Macron, Le Pen, les candidats des riches

François Ruffin a publié un excellent article sous un tout aussi excellent titre : « Marine Le Pen, l’autre candidat des riches ». Ruffin étudie le programme économique du Front puis du Rassemblement National.

https://blogs.mediapart.fr/ruffin-francois/blog/210521/marine-le-pen-l-autre-candidate-des-riches

Lors de la présidentielle de 2012 le mot inégalité n’y figure pas, les mots riches ou pauvres non plus… cependant Marine Le Pen y dénonçait « l’argent roi ». Lors des élections de 2017, « en cinq ans, bien des idées sociales ont disparu : « Tous les salaires jusqu’à 1500 € bénéficieront d’une augmentation de 200 € nets », promettait en 2012 Marine Le Pen. Disparu en 2017. « Baisse de 20% de la TIPP ». Disparu en 2017. « Les petits commerces seront défendus contre la grande distribution. » Disparu en 2017. « La taxe d’habitation, opaque, sera intégrée à l’impôt sur le revenu. » Disparu en 2017. « Un taux d’Impôt sur les sociétés relevé à 34% pour les grosses entreprises » Disparu en 2017. « Elargir l’assiette des retraites aux revenus du capital. Ce fut un discret évidement, passé inaperçu ».

Ruffin nomme les 3 étages de la fusée Le Pen : attaque des immigrés avec Jean Marie Le Pen et le Front National, puis prétention à représenter les pauvres avec le programme de 2012, enfin l’effort pour convaincre les 1% qu’elle ne modifiera rien au système lors de son interview à l’Opinion, l’un des quotidiens de la finance à la mi-mai 2021. Cet axe « système compatible » s’accentuera d’ici les présidentielles de 2022 pour tenter de la rendre crédible pour gouverner. 

C’est lors de la célèbre réunion organisée par Goering entre Hitler et le patronat allemand, le 20 février 1933, 15 jours avant les élections, que ce dernier décide de soutenir Hitler et de le porter au pouvoir. Les dirigeants capitalistes allemands, Krupp, Thyssen, Siemens, Telefunken, Allianz, Porsche etc., sont les mêmes, avant, pendant, et après Hitler. C'est eux qui font l'histoire.

En 2016 une fraction importante des dirigeants du patronat français décide de lâcher Fillon pour Macron, accord révélé entre autres par les 50 unes de magazines de ce dernier sur le seul mois de décembre 2016, 5 mois avant les élections. On sait qu’une poignée de milliardaires contrôle presque tous les médias français.

Les individus et les organisations ne font l’histoire que lorsqu’ils surfent sur les intérêts des classes motrices du moment. Aujourd’hui la classe dirigeante en France est le patronat. Il est divisé en fractions aux intérêts parfois opposés. Le danger que représente Marine Le Pen est essentiellement lié au fait de savoir si une fraction assez puissante du patronat français décidera, pour maintenir ses privilèges, de faire appel à elle pour un pouvoir plus fort, plus autoritaire, appuyé sur les militaires et les policiers. On en a vu frétiller quelques-uns ces derniers temps.

Mais 1) même si son mouvement abrite des nostalgiques du nazisme, Marine Le Pen n’est pas Hitler, comme on peut s’en rendre compte en comparant ses discours, obligés de faire référence à la démocratie, et ceux des ligues d’extrême droite d’avant-guerre.  

2) Même si elle l’était, la république de Weimar a démontré qu’elle n’était pas capable d’arrêter Hitler. Il est inefficace de voter Chirac ou Macron pour arrêter les Le Pen : ils ne font ainsi que progresser. Voter pour ces leurres ne fait qu’obscurcir la nécessité de promouvoir une réelle alternative au système. Or quel autre parti que celui des prolétaires propose de dépasser le capitalisme ? d’enlever aux propriétaires de Total, Dassault, BNP, LVMH etc. leur propriété sur l’appareil de production et leur pouvoir de nuisance ? Ce n’est de toute évidence pas celui de Madame Le Pen.  

Ruffin a raison de contrer Marine Le Pen comme l’une des candidats des riches, de pointer qu’elle s’est opposée aux gilets jaunes sur l’augmentation du smic, la dénonciation des violences policières etc. comme elle s’oppose toujours aux mesures pourtant soutenues massivement dans l’opinion comme  « un plan de réinvestissement dans les services publics » (pour https://blogs.mediapart.fr/ruffin-francois/blog/210521/marine-le-pen-l-autre-candidate-des-riches93%), pour une « baisse de la TVA sur les produits de la vie courante » (92%), pour « taxer les dividendes des actionnaires » (85%), pour « augmenter le Smic » (81%), pour « rétablir l’Impôt de Solidarité sur la Fortune » (78%) etc.

Comme conclu Ruffin : « C’est sur ce terrain, social, économique, que nous devons centraliser, placer le débat, mener le combat ». Et non croire avoir tout dit en la qualifiant « d’extrême droite » ou de « fasciste ». Etiquettes qui, comme ceux de « socialiste » ou de « gauche » laissent à juste titre les travailleurs dubitatifs.

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