La psychanalyse stimule la haine : Christine Angot et alii

La confrontation de Mme Angot avec François Fillon sur France 2 le 23 mars 2017 est l’occasion de rappeler que la cure psychanalytique a tendance à exacerber la haine et les conflits interpersonnels.

Il n’est pas inutile de préciser que je suis Belge et que je n’ai aucune sympathie particulière pour François Fillon, même si j’ai le sentiment que les « affaires », sorties juste au bon moment, ont été soigneusement orchestrées par un rival. Je ne m’intéresse guère à la politique française, mais la violence verbale de la romancière Christine Angot à l’égard de Fillon, le 23 mars sur le plateau de France 2, a fait les titres de notre radio publique, la RTBF, et des principaux journaux belges francophones (La Libre, Le Soir).

Christine Angot dans “Le Soir” du 24 mars 2017 Christine Angot dans “Le Soir” du 24 mars 2017

 Je n’avais jamais entendu parler de Mme Angot, mais je m’étais d’emblée demandé si elle n’était pas une "psychanalysée". Je me suis donc intéressé à son cas, puis j’ai cru bon d’écrire ce texte pour attirer l’attention, une fois de plus, sur un des tristes effets de la psychanalyse.

Mme Angot illustre parfaitement le fait que quand on a été psychanalysée et qu’on en est fière, on ne se gêne plus pour parler avec une haine sans retenue. Ce n’est pas toujours le cas, mais c’est fréquent. Moi qui ai été membre d’une école freudo-lacanienne [1] pendant plus de dix ans (années 1970), je puis en témoigner.

P.S. (octobre 2017) : J’ai regardé l’émission “On n’est pas couché” du 30 septembre 2017. (J’ai regardé en différé car je ne perds pas de temps à assister régulièrement à cette tauromachie verbale orchestrée par et pour des bobos). J’ai ainsi pu voir la charge haineuse de Chr. Angot contre Sandrine Rousseau venue parler des agressions sexuelles subies par les femmes. Que Mme Angot ait eu des critiques à faire, c’est intéressant pour la discussion. Qu’elle se soit emportée à la manière d’une hystérique comme on en voit au cinéma et dans des instituts psychiatriques, cela en dit long sur l’effet de sa cure psychanalytique (de style lacanien). Non seulement ce type de “traitement” ne guérit guère en cas de problèmes sérieux, mais bien souvent détériore davantage le fonctionnement mental. Pour des détails sur l’effet de détérioration en psychothérapie:  http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2574

Autre exemple : Pierre Rey, qui a fait durant 10 ans une analyse chez Lacan à raison d’une séance par jour. Il écrit au sujet du bénéfice de sa cure: «Jaillirent de moi en un bouillonnement effrayant les cris bloqués derrière ma carapace de bienveillance cordiale. Dès lors, chacun sut à quoi s'en tenir sur les sentiments que je lui portais. Quand j'aimais, à la vie à la mort, j'aimais. Quand je haïssais, à la vie à la mort, on ne tardait pas davantage à l'apprendre» (Une saison chez Lacan, Laffont, 1989, p. 156).

Illustration de son nouveau mode relationnel: sa réponse au téléphone à une femme, qui l'a appelé plusieurs fois pour récupérer un livre qu'elle lui a prêté et qu'il a égaré. Il lui assène : « Écoute-moi, vieille truie. Ton torchon de bouquin de merde, je l'ai jeté aux chiottes. Maintenant, je te préviens. Si tu me téléphones une fois de plus, je te casse la tête ! Je ne veux plus entendre ta voix, plus jamais! » (p.170)

Conclusion de Rey — qui par ailleurs avoue avoir gardé ses symptômes, mais qu’il les assume [2] — : «Il n'est d'éthique que la mise en acte du désir. Le reste est littérature» (p.209).

La haine tout au long de la saga freudienne

Ceux qui connaissent la saga freudienne savent que la haine est omniprésente (Voir p.ex. Paul Roazen “La saga freudienne. La tragédie de l’ingratitude”. Trad., PUF, 1986, 474p.). Échantillon : Après que Freud ait rompu avec Jung, il écrivait à Abraham le 25 mars 1914: «Ci-joint la lettre de Jones. Il est remarquable de voir comment chacun de nous, à tour de rôle, est saisi par l'impulsion de frapper mortellement, au point que les autres sont obligés de le retenir. Je pressens que ce sera Jones qui nous produira le prochain plan d'action. A cette occasion, la fonction de la collaboration au sein du Comité se manifeste à plein».

La haine chez la principale avocate de la psychanalyse en France

La haine est un sentiment qui se retrouve au centre de la pensée et de l’affectivité de la psychanalyste la plus médiatique de France : Élisabeth Roudinesco. Il est hautement significatif qu’elle ait intitulé sa réponse au Livre noir de la psychanalyse : Pourquoi tant de haine ? (2005) et qu’elle n’ait pas trouvé d’autre concept pour répondre au livre de Michel Onfray Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne. Sa réponse : Mais pourquoi tant de haine? (2010), réponse dont on trouve une analyse détaillée sur ce site : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1424

La haine est le sentiment qui “fascine” Roudinesco. Elle la voit partout. Récemment, dans le magazine Psychologies, elle donnait une interview intitulée: «Elisabeth Roudinesco : La haine de la pensée est partout» [3]. Elle y confiait: «Mon père détestait la psychanalyse. Il déplorait que ma mère ait été endoctrinée par l’obsédé sexuel de Vienne» et concluait l’entretien par ces mots: «En France, il y a une incontestable dégradation de l’université, mais surtout un mépris croissant pour les intellectuels. La haine de la pensée transpire partout. Quand on va dans certains médias, on dit à l’auteur: “Pas de jus de cerveau, s’il vous plaît”, expression inouïe pour désigner le mépris dans lequel on tient la pensée».

 Les constatations du profeseur Baruk

Il y a un demi-siècle, le célèbre psychiatre Henri Baruk [4] reprochait au freudisme d’exacerber les conflits interpersonnels: «Nous avons vu fréquemment des guerres familiales, des haines des enfants contre les parents, des divorces douloureux et injustes déterminés par une telle orientation. En outre, certains sujets psychanalysés deviennent d'une extraordinaire agressivité au point de vue social, car ils sont d'une extrême sévérité pour les autres et les accusent sans cesse, ce qui arrive parfois à créer des individus antisociaux. La religion juive, parlant de la loi de Moïse, proclame : Tous ses sentiers mènent à la paix. On pourrait dire le contraire de la loi psychanalytique: Tous ses sentiers risquent de mener à la guerre» [5]. Aujourd’hui, avec le succès du lacanisme, les choses ont empiré.

Comment Lacan aurait-il voté ?

Jacques-Alain Miller, son gendre et héritier spirituel, écrit dans sa Vie de Lacan : «Lacan ne croyait pas le moins du monde à la Révolution. Ceci n'est pas une interprétation de ma part. Il citait toujours à ce propos, et cela m'irritait en ce temps-là, l’étymologie du mot: le retour au point de départ. Il l'a dit, écrit, clamé, et dans les années qui suivirent immédiatement 1968. Il ne se gênait pas pour préciser qu'il n'était pas progressiste. C'était assez évident. Il n'empêche qu'on l'a classé assez sottement parmi les inspirateurs de la révolte de mai 1968. Il est vrai qu'il partageait avec la jeunesse révoltée la détestation de quelques semblants» [6]. Par ailleurs, on sait que Lacan tenait ses informations quotidiennes du Figaro. Deux de ses fidèles, Godin et Haddad écrivent que, durant les séances d’analyse, Lacan se permettait de sommeiller, de manger des sandwichs, de compter ses liasses d'argent et de lire précisément ce journal [7]. Haddad était très déçu d'apprendre que son analyste s'informait par «ce journal honni par tout homme de gauche». On ne peut faire que des suppositions, mais on peut imaginer que Lacan eût voté Fillon...

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[1] Le mépris, l’arrogance et le cynisme se trouvent avant tout chez les lacaniens. Selon l’expression de Miller, «La morale de Lacan relève d'un cynisme supérieur. […] La morale lacanienne est une morale de l'invention de soi, de la singularité. Trouvez votre singularité, la voie de votre désir et assumez-en les conséquences» (Débat Miller-Onfray, Philosophie magazine, 2010, n° 36, p. 15).

[2] Rey écrit: «L'avouer aujourd'hui me fait sourire: je suis toujours aussi phobique. Mais, entre-temps, j'ai négocié avec mes phobies. Ou je ne me mets plus en position d'avoir à les éprouver, ou, le dussé-je, les considérant comme l'accident d'un temps vide, je les subis avec la résignation ennuyée qu'appellent les fatalités extérieures» (p. 77, italiques de Rey).

[3] http://www.psychologies.com/Therapies/Psychanalyse/Travail-psychanalytique/Interviews/Elisabeth-Roudinesco-La-haine-de-la-pensee-est-partout/1

[4] Il fut directeur de la Maison de Charenton, professeur à la Faculté de médecine de Paris et membre de l’Académie de médecine. Entre autres choses, il critiqua l’abus des psychotropes et fut un violent opposant aux lobotomies.

[5] De Freud au néo-paganisme moderne. La Nef, 1967, p. 143 (italiques de Baruk).

[6] Éd. Navarin, 2011, p. 22.

[7] Haddad, G. (2002) Le jour où Lacan m’a adopté. Grasset — Godin, J.-G. (1990) Jacques Lacan, 5 rue de Lille. Seuil, p. 82. [8] Sur la façon dont Lacan psychanalysait : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1553

 

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