MMT ou MIT ?, Modern Monetary Theory ou Modern Imperialist Theory ?

Stephanie Kelton dans son livre « The deficit myth » précise d’emblée que l’idée de la MMT - création de monnaie et de déficit par le pouvoir central- si elle n’a pas les limites qu’on croit généralement, exige la souveraineté monétaire. C’est-à-dire que la monnaie ne doit être rattachée à rien de concret. Afin de garantir leur valeur historiquement les monnaies étaient convertibles en or.

C’est Nixon qui en 1971 supprime la convertibilité du $ en or et signe la fin des accords de Bretton Woods qui régissaient les taux de change entre pays. Pourquoi le fait-il ? D’abord parce qu’il le peut, compte-tenu de la puissance américaine et du privilège du $ qui lui est attaché, ensuite parce qu’il fait face au premier déficit commercial américain, et enfin surtout pour poursuivre les guerres telles que celle du Vietnam qui ont pour but de maintenir cette puissance et les avantages impérialistes qui en découlent. La MMT tient donc compte de ce fait, la non convertibilité du $, et se situe dans le prolongement de cette politique. Ce que souligne très concrètement Kelton lorsqu’elle prend comme exemple principal de la non contradiction entre la dette et les dépenses sociales, le fait qu’après la seconde guerre mondiale la dette était au plus haut et cela n’a pas empêché le développement social des 30 glorieuses, profitable à la génération des baby-boomers. Que cela ce soit fait au détriment des nations du tiers monde et au prix de guerres incessantes ne la trouble pas. Elle ne cite d’ailleurs comme pays « souverain » du point de vue monétaire que des pays impérialistes, Etats Unis, Grande Bretagne, Australie etc. On ne soulignera pas la contradiction (il y en a trop) qu’il y a à citer en exemple positif l’époque où il n’y a pas de réelle souveraineté monétaire puisque le $ était convertible en or jusqu’en 1971 !

Stephanie Kelton écrit « Nous devons taxer les riches … pour protéger la santé de la démocratie… mais nous n’en avons pas besoin pour éradiquer la pauvreté… dépendre des très riches envoie le mauvais signal, et les fait apparaitre plus vitaux pour notre cause qu’ils ne le sont ». Nul besoin, autre que pour un souci moral de remettre en cause le pouvoir des riches, la MMT a la solution aux problèmes sociaux : créer de la monnaie, ne pas hésiter à creuser le déficit.

Il est vrai qu’aujourd’hui la limite de création de monnaie par les puissances impérialistes n’a comme limite que la confiance que les marchés et donc les plus riches lui confèrent.

La proposition de Kelton est celle d’un nouveau pacte, proposé aux travailleurs des pays riches : se répartir plus également les surprofits impérialistes dans les bulles occidentales, là où la monnaie peut être créée sans contrepartie. Hitler lui avait proposé aux travailleurs allemands de se partager les biens des juifs et des territoires de l’Est. Ça n’a marché qu’un temps.

Les politiques justifiées par la MMT, la suppression des dettes dans les pays riches, buteront sur le fait que le monde a changé depuis 1971 : La Chine et les économies émergentes représentent une part bien plus importante de l’économie. Les Etats Unis qui représentaient 50% du PIB mondial en 1945, 30% en 1980 ne représentent plus que 18% aujourd’hui. Une fois les vapeurs de la MMT dissipées il faudra bien en revenir à l’essentiel :   l’appropriation des moyens de production dans un nombre de mains de plus en plus réduit.

Gageons cependant que la MMT va servir de base théorique à nos souverainistes de gauche, partisans entre autres du « grand empire maritime français ». Elle justifiera la demande d’annulation des dettes en espérant que cela détournera les gilets jaunes et autres travailleurs de la remise en cause de la propriété privée des moyens de production par des 1% de plus en plus minoritaires.  

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