Chronique de fin de campagne N°1 - LE DEUIL EST NÉCESSAIRE pour .. RENAÎTRE

Cette présidentielle c'est une histoire de deuil. Douloureux, difficile, mais si nécessaire pour enfin renaître de ses cendres. Ce deuil touche des millions de gens, des centaines de réseaux. Nous sommes tous plongés dans cette économie du deuil, singulière pour chacun. Cette présidentielle a sa propre temporalité implacable qui se fiche pas mal du temps de nos obsèques.

Oui le deuil est encore porté par des millions de gens à ce jour. Mais la fin de ce deuil se profile depuis 3 semaines et il est en train de prendre une ascendance en tout point remarquable. Autour de la seule offre existante, que cela plaise ou non, aux présidentielles qui propose de tourner la page, remettre un paquet de compteurs à zéro et ouvrir des perspectives humanistes etc.. De fait, plus personne ne peut le contester, la candidature Mélenchon libère l'espoir, des énergies même si cela ne concerne pas encore toutes les formes d'énergie.

Ce qui est assez extraordinaire en ce moment c'est la force tranquille du peuple de gauche et de l'écologie qui, en silence, fait son choix. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans ce glissement en cours vers le vote Mélenchon on a observé qu'un nombre infime de raliements. On est bien dans l'économie d'un deuil massif qui concerne la moitié au moins du peuple français. L'épaisseur de ce silence de recueillement est à la mesure de  cet empilement de deuils

Deuil de la stratégie "social démocrate" pour tenter de contenir la crise du libéralisme financier triomphant.

Deuil, ne l'oublions pas, de la voie communiste qui n'en finit pas de se consumer et qui arrive certainement à son terme. Mais qui peut s'inscrire dans une nouvelle voie de résilience (ce que n'a pas su faire le PCI en Italie ).

Deuil du logiciel de la conquête du pouvoir sous la 5ème République qui veut que deux partis de "gouvernement", le PS et le Parti Républicain, se partagent succéssivement ou ensemble le pouvoir.

Deuil de la 5ème République ne l'oublions pas qui a sécurisé négativement pendant des décennies notre peuple jacobin.

Deuil du PS comme matrice naturelle du regroupement de la gauche. Mort du gêne dominant "parti de gouvernement" inscrit depuis des décennies au capital génétique du PS.

Deuil de l'idéologie "rocardienne" de la deuxième gauche"libérale",  "autogestionnaire" et "technocratique" dont les enfants se déchirent sous nos yeux: Valls et Hamon.

Deuil du rêve d'une Amérique bienveillante, intélligente et démocrate - le rêve Obama -.

Deuil de l'idée que les classes populaires vont petit à petit se dissoudre dans une grande classe moyenne éduquée, flexible, mobile, mondialisée qui va pouvoir surfer dans ce monde libéral.

Deuil du projet écologiste qui devait s'étendre par ses propres forces à toute la planéte sans qu'il soit nécessaire de l'ancrer intimement au progrès social et culturel d'une part, et à une politique nationale volontariste/

.. et d'autres deuils encore, si nombreux.

Le deuil suit immédiatement la mort, la fin, la destruction, le délitement, l'effondrement. Nous y sommes. Et après le moment de stupeur, c'est la crainte du vide qui saisit les esprits. Nous avons passé deux mois depuis la fin des primaires du PS à effectuer toutes les étapes des "sauve qui peut", celui de droite avec Macron, celui de gauche avec Hamon. "Sauve qui peut", "Planche de salut", comme on veut mais qui nous ont fait perdre presque deux mois. Et ça compte dans une présidentielle dont le calendrier est de marbre.

Incroyable moment de "libération" que nous vivons en ce moment (étape qui suit le moment "résistance") pour lequel le verbe de Mélenchon et sa conscience du moment politique - il faut  lui reconnaître cette qualité - permet cette cristallisation de l'espoir. L'horizon se dégage. C'est le moment Mélenchon, tristement absent de l'analyse des intélligents et des chroniqueurs comme ici à Médiapart, dont la signification reste à écrire et analyser. Mélenchon est fondamentalement un "enfant" de la gauche des années 80 et suivantes, avec sa candeur, sa foi, ses dénonciations. Nous y reviendrons plus tard mais je suis convaincu que ce qui "touche" des millions de personnes aujourd'hui dans la personnalité de Mélenchon c'est son caractère juvénile, transparent, franc, passionné, et pas dangereux .. car tout le monde sait très bien qu'il ne dispose à ce jour d'aucunes divisions organisées, d'aucunes forces de frappe. Que la plupart des milieux intellectuels de gauche ne perçoivent pas cette fragilité fondamentale de Jean Luc Mélenchon m'abasourdit.

Concrétement 13 jours seulement nous séparent du 1er tour. Treize jours pour que la seule dynamique de campagne observée - oui la seule en ce moment -  poursuive sa route et conquiert les 4-5 pts qui manquent pour que le second tour voit s'affronter la nouvelle droite extrême au nouveau bloc du changement social, écologique, culturel. Le vote utile Macron n'a plus court puisqu'il est possible aujourd'hui d'allier le vote de conviction au vote utile. Face à Le Pen, tous les sondages le disent, Mélenchon gagne.

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