« Les morts de désespoir » de Angus Dayton et Anne Case … désespérant.

Joseph Confavreux fait l’éloge dans Mediapart du livre du prix Nobel d’économie Angus Dayton et de Anne Case sa compagne : « Les morts de désespoir ». Il est vrai que c’est un livre qui apporte beaucoup d’éléments sur les victimes de suicide, de drogue, d’alcool ces dernières années aux Etats Unis, victimes en particulier de l’usage des médicaments opiacés, martelé par la publicité .


La famille Sackler propriétaire de l’un des principaux labo pharmaceutique, Purdue vient de proposer de payer 4,3 milliards de $ pour solder les poursuites, ce qui en dit long sur les sommes amassées.

Si l’article a l’intérêt de mettre en lumière un livre documenté, qui apporte de nombreux éléments intéressants, c’est essentiellement un (long) résumé du livre et pas du tout une critique. Pourtant ce livre a un biais: Il sépare la fraction blanche de la classe ouvrière, qu’il évalue à 38% de la population active, laissant de côté ses composantes noires et hispaniques. Bien souvent en parlant de « working class » les auteurs oublient de mentionner « white » et laissent ainsi penser que la classe ouvrière est minoritaire. Ce qui est faux. Elle est majoritaire aux Etats Unis comme dans pratiquement tous les pays du monde. Cette division ethnique est une autre façon de diviser et minimiser l’importance, y compris quantitative de la classe ouvrière, à côté des distinctions ouvrier / employé, actifs / chômeurs, service / industrie, Femmes / hommes, classes moyennes/ classes populaires, salaires plus ou moins élevés etc.
Si la fraction blanche de la classe ouvrière a plus souffert que les autres de la stagnation des salaires aux Etats Unis depuis 50 ans, ainsi que de la vente légale de drogue ces dernières années, elle bénéficie encore de conditions légèrement plus favorables que les autres fractions: noirs, hispaniques, immigrés récents. Dayton et Case n'opposent pas les différentes, fractions plus subtilement ils les séparent. Une autre approche, plus positive, eut été de souligner la convergence des conditions des différentes fractions de la classe ouvrière américaine qui augurent bien de luttes communes à venir. 
Mais les auteurs du livre affirment leur soutien au capitalisme et ils le prouvent de façon caricaturale en décrivant ainsi, dès l’introduction, l’évolution du capitalisme anglais : « Les salaires avaient commencé de monter en 1850 et le déclin de plus d’un siècle de la mortalité avait commencé. Tout cela sans un écroulement de l’état, sans une guerre… » (ma traduction, je n’ai pas relu la traduction française).

Sans une guerre ? il faut oser ! faites une recherche « guerres Grande Bretagne » sur Internet pour être édifiés :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_militaire_du_Royaume-Uni

La vérité est qu'il n'y a pas eu un jour de capitalisme sans non seulement une guerre, mais plusieurs! On voit bien l’origine de cette énormité : Aucune guerre à l’intérieur de l’Angleterre. Ce point de vue occidentalo centré est tout à fait cohérent avec le premier problème noté : s’apitoyer sur la fraction blanche de la classe ouvrière… Les points de vue impérialistes se nichent partout et ont une certaine cohérence.
S’ils assument le capitalisme, les auteurs affirment tout de même que le capitalisme ne peut pas marcher dans le domaine de la santé : les big Pharmas sont trop puissants. On ne peut que conseiller aux auteurs d’étudier aussi sérieusement les autres secteurs : agriculture, armements, transports, numérique etc… Ils s’apercevront sans doute eux-mêmes que le capitalisme n’est satisfaisant dans aucun secteur.   

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