Le vote intelligent 2ème tour primaire PS: le vote VALLS !

Paradoxal mais tactiquement imparable: il faut voter Valls au deuxième tour de la primaire PS pour donner plus de chances au regroupement de la gaucheverte.

Pour ceux qui votent à la primaire PS et pour ceux, hors du PS, qui auraient envie de se faire plaisir en appuyant la droite du PS pour finalement favoriser la gauche. Petit détour historique d'abord.

La situation actuelle fait immanquablement penser à la crise de la SFIO / guerre d'Algérie. La recomposition de la gauche non communiste, sur le sujet de la guerre d'Algérie -thème politique majeur du moment-, donna lieu à des démissions en cascade de la SFIO et à la constitution progressive d'un petit pôle fédérateur qui est devenu le PSU et qui a contribué à son époque à refonder pour partie la gauche non communiste et à ouvrir la voie à la séquence d'union de la gauche avec Miterrand. Chemin certes cahotique qui accoucha d'un nouveau parti socialiste qui intégra tout le monde mais dont le centre de gravité s'avéra être, même avec l'apport des modernistes (Rocard et aujourd'hui Hamon) et des chrétiens de gauche, les vieux bastions de la SFIO (Mauroy en fut l'expression). Les deux grandes fédérations qui ont "fait" les congrès pendant des décennies furent le Nord Pas de Calais et les Bouches du Rhône. Ces deux bastions du PS, avec une base populaire indéniable, sont ceux qui ont littéralement explosés et ouverts la voie à l'abstention populaire et surtout au transfert des voix vers le Front National. Depuis ces premières déflagrations majeures ce sont tous les bastions du PS, avec leurs sensibilités plus ou moins ceci ou cela, qui se sont délités (sauf peut être les "derniers nouveaux" bastions des aires catholiques de l'Ouest en particulier). Prendre toute la mesure de cette crise est nécessaire. Il ne s'agit pas d'une crise passagère, d'une erreur de ligne, mais d'une liquéfaction. Dans la structure même de ce qui reste du PS, subsiste toutes les forces qui ont contribué et contribuent encore à ces dérives qui se sont étalées sous nos yeux depuis des années. Faire du neuf avec du vieux, ce n'est tout simplement pas possible. Revenons au PSU.

Dans ce PSU, ont convergé de nombreux courants novateurs provenant de toutes les familles politiques du moment: anciens communistes, troskistes, maoistes, chrétiens de gauche, écolos, libertaires. Comparaison n'est pas raison mais on peut tirer de cette période de crise majeure de la gauche une leçon: la recomposition des forces progressistes lors d'une crise majeure de la gauche ne peut se faire de l'intérieur de la structure en crise. Certes le PS ne va pas disparaître mais il ne peut pas être la matrice du changement. De renoncement en renoncement .. on en arrive à ne pas s'attaquer clairement aux grands problèmes de notre temps. On en arrive à n'avoir pas d'autres ambitions que de gérer avec "intelligence" (Ah! l'intelligence supposée des hiérarques socialistes) et une petite touche humaniste le capitalisme triomphant, la destruction de la planète et ses avatars majeurs que sont l'extension terrible de toutes les formes de pauvreté et de souffrances sociales, assortie d'une accumulation sans précédent des richesses entre quelques mains.

Alors que se passe-t-il en ce moment précis de la primaire du PS (et non pas de la gauche, comme tous les pouvoirs en place ont tenté d'imposer cette appellation frappée d'imposture). C'est le sauve qui peut général !

SAUVE QUI PEUT DE LA DROITE DU PS

Le sauve qui peut le plus visible, le plus limpide de ce moment politique: la candidature MACRON. Il a anticipé avant Valls la déconfiture du PS et surtout l'impossibilité de construire un "Centre droit - Centre gauche" à partir du PS, tellement celui-ci est devenu un repoussoir. En outre, pour satisfaire à la demande de renouveau, il lui était nécessaire de se situer à l'extérieur du PS. La réalisation du rêve de Valls de construire un parti Démocrate à la française, c'est Macron qui est en train de le réaliser. Les soutiens à Macron qui se sont les premiers affichés viennent d'ailleurs de régions qui ne sont pas d'anciens bastions populaires du PS: le Maire de Lyon, de nombreux élus de l'Ouest en particulier. De nombreux bataillons de l'appareil du PS sont dans l'attente de l'échec de Valls à la primaire pour pouvoir s'afficher derrière Macron. Restons lucide, les quelques dizaines de milliers d'élus, de conseillers qui constituent l'essentiel du PS aujourd'hui n'ont qu'une idée en tête: comment rester en place. La recomposition de la droite du PS est en marche ! Mais elle va se faire, à l'aide d'un petit pas de côté, en dehors du PS. Pour tout ceux qui sont attachés par de multiples liens affectifs au PS c'est un véritable coup de poignard. Mais les sauve qui peut sont souvent rudes.

SAUVE QUI PEUT DE LA GAUCHE DU PS

Mais derrière cette primaire du PS, vue du centre gauche (l'appellation social démocrate serait exagérée), il s'est passé quelque chose autour de la candidature de Peillon. Peillon est un soutien à Hollande (comme disait Marchais de l'urss: bilan globalement positif), mais avec un certain ressentiment vis à vis de Valls. Les quelques % de voix qu'il a recueilli ont finalement permis à Hamon de sortir premier du scrutin du 1er tour et de placer Valls en second. Peillon est content comme l'est Anne Hidalgo. Ils sont contents de la gifle à Valls mais ils sont contents aussi du déplacement vers la gauche du PS, non pas parce qu'ils soutiennent Hamon et Montebourg, mais parce que cela permet de garder ancrer au PS l'aile gauche du parti et de créer les conditions difficiles pour un accord .. avec Mélanchon. Le "TOUT SAUF MÉLANCHON" a été à l'oeuvre lors de ces primaires. Réfléchissons: si Valls était arrivé 1er au premier tour de la primaire socialiste, cela aurait créé une situation beaucoup plus favorable à la recomposition de la gauche-verte. L'aile gauche aurait été acculée à poursuivre la crise interne du PS, à finalement rejoindre non pas Mélanchon - trop tôt - mais sa posture de rupture avec le PS. Il faut se rendre compte que ceux qui sont allés voter au 1er tour de la primaire PS, ce sont pour l'essentiel des militants et des fidèles de gauche qui ne veulent pas envisager que le PS, en tant que parti, disparaissent de l'échiquier. Les centristes du PS ont déjà fait leur choix, ils sont en train de tourner la page afin de rejoindre Macron et .. les éléphants du PS macronisés. Ceux qui restent attacher au PS ont majoritairement voté à gauche, comme un champ du cygne, sans se rendre compte maleureusement que cela peut compromettre (mais rien n'est conclu, heureusement, à ce jour) la construction d'un pôle de transformation "VRAIE GAUCHE-VERTE" . C'est ainsi qu'on pourrait dire, avec un brin d'humour, que le vote "révolutionnaire" dimanche prochain, c'est voter VALLS. Car il n'a plus aucune chance face à Macron et qu'il est capacité, de façon négative, de consolider le bloc des gauches-vertes.

 

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