Aux déçus du macronisme (on achève bien les bagnoles)

Ces derniers jours il est beaucoup question des "déçus". Par M Macron. Mais se déclarer "déçu" par M Macron est quelque chose qui apparaît comme complètement absurde. Car pour être déçu par quelque chose ou quelqu'un il faut qu'il y ait eu au préalable un espoir.

Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en ayant été conseiller puis ministre de M Hollande. Il se présentait comme une réponse au désespoir engendré par le quinquennat de celui-ci. De plus, il prétendait résorber les inégalités (car c'est bien là le coeur du problème) en utilisant exactement les mêmes méthodes que celles utilisées depuis fort longtemps. Le fait que ces méthodes (dérégulation internationale, privatisations, désengagement de l'Etat dans tous les domaines au profit du capital privé) n'aient cessé d'avoir l'effet inverse de celui qui était affiché comme attendu n'a apparemment pas empêché des gens d'espérer. Dans certaines situations pourtant, nous savons nous montrer plus lucides.

Par exemple, si le moteur de votre voiture fait des bruits bizarres et qu'une fumée noirâtre s'en échappe et que le garagiste vous dit que pour régler ce problème il faut refaire la peinture, vous vous ferez peut-être avoir une fois. Et puisque, comme moi, vous n'y connaissez rien, peut être que vous y placerez même de l'espoir quant à la résolution du problème. Au bout de deux ou trois garagistes qui proposent tous la même solution, votre espoir, s'il persiste toujours, n'a objectivement plus aucun fondement. 

"Je suis déçu de Macron" équivaut donc à "Je suis déçu que malgré la peinture neuve (et chère), ma voiture continue de fumer et bruire bizarrement".

Mais il y a pire. Être déçus par M Macron peut nous empêcher de trouver une issue. En effet, ce qui est essentiel n'est pas la personne de M Macron. Tout comme celle de ses prédécesseurs. Car il suffit dans ce cas de remplacer M Sarkozy par M Hollande et ce dernier par M Macron pour que le manège des inégalités continue d'accélérer. C'est le fait qu'ils mènent tous la même politique qui nous interdit d'y placer le moindre espoir tout comme de ressentir la moindre déception. Malgré ces changements de personnes à la tête de l'Etat, les chiffres restent têtus. Les riches le sont de plus en plus. Idem pour les pauvres. 

S'il arrive que l'employé du garage vous ayant vendu du rêve gris métallisé soit remplacé par un nouveau (plus jeune et plus dynamique) et que ce dernier tente de vous refourguer la même solution que le précédent, y placeriez-vous un quelconque espoir ou confiance? Si vous répondez par la négative, j'en conclus qu'on prend plus soin de nos voitures que de la société.

La question qu'on doit se poser est dans quelle société voulons-nous vivre. Actuellement, nous sommes dans une société basée de plus en plus sur le profit. La course au profit justifie tout. Il paraît que notre pays doit être attractif. Mais attractif pour qui au juste? Pour les investisseurs. Mais qui sont ces gens qu'on appelle les investisseurs? Il me semble qu'en général ce sont des gens riches. Très. (Qui a dit trop?) Le projet depuis quelques décennies est donc d'adapter notre société aux désirs de ces gens-là. Et eux ne sont intéressés que par une seule chose : être encore plus riches. Si le CAC40 était une association de philanthropes il en irait autrement.

Le bien être de la communauté n'est pas leur affaire. Entre faire du profit et sauver des vies? Il n'y a pas de débat. Protéger les écosystèmes en Afrique ou ailleurs ou faire du profit? L'Afrique c'est loin et l'huile de palme peu chère. Prendre soin de la santé ou rendre des milliards de personnes malades en faisant du profit? L'huile de palme (encore) ou le glyphosate fournissent la réponse.  Et même, combattre des terroristes ou commercer avec eux et faire du profit? Lafarge a choisi. Protéger les services publics ou faire du profit? L'optimisation fiscale est un joli euphémisme et si l'évasion fiscale existe c'est bien la preuve que ces pauvres créatures sont persécutées par nos exigences de gaulois réfractaires et égoïstes. 

Les rares fois où ces gens s'intéressent à ces balivernes, c'est lorsqu'ils ont peur que les opinions publiques s'en indignent et que cela nuise à leurs affaires. Et comme ils connaissent l'Histoire, ils redoutent également l'étincelle, le coup de trop qui ferait s'embraser la plèbe et leur ferait perdre beaucoup. Ou tout.

Depuis des années nos dirigeants nous incitent donc à plaire à ces gens-là. A nous serrer la ceinture (au sens propre) pour attirer les investisseurs. A manger du poison (l'autre "s" est ôté à dessein) venu de l'autre bout du monde pour les amadouer. Bref, la seule chose qui puisse leur plaire est notre soumission à leurs désirs. A leurs profits.

Une autre question qu'on doit se poser est jusqu'où sommes-nous prêts à nous rabaisser pour plaire aux investisseurs. 

Pour gagner du temps et éviter des débats inutiles nous pourrions supprimer tous les services publics ainsi que les salaires. Nous deviendrions ainsi instantanément le pays le plus attractif du monde. Le chômage serait résorbé. Et nous vivrions joyeusement  grâce à la charité des riches. (un beau sujet, la charité des riches, qui mérite plus qu'une parenthèse mais bon, je l'enferme là-dedans, chacun ses pouvoirs et pour une fois c'est moi qui en use) 

Alors, comment sortir de ce chemin qui nous mène à ça? La mode est à  l'individualisme. Le problème est que celui-ci est inoffensif. Ce n'est pas pour rien qu'on nous encourage à régler les problèmes collectifs par des décisions individuelles. Ainsi on peut voir un ministre faire un appel aux dons pour aider les petits entrepreneurs en difficulté (au moins ça leur permet de voir enfin dans quel camp ils se situent réellement). Des artistes allergiques à l'impôt chanter les remerciements au service public hospitalier.  Il serait temps de faire remarquer que des gens meurent à cause du manque de moyens à l'hôpital. Que fuir l'impôt a des conséquences réelles et pas très jolies. Ce n'est pas pour rien qu'on nous divise : les fonctionnaires sont des privilégiés, les musulmans sectaires, les employés de la RATP très avantagés, les chômeurs fraudeurs, les immigrés profiteurs...alors que toutes ces personnes ont un point commun : leur compte en banque est plus proche de zéro que de cent mille. 

Nous devons donc trouver des solutions collectivement. Ce dont nous avons besoin n'est pas un leader ou un gourou. Pas un nom ou une tête bien faite ou pas. Nous avons besoin d'un débat public. Que tout le monde s'en empare. Qu'on s'écoute, lise, réfléchisse. Qu'on affronte enfin les conséquences de nos choix ou de ceux faits en notre nom : la misère qui explose, des écosystèmes détruits et tout ce que cela provoque, nos libertés réduites et surtout une catastrophe climatique devenue fatalité. Tout cela au nom de l'attractivité. Du profit pour les plus riches et des miettes de leur charité pour nous autres.

D'accord, me direz-vous, mais faire quoi? Et comment?

Les idées ne manquent pas. Emparons nous-en. Faisons-en surgir de nouvelles. Sortons du cadre qui nous mène au désastre. Créons un monde qui prend soin. Qui pense. Qui panse.

Nous devons le faire. La société qu'on laissera à nos enfants ne mérite pas moins d'attention et de lucidité que nos bagnoles. 

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