A GEORGE FLOYD

L’Amérique c’est l’arbre qui cache la forêt. Ne l’oublions jamais. L’assassinat de Georges Floyd n’est malheureusement qu’un des modes opératoires du racisme. C’est la forme la plus visible, mais pas l’unique face hideuse du racisme. Elle provoque naturellement des réactions d’indignations, mais n’oublions que le racisme est multiforme et complexe.

A GEORGE FLOYD.

Le lundi 25 Mai 2020, nous avons été très nombreux à être les tristes témoins, via les réseaux sociaux, de la mise à mort en direct de George Floyd, par des policiers de la ville de Minneapolis (Minnesota), aux USA. George Floyd était un homme noir de 46 ans, père de deux enfants. Il est tué en 8 minutes et 46 secondes sous les yeux de la terre entière. 8 minutes et 46 secondes ! Pourquoi cet homme a-t-il été tué par les forces de l’ordre ? Parce que des policiers ont reçu un appel anonyme disant qu'un homme noir venait d’acheter des cigarettes dans un magasin avec un faux billet de 20 dollars.

Le policier qui a commis cet acte s’appelle Derek Chauvin ; il a 44 ans, il était assisté de 3 complices. Ces quatre policiers pavoisaient littéralement devant cet homme à plat ventre, le cou coincé par le genou gauche de Derek Chauvin, incroyablement insensible aux supplications suffocantes de sa victime. C’est probablement sous la pression médiatique que les juges ont fini par inculper Derek Chauvin d’homicide. L’affaire n’est pas terminée.

 Lorsque j’ai vu les images, j’ai immédiatement pris la place de Georges Floyd, car cette réalité je la connais très bien. Sidéré, je suis redevenu bègue. Mon premier réflexe conscient a été d’oublier, de penser à autre chose. C’était un profond instinct de survie qui se manifestait chez moi, comme souvent dans ce genre de situation. Seulement mes colères s’épaississaient de plus en plus, mes veines se sont gonflées à bloc. Après de longues nuits d’insomnies et plusieurs tentatives avortées de refoulement, l’écrit s’est imposé.

Je suis meurtri à propos de ce qui est arrivé à Georges Floyd, ses enfants, sa famille et ses amis. Lorsque je repense à son assassinat, je ne peux m’empêcher de voir toutes les autres personnes de sa condition qui ont été tués de la même manière, ces dernières années, ou peut-être en même temps, au Brésil, au Mexique, au Venezuela, au Pérou, en Libye, au Maroc, en Russie, en Inde, mais aussi en France. La liste des pays n’est pas exhaustive.   

L’Amérique c’est l’arbre qui cache la forêt. Ne l’oublions jamais. L’assassinat de Georges Floyd n’est malheureusement qu’un des modes opératoires du racisme. C’est la forme la plus visible, mais pas l’unique face hideuse du racisme. Elle provoque naturellement des réactions d’indignations, mais n’oublions que le racisme est multiforme et complexe. 

Le racisme à plusieurs visages. Il y a celui dont Derek Chauvin, ses amis et sympathisants, sont les représentants. Qui est un racisme débridé, assumé, démasqué, convaincu de son bien-fondé ; c’est le racisme qui pavoise et qui n’a peur de rien. Il y a le racisme masqué et dissimulé derrière des visages lisses, souriants et affables, qui ne s’exprime que lorsqu’on a le dos tourné. Il y a le racisme imbécile, construit sur des discours inconsistants et peu documenté. Il y a le racisme inconscient, qui est hérité de représentations politiques, historiques, culturelles archaïques et non encore déconstruite. Il y en a beaucoup d’autres encore. Toutes ces formes, sont hideuses et font un mal encore très considérablement sous estimé à l’humanité.      

Je suis à deux cent pour cent solidaire de la vague d’indignation qui secoue le monde à l’heure actuelle à propos de l’exécution de George Floyd, et mon honnêteté intellectuelle m’amène aussi à dire que la lutte contre le racisme, si nous voulons qu’elle soit efficace est une lutte quotidienne. Cette lutte passe par le soutien à toutes les personnes et structures (sociales, artistique, universitaires, non gouvernementales, etc.) qui travaillent au quotidien pour que ce fléau que le Révérend Père Camerounais Sj Engelbert Mveng qualifiait de «  véritable plaie du 20ième siècle ». A chaque fois que nous tolérons dans nos quotidien le dérapage verbal d’un homme ou d’une femme politique, de journalistes, chroniqueurs, « polémistes », d’agents de l’état ou des administrations territoriaux, d’ami(e)s, de collègues, d'élèves, de parents d’élèves, des gouvernements qui banalisent ces « pratiques » , etc., nous laissons se constituer un « cluster » potentiellement dévastateur pour l’humanité. En général, un cluster non éteint, augure toujours une très mauvaise fin pour l’humanité. Il y a plusieurs façon de tuer un être humain, on peut l’éliminer physiquement, comme on l’a vu pour George Floyd, mais on peut aussi briser le destin d’un être que l'on maintient en vie. C’est aussi un crime contre l’humanité car nul ne sait qui parmi nous détient la solution à nos maux.

La colère qui s’exprime actuellement est légitime, et je nous invite tous après ce temps à mieux travailler ensemble pour combattre ce fléau.

Je crois profondément que la lutte contre le racisme commence par une introspection individuelle, honnête et sans concession. C’est en acceptant de déconstruire le rapport que nous avons à nous mêmes, nos représentations, notre histoire, nos pratiques, notre « humanité ontologique » que nous préparons le chemin de l’anti racisme.

Paix à Georges Floyd, à ses enfants, à toute sa famille, Paix à Adama Traoré ainsi qu'à toutes les autres victimes du racisme à travers le monde. 

Affectueusement,

James Carlès       

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