Des frontières sanitaires pas nationales !

Les media nous présentent de nouveau Marine Le Pen comme l’alternative à Macron à l’issue de la crise sanitaire. Il s’agit d’en faire l’épouvantail qui nous ralliera au système et nous fera oublier ses errements.

 Une fois de plus on annonce « qu’elle va profiter de la crise » comme on nous avait prédit qu’elle surferait sur le mouvement des gilets jaunes, alors qu’au contraire elle en a pâti, passant de 24,86% aux élections européennes de 2014, à 23,3% à celles de 2019 qui suivaient le mouvement.
En particulier Marine Le Pen aurait eu raison avant tout le monde en réclamant la fermeture des frontières. Outre qu’elle et son père réclament la fermeture des frontières depuis toujours et pour toute raison, Donald Trump lui aussi se gargarise d’avoir fermé la frontière avec la Chine dès Janvier, (au lieu de prendre des mesures de contrôle sanitaire), on en voit le résultat aujourd’hui…
La crise du Coronavirus est au contraire une nouvelle preuve que les frontières nationales ne sont plus opérantes : le virus touche tous les pays, et bloque toutes les économies au même moment et de la même façon avec le confinement même si les dirigeants y réagissent différemment.
La réponse au virus aurait dû être globale, supra nationale, en tirant des leçons immédiates, valables pour toute la planète, de l’expérience des premiers pays touchés, Chine, Corée, Singapour, Taiwan… Expériences relayées par l’OMS, mais malheureusement suivies trop tardivement (masques, tests confinement, etc…). Au lieu de se fermer, il fallait contrôler (la température par exemple) aux points de passage, les aéroports, les gares… Quel sens y a-t-il à fermer les frontières nationales quand la même politique de confinement est appliquée de chaque côté de la frontière ?
A y regarder de près, outre le « confinement mobile » que constitue le port du masque, le confinement efficace est celui qui est déterminé par le contrôle des foyers de contagion, les « clusters »: la Chine confine Wuhan et le Hubei, (4% de la population chinoise), elle ne bloque pas tout le pays d’emblée. De même en France, l’Est et la région parisienne sont plus touchés que l’Aquitaine où des transferts de patients ont lieu. L’Alaska ou la Floride se barricadent vis-à-vis de New York, au sein du même pays. La réponse est donc aussi locale, infra nationale, avec des foyers infectieux, des villes, des régions à isoler.
« On a les meilleurs médecins, les meilleurs biologistes, le meilleur système de santé » claironnaient aussi bien Trump que Macron au mépris de l’expérience des pays asiatiques. Ainsi les réponses « nationales » ont aveuglé et aggravé la situation. Le mépris des autres peuples n’est que l’écho du mépris plus général des gens : « les français ne sauraient pas utiliser un masque »… on justifie « les mensonges pieux » : « sinon les français se seraient précipités sur les masques » donc l’usage du masque est déconseillé. Les 130 000 touristes français rapatriés de l’étranger sur la base de leur passeport, l’ont été sans aucune précaution, simplement parce qu’ils étaient français, ce qui donnait sinon un passeport, du moins un visa au virus. Les tchèques accusés à tort semble-t-il de faucher des masques aux italiens, comme les français fauchant des masques aux suédois ou les américains surenchérissant sur les tarmacs de Chine n’ont fait qu’aggraver la situation pour tous.
Les nations ont été nécessaires il y a quelques siècles au capitalisme murissant pour organiser l’économie, nécessaires à son développement, à l’organisation de l’éducation en particulier. François premier impose le français comme langue nationale au début du XVIème siècle. Le traité de Westphalie, instituant les nations européennes date de 1648. La notion de nation a accompagné le développement du capitalisme, a joué son rôle pendant quelques 5 ou 6 siècles. Mais aujourd’hui les pandémies, comme le réchauffement climatique, comme l’économie numérique, comme les réseaux, comme la finance, comme les migrations, comme l’économie mondialisée en général sont des phénomènes qui ne se dominent pas à l’intérieur des vieux cadres nationaux. S'y cramponner empêche de concevoir des réponses qui articulent le local, l’international, le national. La dessus non plus ni Macron ni Marine Le Pen ne sont une solution.

 

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