Jadran Svrdlin
Abonné·e de Mediapart

58 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 mai 2021

Une camarade au sol et le silence des imposteurs

Une élue de la République a été agressée. Courageusement, de dos. Par un policier suréquipé. Certainement une nouvelle façon de défendre la démocratie. Le non-traitement médiatique de cet événement traduit certainement une nouvelle conception de pluralité médiatique.

Jadran Svrdlin
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Elle était venue soutenir une manifestation de la Confédération paysanne. Elle a fini au sol. Humiliée et violentée.

L'usage de la force lors des manifestation doit, ou plutôt devrait, être toujours légal, proportionné et nécessaire et avoir lieu en ultime recours.

Le policier en question se conforme-t-il à la loi au moment où il jette au sol la députée qui lui tourne le dos? La députée use-t-elle de la force à l'encontre du policier lorsqu'elle lui tourne le dos? Projeter une députée au sol, est-ce nécessaire à ce moment-là? Le policier n'avait-il aucun autre recours pour éloigner la députée, si toutefois tel était l'ordre qu'il avait reçu?

Je ne perdrai pas mon temps à répondre à ces questions qui méritaient toutefois d'être posées.

Ce qui me chiffonne davantage est l'absence de réactions médiatiques. Non que je m'attendais à un déferlement de titres et de débats enflammés autour de la défense des principes démocratiques. Nous savons bien que pour mériter un bandeau "Breaking news" il vaut mieux être un éditorialiste d'extrême droite qui se fait cracher dessus par un passant, un "philosophe" qui se fait insulter à Nuit debout, ou encore un DRH à qui on arrache sa chemise. Pour susciter l'indignation médiatique il vaut mieux être un homme de droite subissant une "violence aveugle de la populace de gauche". Dans ces cas-là il arrive même que le président de la République vous téléphone pendant 45 minutes pour prendre de vos nouvelles. Vos agresseurs deviennent instantanément des dangers pour la démocratie. La CGT des jusqu-au-boutistes ou Nuit debout des "fascistes". 

Ce soir, il n'y a rien de tout cela. Les chaînes d'infos en continu ont des sujets plus importants à traiter que l'agression d'une députée. Roland Garros c'est dans quelques jours, Bernard Tapie subit un procès injuste alors qu'il est malade. En boucle. 

Mais quoi de plus normal dans un pays où balancer des lacrymos ou des LBD sur des manifestants est devenu un rituel? Où emmener ses enfants en manifestation ou pas est une question qu'on ne se pose même plus. Où interdire des manifestations ou même des meetings politiques devient la norme. Où enfin on autorise et encourage des manifestations remettant en cause la séparation des pouvoirs et nos institutions. 

Autant vous dire qu'un femme jetée au sol ne risquait pas de susciter le moindre émoi médiatique. Car femme. Car représentant un mouvement de gauche. Car étant venue là réclamer une PAC plus juste socialement. Quelle idée saugrenue aussi!

Mais me direz-vous, pourquoi s'indigner ici et pas lorsque des manifestants lambdas se font agresser et violenter? Non pas parce qu'il s'agirait d'une graduation de la gravité des actes en fonction de la "qualité" des victimes. Mais parce que cet événement nous permet de mettre à un moment donné notre perception de violences policières et institutionnelles sur pause pour observer celles-ci ainsi que leur traitement médiatique de façon posée. D'observer les paliers franchis dans la violence mais aussi dans le traitement médiatique auquel l'expression "deux poids deux mesures" ne suffit plus à retranscrire sa réalité. La démesure dans le traitement des cas cités plus haut et le vide absolu concernant le ramassage au sol de Mme Taurine nous montrent juste que la prétendue neutralité des médias n'est pas. 

Les éditorialistes étaient-ils au moins occupés à s'exciter sur la porosité entre LREM et le RN? Ils pourraient puisque la liste de Thierry Mariani et du RN a nommé un membre de LREM comme tête de liste dans les Hautes Alpes. Mais non. C'était possible uniquement lorsqu'un membre de la France Insoumise était passé au RN. Là ce n'est pas pareil. Ce n'est pas comme si le gouvernement menait une politique de plus en plus proche du parti de Mme Le Pen et que le ministre d'intérieur la trouvait trop timorée. 

La classe politique s'est-elle soulevé pour dénoncer cet acte violent contre une députée de la République? Ben non. Rien. Ni à droite ni à "gauche". Cette même "gauche" qui ne va certainement pas se gêner à reparler d'une certaine union "des gauches". 

Mais se prétendre de gauche ne suppose-t-il pas un minimum de solidarité envers une camarade à terre? Faut croire que même pas. C'est vous dire le niveau d'indigence intellectuelle de cette "gauche" qui n'a même plus assez d'énergie pour un simple communiqué à force de chercher une façon de justifier auprès de ses militants sa participation à une manifestation aux côtés de l'homme qui autrefois se fit cracher dessus. 

La prochaine fois que quelqu'un vous reparle de l'union des "gauches", parlez-lui de Bénédicte Taurine. Il y a de fortes chances qu'il n'en sache rien.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Une seule surprise, Pap Ndiaye à l'Éducation
Après vingt-six jours d’attente, Emmanuel Macron a nommé les vingt-sept membres du premier gouvernement d’Élisabeth Borne. Un casting gouvernemental marqué par sa continuité et toujours ancré à droite. La nomination de l’historien Pap Ndiaye à l’Éducation nationale y fait presque figure d’anomalie.
par Ilyes Ramdani
Journal — Gauche(s)
Union de la gauche : un programme pour mettre fin au présidentialisme
Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de gauche et écologistes ont présenté le 19 mai leur programme partagé pour les élections législatives, 650 mesures qui jettent les bases d’un hypothétique gouvernement, avec l’ambition de « revivifier le rôle du Parlement ». 
par Mathieu Dejean
Journal
Écologie politique : ce qui a changé en 2022
Les élections nationales ont mis à l’épreuve la stratégie d’autonomie des écologistes vis-à-vis de la « vieille gauche ». Quel dispositif pour la bifurcation écologique, comment convaincre l'électorat : un débat entre David Cormand, Maxime Combes et Claire Lejeune.  
par Mathieu Dejean et Fabien Escalona
Journal
Un policier pariait en ligne avec les cartes bleues de gardés à vue, le parquet veut un procès
L’enquête, ouverte après la plainte d’une jeune femme délestée de 500 euros, a permis d’identifier six victimes au sein du commissariat du Xe arrondissement de Paris. Un adjoint de sécurité, licencié depuis, a reconnu les faits. Le parquet requiert son renvoi devant le tribunal correctionnel pour « escroqueries ». 
par Cécile Hautefeuille et Camille Polloni

La sélection du Club

Billet de blog
Reculer les limites écologiques de la croissance… ou celles du déni ?
« À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance ». L' Atécopol et Enseignant·es pour la planète analysent ce sujet du bac SES, qui montre l’inadéquation de l’enseignement des crises environnementales, et les biais de programmes empêchant de penser la sobriété et la sortie d’un modèle croissantiste et productiviste.
par Atelier d'Ecologie Politique de Toulouse
Billet de blog
L'effondrement de l'écologie de marché
Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ?
par jmharribey
Billet de blog
Marche contre Monsanto-Bayer : face au système agrochimique, cultivons un autre monde !
« Un autre monde est possible, et il est déjà en germe. » Afin de continuer le combat contre les multinationales de l’agrochimie « qui empoisonnent nos terres et nos corps », un ensemble d'activistes et d'associations appellent à une dixième marche contre Monsanto le samedi 21 mai 2022, « déterminé·es à promouvoir un autre modèle agricole et alimentaire, écologique, respectueux du vivant et juste socialement pour les paysan·nes et l'ensemble de la population ». 
par Les invités de Mediapart
Billet d’édition
Pour une alimentation simple et saine sans agro-industrie
Depuis plusieurs décennies, les industries agro-alimentaires devenues des multinationales qui se placent au-dessus des lois de chaque gouvernement, n’ont eu de cesse pour vendre leurs produits de lancer des campagnes de communication aux mensonges décomplexés au plus grand mépris de la santé et du bien-être de leurs consommateurs.
par Cédric Lépine