanalyse auxquels vous faites allusion, dans la polémique et pour se défendre du nouveau, me donnent moi-même à réfléchir depuis assez longtemps ; je ne sais pas s'ils sont tout à fait évitables et je ne puis momentanément conseiller contre eux que cette petite recette domestique : que chacun de nous s'occupe plus activement de sa propre névrose que de celle de son prochain » (5-12-1912).

Freud a fait remarquer à Jung un lapsus dans une lettre qu’il lui avait adressée. Jung répond : « Je ne suis pas névrosé du tout — bien heureux ! Je me suis en effet fait analyser lege artis et tout humblement, ce qui m'a fort bien convenu. Vous savez bien jusqu'où peut aller le patient dans son auto-analyse, il ne sort pas de sa névrose — comme vous » (18-12-1912).

Freud écrit à Jones le 23 décembre 1912 : « Pour ce qui est de Jung, il semble avoir totalement perdu la tête, il se conduit comme un dément. [...] J'ai attiré son attention sur un certain Verschreiben [lapsus calami] de sa lettre [...]. C'est après cet épisode qu'il a cédé à la fureur, protestant qu'il n'était pas du tout névrosé, qu'il avait fait une PsA (avec la Moltzer ? j'imagine, vous voyez un peu le traitement), que c'était moi qui étais névrosé [...]. On retrouve le même mécanisme, avec des réactions identiques, que dans le cas d'Adler » [4].

Jung avait ainsi touché le point le plus névralgique : l’absence d’analyse didactique de Freud. Celui-ci réagit en décidant de rompre : « Celui qui, en se conduisant anormalement, crie sans arrêt qu'il est normal, éveille le soupçon qu'il lui manque l'intuition de sa maladie. Je vous propose donc que nous rompions tout à fait nos relations privées » (3-1-1913).

 

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La psychiatrisation d’Otto Rank

Le 14-3-1911, Freud écrit à Jung sa déception concernant les gens qui se réunissent chez lui pour discuter de psychanalyse. Il se plaint surtout d’Adler et Stekel et écrit : « J’en ai fini dans mon cœur avec eux deux. Il ne sortira rien de tous ces Viennois. Seul le petit Rank, qui est aussi intelligent que convenable, a un avenir » (Freud-Jung, Correspondance, Trad., Tome 2, p. 152). Il écrivait en 1914 que Rank est « son plus fidèle collaborateur » et manifeste « une compréhension extraordinaire de la psychanalyse » [5]. Le 8-4-1923, il écrit encore à Karl Abraham : « Je suis très heureux de me convaincre que mes paladins, c'est-à-dire vous, Ferenczi et Rank, s'attaquent toujours dans leurs travaux à des choses fondamentales ».

En 1924, Otto Rank publie sa propre version de la psychanalyse (cf. Le Traumatisme de la naissance). Abraham console le Maître en lui écrivant le 20 octobre 1924 : « Rétrospectivement, je voudrais dire que le processus névrotique s'est préparé chez Rank au cours de plusieurs années. En même temps qu'il compensait ses tendances négatives par un travail hyperconsciencieux, son besoin de solidarité amicale avec nous a diminué de plus en plus, et son comportement despotique et tyrannique s'est de plus en plus confirmé à bien des égards. A cela s'ajoute l'importance croissante accordée à l'argent, assortie d'une susceptibilité de plus en plus grande et d'une attitude hostile. Donc une régression évidente au stade sadique-anal. [...] Rank s'est engagé — irrésistiblement, semble-t-il — sur une voie morbide ».

La psychiatrisation de Sandor Ferenczi

Ferenczi est un psychiatre qui s’est formé à la psychanalyse à Zurich. Il est devenu rapidement un ami privilégié et même le disciple préféré après la rupture de Freud avec Jung. Freud l’appelait « mon paladin et grand vizir secret » (lettre de Freud du 13-12-1929). C’est avec lui que Freud a échangé le plus de lettres (1236 au total). Il a créé le « Comité secret », destiné à veiller à la pureté doctrinale de la psychanalyse freudienne. Au fil du temps, il a été de plus en plus préoccupé d’efficacité, ce qui l’a amené à essayer de nouvelles techniques et à critiquer le désintérêt de Freud pour la dimension thérapeutique de la psychanalyse [6].

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Le Comité secret

Rank est au 2e rang à gauche, derrière Freud ; Ferenczi au 1er rang à côté de Freud

Freud écrit à Eitingon au sujet de Ferenczi, le 24 août 1932 : « On va devoir admettre qu'il [Ferenczi] suivra le chemin de Rank. Peut-être va-t-il me ménager et attendre que je ne sois plus là. Si je suis tenace je le vivrai encore moi-même. Il est en pleine hostilité névrotique à l'égard du père et des frères ; jeu mère-enfant avec ses patients. Dommage ! Mais aurais-je vécu un seul cas de déviation théorique sans qu'il soit précédé par une motivation personnelle ! » [7]. [Autrement dit : toute « déviation théorique » procède de problèmes affectifs, si pas pathologiques].

En 1933, Ferenczi meurt d’une anémie pernicieuse. Cinq jours plus tard, Freud écrit à Jones : « A présent on saisit mieux le lent processus de destruction dont il a été victime. Les deux dernières années, son expression organique a été une anémie pernicieuse, à laquelle s'associèrent bientôt de graves troubles moteurs. [...] Une dégénérescence psychique, qui a pris la forme d'une paranoïa, s'est développée simultanément avec une logique terrifiante. Elle était centrée autour de la conviction que je ne l'aimais pas assez, ne voulais pas reconnaître ses travaux, aurais aussi mal fait son analyse. Ses innovations techniques étaient en rapport avec cela. [...] En fait, c'étaient des régressions vers les complexes de son enfance » (29 mai 1933).

Ernest Jones, dans sa biographie louangeuse de Freud, écrira : « L'adhésion aux révélations de la psychanalyse implique de conserver un esprit pénétrant lorsqu'il s'agit de l'inconscient, et la capacité de le faire présuppose un haut degré de stabilité mentale. J'avais naturellement espéré en fondant le Comité que nous six présentions des garanties suffisantes sous ce rapport. Hélas, il apparut que ce n'était le cas que pour quatre d'entre nous puisque Rank et Ferenczi ne furent pas en mesure de tenir jusqu'au bout. Les manifestations psychotiques qui apparurent chez Rank de façon dramatique et dont je parlerai ci-dessous, et celles qui se développèrent peu à peu chez Ferenczi vers la fin de sa vie, eurent entre autres conséquences de les détourner de Freud et de ses doctrines. Les germes d'une psychose destructive, invisible pendant si longtemps, finirent par éclater » [8].

« Le dérangement mental [de Ferenczi] avait fait de rapides progrès pendant les quelques derniers mois. [...] Puis il y eut ses idées délirantes concernant la soi-disant hostilité de Freud. Vers la fin, il fut sujet à de violents éclats de type paranoïaque, voire homicides, qui furent suivis de sa mort soudaine, le 24 mai. [...] Les démons cachés contre lesquels Ferenczi s'était pendant des années battu avec une grande angoisse et beaucoup de succès eurent finalement raison de lui, et cette pénible expérience nous rappelle une fois de plus combien terrible peut être leur pouvoir » [9].

N.B. : Outré par cette description des derniers moments de Ferenczi, le psychanalyste Michaël Balint, son exécuteur testamentaire, a vigoureusement protesté auprès de Jones. Celui-ci lui a répondu qu’il tenait ces informations d’un témoin qu’il souhaitait ne pas nommer [10].

Récapitulons

Paranoïa (Adler, Ferenczi), Sadisme (Adler), Perversion (Stekel), Homosexualité (Bleuler, Hirschfeld), Névrose obsessionnelle (Bleuler), Délire de grandeur (Hellpach), Fou accompli (Gross), Hostilité névrotique (Ferenczi), Névrose (Jung, Freud, Rank), Dément (Jung), Régression évidente au stade sadique-anal (Rank), Régressions vers les complexes de l’enfance  (Ferenczi), Psychose (Rank, Ferenczi).

Le psychanalyste Erich Fromm écrira au sujet de la stratégie de la psychiatrisation : « C’est une réécriture typiquement stalinienne de l’histoire. Les staliniens démolissent la réputation des opposants en les qualifiant d’espions et de traîtres. Les freudiens le font en les traitant de “malades mentaux” » [11].

À ma connaissance, Freud a reconnu l’absence de valeur épistémologique de la psychiatrisation qu’une seule fois. En 1913, il écrit : « Le fait qu’une doctrine soit psychologiquement déterminée n’exclut nullement qu’elle soit scientifiquement correcte » [12].

Lui-même, ses disciples et ses suiveurs n’ont cessé de bafouer ce principe épistémologique élémentaire. On trouve des exemples stupéfiants à la suite de la parution des Impostures intellectuelles, de Sokal et Bricmont (Odile Jacob, 1997). Ainsi Philippe Sollers, dans une interview du Nouvel Observateur intitulée « Réponse aux imbéciles », « argumentait » : « Leurs vies privées méritent l'enquête : Qu'est-ce qu'ils aiment ? Quelles reproductions ont-ils sur leurs murs ? Comment est leur femme ? Comment toutes ces belles déclarations abstraites se traduisent-elles dans la vie quotidienne et sexuelle ? » [13].

Références

[1] La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. Trad., PUF, 1958, p. 35

[2] Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse. Gesammelte Werke, XV, p. 150.

[3] Zur Gechichte der analytische Bwegung. Fortschritte der Sexualwissenschaft und Psychoanalyse. Vol. 2, p. 563.

[4] Marie Moltzer était une hollandaise qui avait émigré à Zurich où elle était devenue infirmière en chef et assistante de Jung. Elle pratiquait la psychanalyse. Elle et Jung se sont analysés mutuellement, ce qui était une pratique courante à la clinique universitaire de Zurich.

[5] Zur Geschichte der psychoanalytischen Bewegung. G.W., X 63.

[6] Pour une présentation de Ferenczi et de ses critiques à Freud : https://blogs.mediapart.fr/jacques-van-rillaer/blog/250219/ferenczi-le-psychanalyste-preoccupe-d-humanisme-et-donc-d-efficacite-0

[7] cité in Freud-Ferenczi, Correspondance, tome III, p. 501

[8] La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. Trad., PUF, vol. 3, 1969, p. 50.

[9] Ibidem, p. 204

[10] Pour des détails, voir : M. Borch-Jacobsen & S. Shamdasani, Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse. Paris : Les Empêcheurs de penser en rond/Seuil, 2006, p. 403-405.

[11] cité in M. Borch-Jacobsen & S. Shamdasani, p. 406.

[12] Das Interesse an der Psychoanalyse, G.W., VIII 407.

[13] Cité dans A. Sokal et J. Bricmont, Les impostures intellectuelles, 2e éd., Le Livre de Poche, n° 4267, 1999, p. 24.

Deux sites pour d’autres publications de J. Van Rillaer sur la psychologie, la psychopathologie, l'épistémologie, les psychothérapies, les psychanalyses, etc.

1) Site de l'Association Française pour l'Information Scientifique: http://www.pseudo-sciences.org

2) Site à l'univ. de Louvain-la-Neuve: https://moodleucl.uclouvain.be/course/view.php?id=9996

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