L’appréciation de Macron est fausse également concernant l’agression russe en Ukraine. L’Ukraine, un quart de l’économie comme un quart de la population russe, a été capable de résister à l’invasion depuis plus de 4 ans. L’Ukraine était seule au début et a rallié des aides au cours et grâce à sa lutte. L’Europe, une population 3 fois celle de la Russie, un PIB 4 fois supérieur, un budget militaire cumulé 3 fois supérieur, est largement en mesure de résister aux agressions russes sans soutien américain. Encore n’évalue-t-on ici que les ressources générales, de 3 à 4 fois supérieures pour l’Europe vis-à-vis de la Russie, alors même que l’Ukraine a montré qu’un peuple dans son bon droit est capable de résister avec des ressources 3 à 4 fois inférieures à celles de l’agresseur.
Interrogé sur l’agression américaine au Venezuela, Zelenski, sourire en coin, répond : « S’il est possible de régler le problème des dictateurs de cette manière, aussi facilement, alors les États-Unis d’Amérique savent ce qu’il leur reste à faire ». Malgré sa position inconfortable de tributaire de l’aide américaine, il se démarque ainsi de Trump ce dont Macron n’a pas été capable.
Les luttes contre chacune des superpuissances se soutiennent mutuellement. Ces luttes ont lieu et sont nécessaire car ces puissances sont les déclencheurs d’agressions, de troubles, de dénis du droit international, de guerres. Elles sont les promoteurs de la même idéologie suprémaciste blanche, chrétienne, colonialiste, viriliste. Elles sont les soutiens des organisations d’extrême droite partout dans le monde. De plus les deux superpuissances au-delà de leurs connivences ponctuelles, et en raison de leur rivalité, font craindre un conflit mondial, nucléaire. Elles sont la principale menace pour la paix.
Le RN en difficulté :
Ce n’est pas un hasard si l’extrême droite partout, et en particulier en Europe, fait preuve de complaisance à l’égard des deux superpuissances. En même temps son embarras à l’égard de l’agression contre le Venezuela, visible de Orban en Hongrie à Marine Le Pen en passant par Farage en Grande Bretagne ou Salvini en Italie, est la manifestation des contradictions qui minent ce camp : les nationalismes exacerbés sont incompatibles entre eux. Les menaces de Trump contre le Groenland, en attendant celles pour faire du Canada le 51ème état américain, ne pourront qu’accroitre encore ces fissures : l’adversaire est divisé et n’est pas aussi fort qu’il semble.
Les campistes de gauche font précisément ce qu’ils dénoncent
C’est-à-dire être à la remorque d’une des superpuissances impérialistes au lieu de s’opposer aux deux. Refusant de prendre parti sur la guerre d’invasion en Ukraine, en prétendant même parfois appliquer le vieux mot d’ordre de Zimmerwald lors de la guerre de 14/18 : « guerre à la guerre », la gauche n’a pris aucune initiative de soutien aux ukrainiens en lutte contre l’invasion. La gauche sait défendre la Palestine contre les agressions israélo américaines malgré l’orientation terroriste islamiste du Hamas, elle sait défendre le Venezuela contre l’agression de Trump malgré les atteintes à la démocratie de Maduro[1], mais elle s’acharne sur « l’illégitimité » de Zelenski, président de la nation victime et résistante à l’agression russe. Depuis 5 ans on ne peut citer aucune action ou initiative d’ampleur de la gauche en soutien au peuple ukrainien en lutte. Ainsi cette gauche se met à la remorque de la superpuissance russe. Elle répète l’erreur des gauches chauvines de 1914 qui ralliaient plus ou moins honteusement un camp impérialiste.
Cette gauche commet aussi la même erreur que Macron, mais inversée. Le fait d’avoir dans les deux cas une position « deux poids deux mesures », vis-à-vis de la Palestine pour Macron, vis-à-vis de l’Ukraine pour la gauche, affaiblit le soutien aux peuples qui subissent les agressions de l’une ou l’autre des superpuissances.
Une vraie lutte anti fasciste
Le soutien conjoint aux résistances de Palestine, d’Ukraine, du Venezuela, est l’axe d’une position de gauche aujourd’hui. Le soutien à ces peuples en lutte est la première ligne du combat antifasciste, car ces peuples sont à la pointe de la lutte anti fasciste en combattant les deux superpuissances qui le promeuvent.
Les pays opprimés du Sud sont à la fois les principales victimes des superpuissances, mais aussi les principaux acteurs de la résistance contre elles. À travers leurs gouvernements nationaux, la grande majorité de la population du monde a condamné les diverses interventions des deux superpuissances. Voir à propos du Venezuela le décompte tenu par la revue le Grand Continent ici. C’est aussi dans ces pays que se trouve la majorité de la classe ouvrière mondiale.
L’Europe comme d’autres pays du second monde, Canada, Japon, Australie, adopte, comme Mao Zedong l’avait prévu[2], cette position intermédiaire que reflète la contradiction à propos du Venezuela entre la déclaration de Barrot, son ministre des affaires étrangères, qui rappelait le droit international, et celle de Macron qui le négligeait.
Dans ces situations et luttes complexes il est important que les travailleurs, au-delà des alliances qu’ils doivent passer pour vaincre, gardent leur autonomie d’organisation. Cette autonomie des organisations ouvrières s’impose d’autant plus qu’il est de plus en plus clair que le développement capitaliste devient incompatible avec les acquis démocratiques. Le droit international, mais aussi la démocratie ou les élections dont Trump n’a pas dit un mot à propos de son agression du Vénézuéla. Élections qui lui tiennent pourtant si à cœur (comme à Mélenchon) lorsqu’il s’agit de la légitimité de Zelenski dans l’Ukraine agressée. De plus en plus il apparait que les acquis démocratiques ne peuvent s’adosser que sur le projet d’égalité du communisme.
[1] Le mathématicien Etienne Ghis a montré que les résultats officiels annoncés à une seule décimale près, lors des dernières élections vénézuéliennes, n’avaient aucune chance de se produire dans une élection à plusieurs millions de votants. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2024/09/11/au-venezuela-comme-ailleurs-les-dictateurs-ne-sont-pas-bons-en-maths_6312177_1650684.html
[2] Jacques Lancier, La thèse des Trois mondes, une thèse marxiste-léniniste, Éditions Drapeau rouge Rennes 1977.