Si la hausse des températures dépasse 5° d’ici la fin du siècle, en raison des quantités astronomiques de Co2 que nous rejetons dans l’atmosphère,  alors Paris pourrait connaître les températures actuelles du sud de l’Espagne.

Chic. On se promènera en tongs à la Toussaint et on achètera les cadeaux de Noël en débardeurs.

 

Climat que pourraient connaître les villes à la fin du 21e siècle (Hallegatte 2008, scénario HadRM3H). Climat que pourraient connaître les villes à la fin du 21e siècle (Hallegatte 2008, scénario HadRM3H).



Sauf que plus il fera chaud, plus fréquents seront les évènements climatiques extrêmes : sécheresses, tempêtes, pluies torrentielles… Contrairement à ce que le citadin pourrait avoir tendance à penser, habiter en ville ne le protègera pas de ces bouleversements, bien au contraire. Il est piégé par le phénomène d’ « îlot de chaleur urbain » : la vie en ville (chauffage des bâtiments, transports à moteurs, concentration des activités) dégage beaucoup, beaucoup de chaleur, qui à son tour augmente la température ambiante. L’effet est spectaculaire : la différence entre le centre ville et la campagne environnante peut atteindre 10°c.

Schéma de l'effet d'îlot de chaleur (Descartes 2009). Schéma de l'effet d'îlot de chaleur (Descartes 2009).



Sortons la calculette. S’il fait plus 5° en moyenne en France, il pourrait faire plus 10° en centre-ville. Et si l’on connaît un épisode de canicule, comme ceux qui promettent de se multiplier avec le dérèglement climatique, on peut encore ajouter 5°… Si bien qu’ il est fort possible que +5°=+15° en réalité. Cruelle arithmétique. Ce n’est plus un problème de T-shirt. C’est la garantie de la fin d’un monde, celui de nos vies urbaines en climat tempéré.

En Seine-Saint-Denis, on n’a pas d’ours polaire, mais on va souffrir des bouleversements du climat. Vendredi 27 juin, l’agence de l’énergie et du climat (Alec) de Plaine-Commune, la communauté d’agglomération regroupant Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve, etc (soit en tout 450 000 habitants), a présenté une note sur les enjeux locaux de la crise climatique. Quel rapport entre le 9-3 et les tourments de l’atmosphère ? C’est le département qui accueillera le sommet international censé déboucher sur un nouveau protocole régulant les émissions de gaz à effet de serre – la conférence Paris Climat en 2015 se tiendra au Bourget.

C’est surtout un territoire qui a déjà beaucoup souffert des aléas climatiques : en 2003, lors de la canicule qui fit 15 000 morts en France, la Seine-Saint-Denis fut le deuxième département le plus touché. La surmortalité y fut plus forte qu’ailleurs, pour un ensemble de raisons que les pouvoirs publics sont toujours en train d’analyser plus de dix ans plus tard : mauvaise qualité de logement, échec de la diffusion de l’information, vulnérabilités de santé… Ce précédent terrible fait craindre le pire dans l’hypothèse d’une forte hausse des températures dans les décennies qui viennent : +4°, +5°, hypothèses crédibles si le monde continue à émettre un peu plus de dioxyde de carbone chaque année, cela entraînerait des morts à la pelle sur ce territoire. Parler de climat, c’est abstrait. Compter les cadavres, c’est tangible. Aussi concret que la dépendance en eau : Plaine-Commune  importe la totalité de son eau potable. Et la vulnérabilité alimentaire : Ces dérèglements climatiques dégraderont la biodiversité en Ile-de-France comme ailleurs. Or Paris ne dispose que de trois jours d’autonomie alimentaire.

 

David Leicher, auteur de la note de l'Alec, 27 juin 2014 (JL). David Leicher, auteur de la note de l'Alec, 27 juin 2014 (JL).



Au premier étage de la maison de la jeunesse de Saint-Denis, dans une salle de concert toute noire, équipée d’un bar et d’un snack aux lettrines graphées, Michel Bourgain, maire écolo de l’Île-Saint-Denis et président de l’Alec, explique devant une cinquantaine de personnes assises sur des chaises pliantes que la note « est un pavé dans la mare de l’ignorance et de l’indifférence ».

Depuis la salle, une habitante d’Aubervilliers demande « s’il est plus utile de sensibiliser les populations ou de faire pression sur les grands acteurs, ceux qui préparent le grand Paris, les propriétaires fonciers » qui prennent des décisions incohérentes avec les objectifs de lutte contre le dérèglement climatique. A quoi bon les économies d’énergie et les agendas 21 si à côté s’organise « la gabegie énergétique » ? C’est « une incohérence politique ». Le maire de l’île-Saint-Denis : « ça fait partie de la vie tout le monde n’est pas d’accord ». L’albertivillarienne reprend : « Non, c’est une question de cohérence ! ».

Michel Ribay, maire-adjoint Energie climat à Saint-Denis explique que : « les politiques publiques ne sont pas assez rapides et ne font pas assez la démonstration de leur cohérence avec les politiques climatiques. On ne prend pas de décision assez forte sur l’adaptation au changement climatique. Déplacements en bicyclette, végétalisation…on ne va pas assez vite, on n’atteint pas la masse critique pour démontrer qu’on peut faire autrement qu’avec le système actuel ».

Bourgain lance un appel à bonne volonté : créer un réseau de « sentinelles du climat », des habitants, des agents des collectivités, des salariés et des dirigeants des entreprises du territoire désireusex de s’engager sur le climat dans un cadre collectif. Première réunion prévue à l’automne. Combien de personnes intéressées ? Onze doigts se lèvent. A la fin de la réunion, une feuille circule pour y inscrire ses coordonnées. 



Retrouvez-ici les précédents épisodes de ce blog consacré aux coulisses de la préparation su sommet Paris Climat 2015 :

 



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