Jade Lindgaard
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Billet de blog 14 déc. 2010

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Total et l’or sale de Madagascar

Fin novembre, la société Madagascar oil a fait son entrée sur un marché londonien ouvert aux petites entreprises, l'Alternative investment market (AIM). Dans son genre, l'introduction est jugée plutôt réussie (voir ici) : elle a permis de lever environ 60 millions d'euros. Cet argent doit financer la campagne d'exploration d'un bloc pétrolier possédé par la firme : « Tsimiroro ».

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Fin novembre, la société Madagascar oil a fait son entrée sur un marché londonien ouvert aux petites entreprises, l'Alternative investment market (AIM). Dans son genre, l'introduction est jugée plutôt réussie (voir ici) : elle a permis de lever environ 60 millions d'euros. Cet argent doit financer la campagne d'exploration d'un bloc pétrolier possédé par la firme : « Tsimiroro ».

C'est un petit événement en soi car jusqu'ici Madagascar n'est pas une terre d'exploitation pétrolière. Surtout, Tsimiroro est un gisement de sables bitumineux, forme semi solide de pétrole mélangé à de la terre dont le captage nécessite une consommation folle d'énergie. Les principales réserves de sables bitumineux dans le monde se trouvent en Alberta, au Canada, et font l'objet d'une campagne internationale de dénonciation par diverses organisations écologistes (voir ici et ici).

Les réserves de Tsimiroro sont estimées à environ 1 milliard de barils de pétrole. Elles ne sont pas les seules de l'île africaine, qui contient au moins un autre gisement de pétrole non conventionnel, encore plus grand : Bemolanga, qui pourrait lui produire jusqu'à 1,2 milliard de barils. Il est opéré par le français Total, qui en possède 60% - achetés pour 100 millions de dollars, ce qui donne une idée de sa valeur commerciale potentielle (voir ici le rapport d'activité 2009 du pétrolier). Les opérations de forage de Bemolonga ont démarré en juillet 2009.

La mise en route du processus qui pourrait à terme permettre l'exploitation des sables bitumineux malgaches soulève plusieurs questions : écologiques bien sûr (empreinte carbone et coûts pour la biodiversité locale), mais aussi politiques (le gouvernement actuel a pris le pouvoir par un coup d'Etat), et économiques. Car les conditions commerciales et financières accordées par Madagascar aux sociétés pétrolières leur sont exceptionnellement favorables : pendant dix ans, elles toucheront 99% des recettes tirées de la vente de l'or noir extrait des sables, l'Etat ne touchant que 1% (voir à ce sujet un article du Guardian).

En pleine campagne de promotion de ces investissements verts (rafale de pleines pages, coupées en deux, dans la presse ces dernières semaines), Total s'est bien gardé de communiquer auprès du grand public sur l'extension de ses opérations malgaches. Pourquoi, d'ailleurs, la compagnie aurait-elle dû s'y astreindre ? Mis à part un regroupement d'associations malgaches, bien peu de voix se sont élevées jusqu'ici contre ces projets. Le pétrolier français reste, par exemple, coté au Dow Jones sustainability index, indice de notation « durable » des plus grandes compagnies mondiales, qui les évalue sur des critères économiques, mais aussi sociaux et environnementaux.

Le contexte international de cette certification écologico-financière est peut-être en train de changer.

D'abord, parce que BP s'est fait exclure du Dow Jones sustainability index après la marée noire dans le golfe du Mexique (pour mémoire, 4,9 millions de barils de pétrole se sont répandus dans l'Atlantique l'été dernier). Mais aussi parce que Shell, le géant hollandais, s'est lui aussi vu évincer cette année de l'indice de certification durable, pour ses activités d'exploitation pétrolière dans le delta du Niger. Les gisements nigérians, vieux de plusieurs décennies, sont une source endémique de fuites et de pollution dans la région. Pour les responsables de l'index, ces écoulements de pétrole sont comparables à la marée noire causée par BP dans le golfe du Mexique (voir ici).

Or Total possède aussi des activités dans le delta du Niger (notamment en joint venture avec Shell - voir ici).

Alors, « à quand une exclusion de Total du Dow Jones sustainability index ? » s'interroge Aloys Ligault, de la branche française des Amis de la terre. Ce n'est pas qu'une question de symbolique. A l'heure où certains Etats cherchent réparation devant les tribunaux pour les dommages écologiques qu'ils ont à subir (plusieurs recours sont en traitement auprès de la cour de justice de La Haye, voir plus ici), un durcissement de la certification durable des multinationales pourrait ouvrir la voie à une reconnaissance du risque financier des dommages écologiques.
C'est ainsi que la mauvaise image des sables bitumineux et le risque économique qu'ils représentent ont conduit le norvégien Statoil à se désengager des gisements non conventionnels du Canada.

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