Ça y est, le climat est un spectacle !

 Ça y est, le climat est un spectacle ! Lundi soir à New York, on fêtait le lancement mondial de The age of stupid, le nouvel écolo-documentaire du moment, tourné par la réalisatrice britannique engagée Franny Armstrong.

 

Ça y est, le climat est un spectacle ! Lundi soir à New York, on fêtait le lancement mondial de The age of stupid, le nouvel écolo-documentaire du moment, tourné par la réalisatrice britannique engagée Franny Armstrong.

The Age of Stupid - trailer © undercurrentspaulo

 

Le film mélange fiction et réalité, en mettant en scène un survivant d'après l'apocalypse, visionnant sur l'écran de son ordinateur des scènes tournées dans les années 2000 (l'ouragan Katrina, la guerre en Irak, la fonte des glaciers alpins, la pollution des terres nigérianes...) qui auraient dû alerter l'humanité sur les dangers que son mode de vie lui fait courir. Plutôt médiocre du point de vue du cinéma (construction brouillonne, mêlant l'anecdotique et l'essentiel, images et plans sans intérêt) mais porté par un souffle et une force de conviction, The age of stupid a séduit des ONG (Greenpeace, Amis de la terre, Oxfam), qui ont décidé de s'en servir comme outil de sensibilisation. Il devrait être diffusé gratuitement sur internet. Jusque là, rien d'extraordinaire.

 

Mais à deux mois et demi de l'ouverture du sommet de l'ONU à Copenhague, plus rien de ce qui touche au climat ne peut plus être normal. Les ratés des négociations préliminaires, les rapports de force entre les Etats industrialisés et en voie de développement, et la pression militante créent une situation hyper tendue. Pour contrer le sentiment d'impuissance qui se dégage du processus de négociation de la suite du protocole de Kyoto, les dirigeants en rajoutent dans la communication et l'hyperbole rhétorique. Et le monde médiatique s'hystérise à coup de photos de banquises effondrées et de graphiques sur l'élévation du niveau des mers. Une scène particulièrement éloquente de ce petit théâtre climatique s'est jouée lundi soir à New York.

 

On ne s'en est rendu compte en France que mardi soir, date de la projection du film à la Géode à Paris -ainsi que dans trois autres villes françaises- et de la transmission du show new yorkais en live mondial...différé de 24 heures*. Et que découvre-t-on sur l'écran géant ? Cela commence par un carton d'annonce très prometteur : « Première mondiale depuis New York dans 62 pays. Restez-là pour l'arrivée des stars sur le tapis vert et de la musique ! ». Une fois épuisé le compte à rebours de l'horloge égrenant les secondes... c'est le -faux- live qui commence : avec Franny Armstrong elle-même et sa productrice, claironnant la bienvenue à « cette plus grosse première mondiale jamais organisée ». Arrive un animateur de MTV. En costume-cravate pour l'occasion. Après une rapide mais élogieuse présentation de la qualité environnementale de l'évènement (éco cinéma à énergie solaire, soundsystem à pédale, « fabuleux » buffet bio, camion roulant aux agrocarburants...), la réalisatrice et la productrice se réjouissent en chœur : « on peut être glamour... et vert ! ».

 

Les célébrités sont bien là, quoique de second, voire de troisième rang : la comédienne Gillian Anderson (Scully dans X-files dans les années 90), le musicien Moby, l'actrice Heather Graham, venus parler du changement climatique. Les Yesmen présentent leur collection de costumes de survie pour PDG en cas de catastrophe climatique. Mais le propos contestataire des activistes américains -connus pour leurs détournements façon situationniste- se noient dans le flot de banalités confondantes prononcées sur le « green carpet ».

 

Après le film, c'est au tour des institutionnels de prendre la parole : quelques mots de Rajendra Pachauri, le président du Giec, une intervention de Kofi Annan, l'ancien secrétaire général de l'ONU. Le secrétaire d'Etat britannique à l'énergie Ed Miliband. Une dirigeante de moveon.org passe une tête. Et tous semblent dire exactement la même chose : il faut un bon accord à Copenhague, sous peine de menace réelle pour le sort de la planète et de ses habitants. Si bien que le show autour de The age of stupid se transforme en formidable espace publicitaire pour le sommet de Copenhague -c'est bien- mais aussi pour les grands de ce monde qui vont y conclure deux ans de discussions.

Et là, ça coince un peu, car tous les observateurs connaissent l'ampleur du fossé qui sépare les discours des représentants des Etats de leurs actes. Et l'inefficacité jusqu'à présent du protocole de Kyoto à réduire les émissions de gaz à effet de serre. A quoi bon tourner un film qui se veut provocateur et mobilisateur, si c'est pour ensuite tomber dans la langue de bois climatique ?

 

C'est qu'à l'instar de la pauvreté, de la faim dans le monde, ou de la lutte contre le sida, le climat devient un sujet à haute teneur affective : plus on en parle, plus on est triste. Moins on en fait ?

 

Voulu ou pas, le traitement du président des Maldives, menacées d'engloutissement en cas de hausse du niveau de la mer, dans le montage du faux live de New York est révélateur. Et fait froid dans le dos. Expliquant que son pays s'engage à devenir le premier Etat du monde sans émission de carbone, il a cette phrase terrible : « Nous mourrons en pensant que nous avons agi comme il le fallait ». Mais l'implacable accusation à l'encontre des pays industrialisés et grands émergents tombe à plat, à peine audible car gâchée par un montage ultra raide qui coupe la parole au chef d'Etat, pour laisser la place aux autres invités du « green carpet ». Une mise en scène pour le coup vraiment stupide.

 

 

*en lisant le dossier de presse on apprend que la première avant-première mondiale s'est en fait tenue à Londres en mars, et « a gagné le record du monde (homologué par le Guiness Book) de la plus grande projection simultanée ».

 

A voir: le site de la campagne "not stupid"

La pétition "Ultimatum climatique"

L'appel "Urgence climatique, justice sociale"

 

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