Le Hold up du « Hold up »

D’emblée il apparait que le film utilise un procédé qui permet de faire dire n’importe quoi à n’importe qui : de courtes « citations » vidéos, empilées sans continuité. Ce qui explique que Philippe Douste Blazy ou Monique Pinçon Charlot s’en veulent de s’être laissé embarquer là-dedans. Mais la surprise vient plutôt du fait que

au final le film n’est pas plus incohérent que le, ou plutôt les discours officiels. Naïf, il laisse transparaitre facilement ses manipulations. Naïf encore quand il dénonce des « millions », quand ce système ne compte plus qu’en milliards, ou en trillions… Le Hold up est sous-estimé !

Le film oscille entre « tout ça n’est pas grave, c’est une simple gripette qui sera terminée à la fin du mois », et « c’est très grave, c’est un complot ». Il juxtapose, sans lien entre eux, des faits et des opinions, des vérités et des contrevérités. Il dénonce pêle-mêle la pandémie, le confinement, les masques, l’absence de masques, les crypto monnaies, le système bancaire, la 5G, le sans contact, les nanos particules etc. La confusion du film reflète celle de la confusion gouvernementale. C’est une des  raisons de son  impact.  Mais son succès tient sans doute beaucoup au fait qu’il exprime la défiance, de tous aux discours officiels, et ce à juste titre. Cette suspicion va bien au-delà de la pandémie et de son traitement, elle remonte aux conséquences de la crise financière et économique de 2008, à la conviction que le système nous mène au chaos et nous ment. Ce qui est un fait. Les gilets jaunes ont dénoncé ça. Ce gouvernement ment ! Mais quand ? Puisqu’il a tout dit et son contraire ?

Où veut nous mener ce film ?

Sur le plan sanitaire : « Hold up » attaque les masques, mais aussi le manque de masques, critique le confinement mais en laissant penser que le pic de l’épidémie était en Mars Avril. Le film aurait eu encore plus d’impact s’il était sorti avant la deuxième vague, qu’il nie ! Sans aucune proposition le film ajoute à la confusion et donc à l’angoisse et à la peur qu’il prétend dénoncer.

Que peut-on raisonnablement penser  aujourd’hui sur le plan sanitaire?

La pandémie est réelle et grave. Tous les pays s’en sont préoccupés, même si c’est de façon différente, des pays de types divers, aux intérêts parfois opposés.  Croire à une connivence, à un complot entre eux n’a aucun sens. Minimiser la pandémie en disant  qu’elle n’a fait pour l’instant « que » un million de victimes c’est ne pas tenir compte que ce résultat n’a été obtenu qu’avec des mesures strictes, confinement et autres.

L’origine du virus n’est pas encore précisément connue, fortuite ou erreur humaine ? Mais dans ce cas probablement pas volontaire.

Le remède ne sera-t-il pas pire que le mal ? Les malades de la rougeole, de la malaria, du cancer, des AVC etc. les victimes des violences familiales, les dépressions et maladies psychiatriques que les confinements,  auront aggravées et qui n’auront pas été soignées, les victimes de la récession économique, toutes ces victimes non comptabilisées ne dépasseront elles pas les victimes de la covid19 ? C’est possible. Beaucoup de questions se posent sur la stratégie de lutte contre le virus : pourquoi ne pas avoir suivi la stratégie des pays asiatiques qui étaient en avance et ont limité le nombre de victimes en ne confinant que de façon ciblée ? La Chine n’a confiné drastiquement que le Hubei, capitale Wuhan,  soit 4% de la population. La stratégie de recherche d’immunité de la Suède se révélera peut être la bonne à terme? Quoique son premier ministre fait savoir : « Il n’est pas interdit de porter un masque dans les transports en commun »… Nous n’avons pas encore le recul.

L’hydroxy chloroquine que défend le film, comme le font Trump et le professeur Raoult, puisqu’utilisée depuis longtemps,  a probablement des effets positifs dans certains cas, liés à certaines pathologies sans doute, mais n’est pas le traitement miracle qu’on voudrait nous interdire.  

Pourquoi la France est-elle parmi les pays les plus touchés par l’épidémie? L’incompétence de cette équipe présidentielle et gouvernementale, appuyée sur une prétention sans limite, est l’explication la plus simple, nul besoin de recourir à un complot. On pouvait porter un masque quand les officiels étaient contre, ce serait ridicule de s’y refuser lorsqu’ils sont pour. Une fois le virus répandu il parait rationnel de suivre une stratégie collective, y compris de confinement,  qu’à court terme, pour l’instant encore, seul ce gouvernement a la légitimité de mettre en œuvre.

Quelle alternative ?

Plus généralement le film s’en prend au Big Pharma, les firmes pharmaceutiques dont on sait qu’elles sont effectivement le principal agent corrupteur du capitalisme mondial. Il s’en prend aux GAFAM, surtout à son M, pour Microsoft, en s’en prenant à Bill Gates, le principal adversaire nommé, avec David Rockfeller ( mort en 2017 mais le nom fait toujours de l’effet), à Anthony Fauci le principal épidémiologiste officiel américain que Trump a menacé de virer sans passer à l’acte, et à Jacques Attali, le faiseur de président, en particulier de Macron. Il s’en prend aussi au « mur de l’argent », au Trans humanisme des patrons de Google et à la constitution d’une élite, tout ça à juste titre. Le film voit dans la lutte contre le virus une volonté du système de faire peur, de vouloir un « grand reset ». Mais paradoxalement il  contribue à la peur qu’il prétend dénoncer, en laissant planer le mystère sur ce qu’est ce grand « reset », cette grande réinitialisation.

Même si le film curieusement ne s’en prend pas à la Chine (peut-être parce qu’il aurait trop l’air de suivre les principaux media), il s’en prend à l’OMS, au gouvernement mondial prôné par Attali, et dénonce « la destruction de l’occident ». Il defend Trump qui peste contre « Big money, Big media, Big Tech”…  sans le dire le film n’est pas loin d’une dénonciation de « l’état profond » mystérieux dont la dénonciation permet à Trump et autres milliardaires de mobiliser les gens contre d’autres concurrents, milliardaires eux aussi, mais dont les affaires les font partisans de la mondialisation. Dénonçant un hold up, les auteurs du film en font un autre au profit d’intérêts cachés non désignés. 

S’il s’en prend à certains secteurs du capitalisme, le film ne propose aucune alternative. Au point de dénaturer ce que dit vers la fin du film en anglais, l’un des témoins, le danois Peter Cotzsche, qui s’en prend au capitalisme mais que les auteurs réduisent à une critique de « la capitalisation ». Ce n’était pourtant pas trop dur à traduire « capitalism » ?

Si la pandémie, et la lutte contre elle, a révélé les prétentions de l’élite, les conflits d’intérêt permanents que le film dénoncent, qui empêchent toute solution rationnelle et mènent au chaos,  que faire ? Surement pas remplacer certains « intérêts » par d’autres « intérêts », qui géreraient également la situation à leur profit. Une seule solution parait réaliste : changer de mentalité, ne pas avoir comme motivation unique le profit personnel, mettre en place un système de biens communs. Ça s’appelle  le communisme. 

 

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