Aperçus de la Fête de l’huma 10/11/12/ Septembre 2021

Quelques aperçus lors de la fête de l'humanité 2021
  • Discours de Fabien Roussel, secrétaire national et candidat du PCF à la présidentielle le samedi après-midi. Intitulé du programme : « Les jours heureux», celui du programme du conseil national de la résistance dans les années 40, celui du programme anti fasciste, celui de l’alliance nécessaire avec la bourgeoisie. Complètement à côté de la plaque ! « Une fois élu je ferai ceci, cela… ». Personne n’y croit, même pas lui. Ni qu’il soit élu, ni que, même élu, ça se passe comme ça. A la fin il lance la marseillaise, les quelques milliers de personnes étendues sur la pelouse ne bronchent pas. Puis l’internationale tout le monde se lève et chante. Ça ne l’interpelle pas ? Pas suffisamment sans doute, puisque le lendemain Fabien Roussel conclura un débat sur le communisme avec les frères Bocquet sur une longue défense des frontières…
  • Thomas Piketty est interrompu une fois (par des applaudissements) : lorsqu’il réclame le remboursement à Haïti des (au moins) 30 milliards d’euros que la France lui a extorqués jusqu’en 1950 pour racheter la libération de l’esclavage. Le communisme il est là ! dans cette approbation massive de ce public à une mesure qui ne relève pas de son intérêt immédiat. Le dernier livre de Thomas Piketty « une brève histoire de l’égalité» est très intéressant et synthétique pour ceux qui n’ont pas réussi à lire les milliers de pages précédentes.
  • Un film « Le retour à Reims», est présenté le vendredi soir. Peu fidèle parait-il au livre d’Eribon dont il est tiré, il présente une version datée de la classe ouvrière où les travailleurs « du clic », les aides-soignantes, les chauffeurs livreurs, les magasiniers d’Amazon n’existent pas, au point de reprendre le discours à la mode selon lequel « la classe ouvrière a disparu ». Sous prétexte que la mère de la narratrice qui votait communiste a voté Front National c’est tout ce qui reste d’ouvriers qui voterait FN. Rappelons que Marine Le Pen au plus haut, au premier tour des présidentielles de 2017 a récolté 16% des inscrits, que ces 16% ne sont pas constitués essentiellement d’ouvriers même bien sur quelques-uns ont voté pour elle. Et les travailleurs immigrés, qui ne votent pas pour elle, ne font pas partie des inscrits. La classe ouvrière vote RN fait partie des fake news malheureusement reprise dans ce film.
  • Soso Maness La Fête de l’huma c’est aussi, (surtout ?) des concerts. Le vendredi soir Soso Maness surestime un peu la capacité de son public à reprendre ses tubes comme Petrouchka ou bande organisée (il faut dire que les paroles !) et se rabat sur « tout le monde déteste la police » qui fait le scandale que l’on sait. Provocateur il est vrai dans une fête dont le leader, Fabien Roussel soutient et participe aux manifestations policières.
  • Tandis que Lutte ouvrière diffuse un tract pour le « développement des luttes» dont la militante qui le distribue reconnait qu’il aurait pu être distribué tous les jours depuis 50 ans ou plus, je découvre la nouvelle scission du NPA :  Révolution permanente (avec 1/3 des 900 militants parait-il).  L’objet de la rupture est intéressant pour des organisations révolutionnaires ! il s’agit pour les scissionnistes de présenter à l’élection présidentielle Annasse Kazib, cheminot, au lieu du postier Besancenot ou de l’ouvrier de l’automobile Poutou soupçonnés tous les deux de vouloir se rallier à Melenchon. Il semble échapper à ces organisations que ni Lénine ni Trotski n’étaient ouvriers. Cette course à « plus ouvrier que moi tu meurs ! »   sert à masquer l’absence d’un réel discours politique : Il s’agit de célébrer les luttes, voire d’appeler à leur convergence, tout en passant à côté des vraies luttes et des vraies convergence comme celle des gilets jaunes. Mais ces organisations ne profitent pas d’une campagne comme la présidentielle pour tenir un discours de vérité aux classes populaires (qui savent très bien lutter d’elles-mêmes) : par exemple sur les classes sociales en France et l’immigration, sur la crise du capitalisme sans que la situation ne soit révolutionnaire, sur les raisons des échecs socialistes précédents, sur la lutte contre le terrorisme, les enseignements de la lutte contre le coronavirus, la défaite américaine en Afghanistan, l’implication montante de la France à côté des USA  contre la Chine, les rivalités impérialistes.. Il me semble que Besancenot, Poutou, Kazib et autres militants révolutionnaires ont un autre rôle à jouer que celui de syndicalistes « durs ».
  • Quelques initiatives pour des débats contre l’extrême droite et l’antifascisme sont proposées. J’assiste à l’un d’eux avec la CGT, les anti fa, la Jeune Garde. Il me semble qu’un point essentiel est oublié que je rappelle sans avoir l’impression d’être compris : l’extrême droite est avant tout une option du système capitaliste qu’ils ne remettent jamais en cause. Marine Le Pen s’oppose à l’augmentation du smic, à l’ISF etc. Nous ne sommes pas en 1944 où « les jours heureux » annonçaient l’alliance de la classe ouvrière et de la bourgeoisie, du PC et de De Gaulle. Il n’y a pas d’Hitler qui menace. Faire de l’anti fascisme l’horizon des luttes c’est reculer de 70 ans. C’est dire qu’il faut encore faire l’alliance avec la bourgeoisie. L’horizon des luttes c’est le communisme ce n’est pas de s’allier avec mais de remplacer la bourgeoisie par le pouvoir des travailleurs.
  • Au village du Livre les éditions Manifeste ! diffusent entre autres le livre de Besancenot et Lowy sur « Marx à Paris », un livre sur « Energie et communisme » de Valérie Goncalves et Eric Le Lann, préfacé par Fabien Roussel, qui semble bourré d’informations, acheté mais pas encore lu. Et aussi mon livre « l’Irruption des prolétaires » … Les éditions Manifeste ont été créées à la suite de l’expulsion des fondateurs des éditions du Temps des cerises par une fraction du PC.
  • Le dimanche soir le dernier débat porte sur le communisme et implique Bernard Friot et Frederic Lordon. Curieusement le débat, introduit par une longue citation d’Alain Badiou sur l’hypothèse communiste se focalise pendant un quart d’heure sur ce dernier et en particulier sur la nécessité de ne pas se contenter d’être contre le capitalisme, mais d’être pour un projet positif qui ne peut être que le communisme. Frederic Lordon à peine plus facile à suivre oralement que par écrit (pour moi) indique qu’il a hésité à se rallier à un terme aussi décrié que communisme. Alain Badiou aurait sans doute pu lui rétorquer que démocratie aussi est un mot dévalorisé dans bien des régions du monde. Quant à Bernard Friot s’il dit des choses intéressantes (simplement !) et rejoint à juste titre Piketty dans le constat que la marche pour l’égalité progresse historiquement, il pousse le bouchon un peu loin en faisant du gouvernement qui instaure la Sécurité Sociale en 1946 l’ébauche de l’état communiste ! c’est le même gouvernement qui bombarde Sétif et Haiphong ! Mais j’aurai l’occasion d’y revenir en expliquant en quoi « l’inéluctable communisme» est une bonne nouvelle ! 
  • Au final une fête chaleureuse, intéressante, vivante, diverse et contradictoire. Que la dernière grande lutte ouvrière, celle des gilets jaunes, soit quasiment absente, est le reflet que ces organisations de gauche, animatrices principales de la Fête, à commencer par le PCF, sont à composantes essentiellement cadres et intellectuels, la fraction moderne des classes moyennes, (20% de la population active), surement pleines de bonnes intentions, mais encore un peu loin des préoccupations des classes populaires.  

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.