Hamon:il faut finir le boulot, t'as pas le choix !

Rien ne sert de faire des déclarations incantatoires pour l'union avec « Yannick et Jean Luc » alors que le boulot de « clarification » est à peine amorcer à l'intérieur du PS. La moindre des choses : que le PS redevienne un possible partenaire à gauche. De nombreux députés ont d'ores et déjà fait sécession en rejoignant Macron, d'autres se refusent à soutenir l'élu de la primaire PS. Au boulot.

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L'urgence c'est que le seisme qui atteint le PS aille à son terme, sinon la constitution du bloc "gauche-vert" pour s'attaquer à bras le corps aux urgences et aux crises ne pourra pas se constituer. Le système présidentiel est terrible: il tue le temps politique et démocratique. Il exige la fin de la réflexion politique et le développement sans fin d'un JEU DE RÔLE mise en scène par les grands médias. Regardons les choses en face, on assiste à un double "sauve qui peut" au sein du PS qui est devenu au fil des décennies un parti d'élus dont l'obsession est la survie, survie des postes, survie de l'hégémonie sur la gauche et l'écologie.

 

Le premier « sauve qui peut » se déroule depuis aout dernier autour de Macron. Sans vergogne des pans entiers d'élus du PS quittent la gauche et de fait sont prêts à liquider leur parti, pour rejoindre un centre-droit/centre-gauche moderniste en formation, style Parti démocrate américain. Que cela pose un problème de leadership à Valls à titre personnel, surement, mais on s'en fout. La part "droitière" du cartel des hiérarques socialistes dispose de son "sauve qui peut" avec le mouvement "En Marche" de Macron. Mais comme il subsiste tout de même une certaine incertitude sur l'avenir de la bulle Macron, nombre d'élus du courant droitier du PS reste tapis dans leur coin, ils ont les yeux de Chimène pour Macron mais ils s'affichent encore soutiens de Valls pour garder deux fers au feu. Cette stratégie de la droite du PS est la plus aboutie, tactiquement la plus machiavélique. Ils jouent sur la peur de l'effondrement. Fondamentalement cette fronde de droite joue la carte de la fin définitive du PS en tant que force de gauche. C'est une entreprise de liquidation. Un pied dedans, un pied dehors .. et suivant comment le vent va tourner ils auront toujours une issue. Dans ce concert macabre, la partition Valls est limpide: il va jouer le chantage du départ vers Macron en consolidant son rôle de fédérateur de la droite du PS, il joue la carte du plantage de la solution Hamon. Le pôle de ces "réformistes" est à la manoeuvre maintenant: négociation en cours pour les investitures aux législatives et bien entendu négociations financières. Son enjeu principal c'est la récupération de l'appareil du PS pour le mettre au service de la stratégie de Centre Droit qu'a ouvert Macron. Hamon est clairement au pied du mur: s'il veut rassembler le PS - ce qu'il affiche - , il va se faire broyer menu par l'appareil du parti très majoritairement à droite, il va devoir "composer" comme le disent ouvertement les leaders des Vallsiens.

 

Le second "sauve qui peut" est celui de la "gauche" du PS. Et là on est au coeur de ce débat tous azimuts qu'a déclenché la victoire d'Hamon. Pour ces électeurs venant surtout des centres ville (loin des quartiers populaires..) ce résultat les sauve de leur déprime, ils sont soulagés et certains vivent même ce résultat comme un miracle. Ils investissent de ce fait leur leader d'une énorme reconnaissance. Donc on peut dire que ce sauve qui peut fonctionne d'abord de façon affective et individuelle. Sauve qui peut "moral" après ces années de plomb ou ils ont avalé toutes les couleuvres possibles et imaginables. Le sauve qui peut du PS de gauche, et c'est là qu'il y a problème à mon sens en ce moment, c'est sa dimension politique. En effet cette victoire n'a donné lieu jusqu'à présent à aucun mouvement interne de "CLARIFICATION". On a pas entendu Hamon évoquer de façon sérieuse les ralliements à Macron, on ne l'a pas entendu non plus pointé les déclarations de "retrait" d'un certain nombre de leaders de la droite PS. La seule déclaration qu'il a faite relative au "RASSEMBLEMENT" donne à penser que son objectif est, tel un Janus, de rassembler le PS tel qu'il est avec ses irréconciliables d'un côté, et de l'autre de rassembler la France Insoumise et les écologistes sous sa houlette. Cet équilibrisme dit une chose: Hamon n'a pas changé de logiciel concernant la configuration des forces progressistes: le PS, même avec son aile droite qui tient l'appareil et a décidé de rejoindre le centre droit, aurait vocation toujours et de façon quasi génétique à diriger le front des gauches et des écologistes.

 

La CLARIFICATION d'Hamon au sein de sa famille socialiste constitue le facteur clé d'une nouvelle dynamique à gauche. Et les incantations qui inondent le net en ce moment autour de la nécessité absolument vitale d'afficher tout de suite l'union entre les trois candidats de la gauche et des écologistes alors même que la clarification au sein du PS n'est pas encore engagée est une fuite en avant, un leurre même s'il est de bonne foi et correspond à une aspiration générale compréhensible. Jean Luc Mélanchon a raison de dire à Benoît Hamon "IL FAUT CHOISIR" entre l'alliance avec la France Insoumise et les verts, ou bien l'alliance avec ceux qui ont contribué à décevoir les aspirations du peuple, c'est à dire les courants Vallsiens. Les deux rassemblements concomitants autour de son nom sont non seulement irréalistes mais constituent une sorte d'imposture. Hamon, après sa victoire à la primaire, doit aller jusqu'au bout du boulot pour que le PS puisse à nouveau s'asseoir autour de la table des forces de transformation radicale de notre société et du monde. Cette recomposition de la gauche passe aujourd'hui d'abord et essentiellement par un véritable « aggiornamento » du PS. On ne peut pas solder les années Hollande (pour ne parler que de la période récente) au sein du PS en disant « On prend les mêmes et on continue ». On ne peut pas s'afficher comme ça, par auto-proclamation, le leader naturel de la gauche et de l'écologie alors qu'on ne fait même pas une déclaration d'excuses sur les dérives social-libéral de son propre parti à l'attention des partenaires à gauche. Pour employer un terme rattaché à la culture chrétienne et qui devrait faire écho aux électeurs d'Hamon, il faut faire « acte de contrition » pour le mal qu'on a fait afin de pouvoir revenir à la table des frères de combat. Il faut faire le ménage à la maison et être présentable. Il faut prendre la pleine mesure de la déception, de la rage, et quelque fois aussi de la haine qui courent dans les maisons et les entreprises. La réparation des dégâts causés passe d'abord par une reconnaissance des fautes clairement affichées et reconnues. C'est toute la gauche et les écologistes qui ont été meurtris par ces dérives jusqu'à ne plus oser prononcer publiquement son rattachement à la « gauche ». Alors est-ce que la victoire d'Hamon, qui pour l'instant ne peut s'appuyer que sur un peu plus de 1 million de bulletins venant d'abord des centres des grandes métropoles, est suffisante pour remettre d'aplomb et recentrer le PS à gauche. Poser la question c'est donner la réponse. La crise interne au courant socialiste français est profonde, elle est loin de s'être déployée complètement. De nombreux facteurs de désintégration et de perversion sont toujours à l'oeuvre aujourd'hui. Alors l'urgence, pour se parler à nouveau et construire l'avenir, n'est-elle pas que le travail d'élagage soit entrepris et mener jusqu'au bout à l'intérieur du PS. Vite, car le temps presse !

 

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