Et si le PS passait le tour des présidentielles 2017 ?

Raisonnons à froid. Quittons un instant la scène politico-médiatique animée par la sphère des journalistes et idéologues qui imposent les mots, les cadres intemporels, les enjeux du débat. Centrons-nous sur ce qui est à l'oeuvre vraiment, derrière ce théâtre burlesque savamment mis en scène d'une sphère politique hors du temps, hors des forces sociales, hors de l'histoire.

Le fait politique marquant, et de loin, de la situation politique c'est l'implosion de la social-démocratie à la française. Amorcée il y a déjà un moment, cette implosion qui n'est pas une crise passagère, intervient au terme du quinquennat de Hollande qui signe la fin de partie, la fin du parti, le Ps, qui fut la matrice de la gauche tout au long de la 5ème. Le bloc central de ce qu'on appelait la gauche s'est fissuré et explose sous nos yeux. La recomposition du bloc des gauches et de l'écologie est amorcée.

Cet épisode rocambolesque de la primaire du PS qui représente tout de même une victoire incroyable du système médiatique dominant produit par la 5ème République a engendré cette scène burlesque qui se déroule sous nos yeux: les perdants historiques, c'est à dire le PS, procéderaient à un relookage express - jeunesse, gentillesse, fronde - et, comble de la farce, se proclamerait toujours le rassembleur "naturel", "génétique", "éternel" de ... de quoi au juste ? de la vieille gauche formatée par la 5ème république. Faire du neuf avec du vieux (on pense immanquablement au Guépard de Visconti "changeons pour que rien ne change"), faire du grand guignol (ce qu'on appelle la com ou le marketing) et ainsi faire glisser sous le tapis la réalité vraie des choses.

Que se joue-t-il derrière l'implosion du PS ? La recomposition d'une gauche verte libérée de sa composante libérale (ou centriste comme on veut)

 

L'enjeu réel c'est  la recomposition des blocs politiques sur les décombres du PS. C'est un séisme dans l'organisation des forces politiques de gauche et .. du centre. Il y a sans doute quelque chose d'inédit qui se dessine. La politique de l'autruche érigée en système en quelque sorte. Et que je te dis que la question centrale du moment c'est la lutte mortifère des égos ! Et que j'affirme avec condescendance que la "gauche" peut arriver au second tour et battre ainsi la droite et l'extrême droite, mais les égos, mais Mélenchon, ah! Mélenchon, il nous met des bâtons dans les roues alors que cette issue merveilleuse est à notre portée. Oh! c'est vrai qu'il a fait du bon boulot, et qu'il en fait encore aujourd'hui, c'est vrai qu'il avait prévu il y a quelques années déjà cette déconfiture du PS, c'est vrai qu'il s'est employé avec ses petites mains à reconstruire un bloc de gauche, fier de lui, populaire, qui renoue avec le désir et la volonté de changer la donne en profondeur. C'est vrai ! C'est vrai ! mais il fait chier de ne pas embrasser les perdants ! il nous emmerde avec ses airs de professeur, sa force de conviction, son enthousiasme, sa radicalité. etc..

La recomposition des blocs politiques est pourtant à l'oeuvre sous nos yeux. C'est pourtant clair! L'électorat du PS, celui du vote Hollande de 2012, a décidé de se fracturer, tout comme le cartel des élus socialistes qui constitue le coeur de ce parti. Les sondages le montrent, les deux tiers de l'électorat de Hollande de 2012 se répartissent à égalité entre Macron et Hamon et un peu plus de 10% s'est tourné vers JLM à ce jour (petit rappel: en 2012 à la même date Mélenchon faisait 8% dans les sondages). Le PS en tant que parti n'a plus aucune colonne, n'a plus aucune réalité politique. Et dans une telle situation on peut dire: heureusement qu'un bloc de gauche s'est constitué avec la France Insoumise car sans elle on aurait pu assister à la disparition quasi totale de la gauche. Le bloc de la gauche et de l'écologie autour de quel noyau peut-il grandir et se structurer ? Est-ce que l'éclatement du PS est fini ? Bien sur que non, il suffit pour s'en rendre compte d'aller au contact de ce puzzle sur le terrain partout en France. C'est la désorientation totale, les contradictions à tous les étages. Car l'hémorragie d'une parti du PS vers le nouveau bloc de "centre gauche/ centre droit" en formation se poursuit. Cette reconfiguration en cours il faut non pas la souhaiter, la condamner, il faut d'abord la prendre en compte et faire avec. Il faut savoir faire son deuil, et le plus tôt sera le mieux, d'une architecture des forces de gauche qui est en mort clinique. Oui, et on peut comprendre que c'est difficile de le penser pour beaucoup, la cristallisation du nouveau bloc de la gauche et de l'écologie ne peut se faire concrètement, et de façon réaliste qu'autour de ce mouvement très divers, ouvert, motivé et déterminé et .. peu structuré qu'est la France Insoumise. Il faut changer son logiciel et oser imaginer cette recomposition dynamique du bloc de la gauche et de l'écologie.

Imaginons que dans un éclair de responsabilité et de lucidité Hamon et ses amis se disent "On est dans la merde, on a pas fini le boulot en interne, loin de là. Il faut aller jusqu'au bout de la clarification. C'est la seule solution pour que tout ne parte pas en nouille. C'est la seule manière, en faisant le ménage proprement, de se libérer et pouvoir ainsi s'engager dans la reconstruction du bloc de la gauche et de l'écologie. Et puis c'est vrai, soyons honnête, notre responsabilité collective dans ce désastre est lourde. C'est toute la gauche et les écologistes qui en ont fait les frais. Alors oui, la solution raisonnable, sage, honnête, c'est de passer un tour, c'est de se retirer de la présidentielle et de faire en sorte que le PS se remette d'aplomb à gauche et reprenne sa place autour de la table de la transformation sociale et écologique." Ainsi la seule dynamique existante aujourd'hui dans ce pôle de gauche et de l'écologie encore dans les limbes se renforcerait, bien entendu - 5ème République oblige - autour d'une personnalité, puisqu'il en faut qu'une dans ce putain de système, Jean Luc Mélenchon. Et là on se trouverait en face d'une situation politique inédite: face à ce pôle d'extrême droite menaçant trois blocs politiques de forces électorales voisines autour de 21-23%: le bloc de droite classique avec Fillon, le nouveau bloc de "centre gauche/ centre droit" avec Macron et le bloc de la gauche et de l'écologie avec Mélenchon.

On peut toujours rêver. Mais les rêves ouvrent la voie quelque fois.

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