« D’ABORD » CONSTRUIRE LES CONVERGENCES

A peine franchi l'étape de l'implosion du PS qui a suivi il y a quelques mois celle des verts, surgit l'injonction de faire l'union tout de suite en éliminant deux des trois courants de la GAUCHE+VERT. Injonction médiatique d'abord de ce cartel des grands médias qui ne veut qu'une seule chose: garder la main sur le formatage du débat politique. Le calendrier de la gauche nous appartient.

 Et si on ne gardait pas le nez en permanence sur le barnum de la présidentielle, façonné de façon massive par les grands médias de la pensée de "conservation". Le système, même si on doit être prudent dans l’usage de ce mot fourre-tout, domine la fabrication de la pensée et des comportements. Cette lessiveuse en est arrivée à ce point ultime de "piloter, guider, formater" le débat politique au sein même des formations politiques (les primaires et tout ce qui va avec). Et particulièrement à gauche (PS, Verts) mais avec une exception tout de même, le pôle "insoumis" autour de Mélanchon (voir plus loin).

L’envahissement des plateaux de télévision par des "éditorialistes" a un sens : ils ne sont plus "journalistes" mais "prescripteurs" de comportement et d’idées. Ils sont devenus des pièces maîtresses de la pensée politique de conservation de notre société. D’ailleurs le peuple (difficile d’employer ce mot aujourd’hui tellement la caste médiatique lui a accolé le mot de "populisme") rejette avec la même vigueur (cf les sondages cevipof) la caste médiatique et la caste politique. Le pouvoir médiatique n’est pas la cause de la destruction des espaces politiques "partis" mais il a fortement contribué à détruire cet espace autonome de pensée et de projection que sont historiquement les partis politiques en s’appuyant de tout son poids sur le "cadre institutionnel de la présidentielle française" qui vise fondamentalement à éliminer la diversité. Ils ont réussi à instiller l’idée que la légitimité centrale pour qu’un courant politique existe dans la 5ème, c’est de disposer d’un(e) champion(ne) susceptible d’aller au second tour de la présidentielle.

Or on a en ce moment une illustration spectaculaire grandeur nature de ce mécanisme d’imposition du cadre de pensée appliqué à la nébuleuse "gauche et verte" en pleine recomposition. L’injonction "unitaire" immédiate sort du chapeau médiatique dès l’élection d’Hamon et tente de faire croire que la victoire politique ne pourra venir que si on élimine le plus vite possible deux des trois candidats Mélanchon-Jadot-Hamon, avec un sous entendu à peine caché : "il faut être réaliste, seul Hamon peut prétendre à être le pivot du rassemblement de la gauche et des verts". Injonction totalement paradoxale puisque la "construction" de ce front "gauche-vert" vient tout juste de s’ouvrir à la faveur de l’éclatement du PS. Les deux pôles "socialiste" et "vert" n’ont pas encore fini de se déchirer et de se recomposer tout de même. Ils doivent se restructurer au minimum. Le pôle "insoumis" lui, s’est déjà structuré et s’est lancé de façon résolue à la reconquête de l’électorat populaire et des abstentionnistes. Il s’est par ailleurs engagé dans une véritable révolution copernicienne écologique, atout indéniable pour l’avenir. Je suis convaincu qu’il est absolument nécessaire que d’ici deux mois un vrai courant populaire se constitue autour des convergences essentielles de ces trois courants de la gauche. Cette convergence doit prendre corps d’abord dans la population au travers, par exemple, de "comités de la convergence publique". Les gens et les militants doivent se rencontrer, discuter, examiner les programmes, les stratégies. C’est un préalable absolu à l’accord politique. Sinon nous retomberons dans ces accords d’appareil qui ne sont plus du tout de mise. Nous sommes au pied du mur pour mettre en pratique une ambition partagée : faire de la politique différemment. Faire confiance au peuple finalement. (commentaire à l'édito de Bastamag du 30 janvier)

 

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