Une classe dominante prise dans la nasse des réseaux sociaux : à chacun son tour !

« Platon dans son œuvre centrale, la République, écrite vers 372 avant notre ère, jugeait que le mensonge devait être banni de la cité et réservé aux seuls dirigeants : eux avaient le droit de faire croire aux citoyens qu’ils étaient vraiment nés de la terre de leur cité. »

Le mensonge ferait-il partie de la vie privée ? Le fait de le révéler est-il anti-démocratique ?

 Paris-Match: Julia et Paris, les deux amours de Benjamin Griveaux © PM

 

Si on retourne la lorgnette qui a été dirigée sur une vidéo « grivoise » on peut facilement y voir les réactions d’une classe sociale qui ne supporte pas qu’on lui reproche de mentir à une majorité de gens pour « le bien de tous » dit-elle sans en parler. Car, effectivement il faut décrypter. Derrière les postures des représentants de cette classe dominante (et des moins dominants qui la suivent) qui s’insurge contre cette intrusion « terroriste » dans la vie privée d’un de ses représentants qui, non seulement a laissé la porte ouverte mais a aussi baissé sa culotte, il y a la peur.

  • Peur de ne plus maîtriser les flux d’informations « bien emballées ».
  • Peur de devoir subir des critiques avant même que le décor ait été planté pour masquer la "forêt".
  • Peur d’être la risée de ses collègues au demeurant très compatissants.
  • Peur de perdre son rang dans l’ascension de la pyramide qui met à disposition les moyens d’aller toujours plus haut.
  • Peur, en fin, de ne plus pouvoir faire ce qu’elle a toujours fait sans rendre de compte, conformément aux préceptes platoniciens.         

 Si le fait de faire des fautes politiques est excusable (ça fait partie du boulot), l’hypocrisie, le mensonge assumé ou par omission sont devenus les cibles privilégiées des observateurs en réseaux. Ceux qui parlent d’exemplarité n’ont qu’à bien se tenir ; depuis 372 avant JC, la société a évolué. Désormais, elle est basée sur une codification tirée d’une morale judéo-chrétienne issue des dix commandements parmi lesquels figure : « tu ne mentiras point ».

 Depuis leur plus jeune âge et jusqu’à la sortie du lycée les jeunes et moins jeunes vivent sous la menace de la sanction pour qui s’écarte de la règle. Elle devient la principale cause de rupture entre les individus. C’est la confiance qu’ils se font qui est remise en question dès lors qu’on a voulu faire croire à l’autre, autre chose que la Vérité.

 Tous les grands dictateurs, Staline, Hitler…. ont été des menteurs notoires. Si le premier a, grâce à ça, pu éliminer tous ses détracteurs (et même ses amis.es), le second n’a pas résisté à la révolte des peuples qui, dans une coordination « publique » largement consentie, a mis fin aux mensonges. Au XVIIe siècle, un écrivain espagnol et jésuite, Baltasar Gracian, affirmait que l’art de la dissimulation et du mensonge était indispensable à la survie dans une cour.

 S’il s’avère qu’il nait dans la sphère privée, il demeure que le mensonge conduit à la sanction dès lors qu’il peut avoir un effet sur un environnement plus large voire sur la société toute entière.

On voudrait nous faire croire, aujourd’hui que les principes éducatifs qu’on nous a inculqués depuis notre plus jeune âge ne peuvent pas supplanter ceux enseignés par Platon il y a près de 24 siècles ? C’est donc bien la démocratisation des sociétés qui est à l’origine des contrôles effectués sur ceux qui pourraient se permettre de vouloir masquer la Vérité. Elles se sont d’ailleurs organisées pour vérifier que les règles sont respectées et sanctionnent lorsque le mensonge peut nuire à la liberté.

 On ne peut pas affirmer que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » et reprocher à ces mêmes « croyants » de tout mettre en œuvre pour en vérifier la cohérence.

Finalement, l’affaire Griveaux est révélatrice (comme dirait Usul) d’un système de gestion des populations qui écarte le contrôle pour permettre aux dominants de revenir plus de deux millénaires en arrière. Leur problème c’est que la diffusion de l’information (et de sa vérification) est aujourd’hui si rapide que le passage de la sphère privée à la sphère publique est quasi instantané. Doit-on pour autant mettre fin à ce type de contrôle sous prétexte que ses dérives peuvent conduire à une réduction de notre espace de liberté ?

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