jamesinparis
"Où l'esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l'enfance du peuple, j'aime." René Char
Abonné·e de Mediapart

113 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 sept. 2012

Getting Through : Une drôle d'histoire en images

 Je traverse, depuis avril 2012, une période inhabituellement difficile, une "drôle d'histoire". A vrai dire, elle n'a rien de drôle. C'est une histoire qui a commencé au printemps 2011, en plein "printemps arabe", mais dont je ne peux en parler ici. Pas encore en tout cas. Comme beaucoup d'histoires, elle est au fond assez simple, mais avec des conséquences qui sont compliquées à vivre et à gérer sur les plans humain, matériel, professionnel. Et qu'il faut donc assumer, en tenant à ses principes, et en essayant de la vivre aussi bien que possible. Ces images sont donc ma manière de ne pas en parler, un regard sur ce qui ne peut se dire. Un témoignage.  

jamesinparis
"Où l'esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l'enfance du peuple, j'aime." René Char
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Getting Through - I (Une Drôle d'Histoire) © jamesinparis

Je traverse, depuis avril 2012, une période inhabituellement difficile, une "drôle d'histoire". A vrai dire, elle n'a rien de drôle. C'est une histoire qui a commencé au printemps 2011, en plein "printemps arabe", mais dont je ne peux en parler ici. Pas encore en tout cas. Comme beaucoup d'histoires, elle est au fond assez simple, mais avec des conséquences qui sont compliquées à vivre et à gérer sur les plans humain, matériel, professionnel. Et qu'il faut donc assumer, en tenant à ses principes, et en essayant de la vivre aussi bien que possible. Ces images sont donc ma manière de ne pas en parler, un regard sur ce qui ne peut se dire. Un témoignage. 

Getting Through II (Getting Through) © jamesinparis

Aujourd'hui, un soutien psychologique, un suivi médical, et un encadrement juridique, me permettent de vivre au mieux cette histoire. De tenir, d'y faire face, afin de pouvoir passer à autre chose. De m'en sortir.

Getting Through II (Better Days) © jamesinparis

Malgré des tels aides et soutiens, il y a toujours une part de solitude dans un tel vécu. Et c'est peut-être heureux même, qu'il en soit ainsi : cela s'appelle vivre.

Getting Through IV © jamesinparis

Ajout du 19.10.2012

Au bout d'une traversée, on voit le bout chancelant. Après l'étouffement, désemparé et démuni, un chemin se fait (petit à petit) sous ses pieds. Tenir.

Tenir c'est aussi s'adoucir, accueillir. En rire, s'enrager, se battre. Se forger un demain au delà de la traversée, y trouver goût. Tracer l'horizon. Fermer ses yeux. Y croire.

Ajout du 26.10.2012

Et ensuite vient la réflexion. Il y a quelque chose de narcissique de proposer ces images de soi, et d'entretenir avec soi un tel rapport médié par l'image. Mais je tiens à croire que ce rapport n'est pas seulement narcissique, mais comporte une dynamique qui porte au delà de soi.

Getting Through V © jamesinparis

Assis seul dans ma cuisine, seul à plusieurs titres, je m'interrogeais du sens que peut avoir le fait de se photographier ainsi. Il y avait un souci documentaire, certes : voici comment c'est, voici où je me trouve, où je suis... Mais au delà, il y avait quelque chose encore. Dans ce trou d'air, dans ce stillness essoufflé où rien ou presque ne bouge, et où tout semble imprégné de souffrance, c'était déjà un geste qui me tirait hors de moi, bien que le "sujet" soit mon propre image, et donc la mise en scène de mon propre état...

Getting Through VI © jamesinparis

J'avais trouvé un moyen de dialogue : ce qui veut dire aussi un moyen d'avancer, une exigence, une apprentissage. Dia-logue solitaire certes, un peu comme, en mer, on utilise le vent pour naviguer contre le vent.

Ajout du 31.10.2012

Et s'adressant à soi, je, n'est-il pas un autre ? Le simple fait de dire, de parler sans en parler ici, m'a permis de sentir moins muet, moins étouffé, et donc moins seul. En fin de compte, vivre est un village.

Almost through II © jamesinparis


Maintenant que je commence à remonter cette pente, et que ma santé s'améliore petit à petit, je voudrais d'abord remercier chaleureusement tous celles et ceux qui ont laissé ici des messages d'encouragement et de soutien. Même si je n'ai pas répondu, sachez que j'ai beaucoup apprécié.

Still getting Through © jamesinparis

Sincèrement...

James


Ajout du 24.11.2012

Comment mener une vie bonne dans une vie mauvaise ? Adorno soulignait la difficulté de trouver un moyen de mener une vie bonne pour soi, soi-même, dans un monde plus vaste structuré par l'inégalité, l'exploitation et diverses formes d'effacement.

Par Judith Butler, philosophe

Une morale pour temps précaires

Son discours de réception prononcé à l'occasion de la remise du prix Adorno 2012

LE MONDE |28.09.2012

Comment ne pas être affecté par le bombardement massive de la population de Gaza cette semaine ? Comment garder sa sérenité, devant des tells souffrances infligées à un peuple entier ?  devant l’énième campagne de destruction par l'état d'Israël, dans le contexte d'une politique, cohérente et ininterrompue, d'expulsions massives, d'épuration ethnique, de colonisation continue, d'apartheid, d'occupation, d'annexion des terres et des ressources, de siège illégale, d'émiettement, d'enclavement et d'enfermement des populations, de harcèlements et de humiliations quotidiens, et de non respect des résolutions de l'ONU et des lois et conventions internationales ?
Comment faire comme si de rien n'était ?

Untitled © jamesinparis


Et comment bien vivre un tel massacre renouvélé, devant le traitement mediatique de ces événements ?

Couverture médiatique des massacres à Gaza : le "J’accuse" de 9 personnalités internationales

lundi 19 novembre 2012

"Nous souhaitons exprimer notre indignation concernant la couverture médiatique scandaleuse de ces événements dans les grands médias. Nous appelons les journalistes du monde entier travaillant pour des antennes de ces grands médias à refuser d’être instrumentalisés à travers cette politique systématique de manipulation."

En disant non. En démontrant la fausseté du récit. En déconstruisant "cette politique systématique de manipulation." Le plat rechauffé du mensonge se mange froid.


Non à la politique barbare d'Israël.

Goodnight Gaza

Goodnight Gaza © jamesinparis

Ajout du 29.11.2012

Semaine des plus difficiles.

"I can't go on. I'll go on."

- Samuel Beckett, L'Innomable (1954).

 Ajout du 06.12.2012

Parfois on a l'impression de vivre au milieu d'un piège qui se referme, tant les défis se multiplient : aux défis attendus, s'ajoutent des défis improbables. Si ces quinze jours passés constituaient le chapitre d'un roman, on dirait que l'auteur en a rajouté pour les rendre plus poignants, plus haletants. Et pourtant non, le logiciel de la vie est fait ainsi.

Still getting Through © jamesinparis

Peut-être c'est pour dire, lever votre tête, regarder autrement, tenir autrement, changement d'étape ?

"Certes, les relations de soi à soi existent, mais même quand ce soi solitaire tente de se prendre pour objet de réflexion, voire de prendre soin de lui, il manie une série de conventions, de termes et de normes dont il n’est pas l’auteur. Ce sont des conventions sociales qui nous viennent de la langue et d’un champ de significations sociales plus large, dans lequel nous sommes tous formés. Quand nous commençons à réfléchir sur nous-mêmes, nous n’abandonnons pas cette formation sociale. Elle est présente dans les interstices de notre pensée, et même dans notre idée de ce qu’un « soi » devrait être. Ainsi, alors que l’on peut être tout à fait isolé dans sa pensée, voire physiquement seul, alors qu’aucun bruit de rue n’est perceptible et que personne n’est en vue, la trace vivante du monde social continue à médiatiser les relations les plus intimes que nous entretenons avec nous-même."

Source : Une analytique du pouvoir, entretien avec Judith Butler

Getting through getting through © jamesinparis

Ajout du 12.12.2012

Devant ce qui semble être une cascade de défis de toutes sortes, et même si j'ai la conviction d'avancer, comment ne pas encaisser ? Comment ne pas y être atteint, dans sa chair et dans son être ?

Getting through getting through © jamesinparis

Et si cela serait possible, faut-il se blinder à ce point ? Comment être fort et humain à la fois, sachant que c'est là où se puise justement ses forces et ses faiblesses ?

J'encaisse. Comme je tiens à tenir.

Et devant le déjà difficile, cette période "des fêtes" me quémande une énergie que je n'ai pas.

 Ajout du 18.12.2012

Inondé de "paperasse" dans le cadre d'un litige, et devant les conséquences administratives de toute sorte, je me plie à la tâche...

Paperwork is not work © jamesinparis

Ajout du 19.12.2012

Se trouver dans une situation conflictuelle, faite d'abord d'un cas de conscience et du positionnement éthique qui en résulte, c'est être confronté à plusieurs niveaux d'échanges et de discours tout à la fois. Sur un vécu personnel, se superpose un langage du contentieux avec ses règles et ses enjeux propres. En même temps que de vivre de manière intime les aléas et défis du conflit, on se trouve alors devant le défi de manier ses termes : sa vie intime se trouve exposée, et se heurte à un langage qui n'a que faire de ses craintes, ses souffrances, ses espoirs, c'est à dire les enjeux d'une situation telle qu'on la vit en soi. D'une situation née d'un conflit éthique, et les conséquences cela peut entrainer dans sa vie professionnelle, un langage de négotiation et de marchandage se superpose et menace de s'imposer, risquant de transformer ce qui est du côté de la vie et les enjeux d'une expérience vécue, en une vulgaire question de rapports de force, d'éléments de négotiation, de marchandages.

Comment vivre humainement un tel défi dans son ensemble : comment répondre intélligemment à ces différents niveaux tous à la fois ?

Ajout du 20.12.2012

Je n'en ai jamais parlé jusqu'ici, à l'exception de deux commentaires publiés sur Mediapart en réponse à des articles traitant du sujet, en juillet et novembre 2012. Hier, sur la base de ces deux commentaires publiés par moi sur Mediapart, j'ai été licencié pour "faute lourde", pour manquement à mon "obligation de confidentialité" et mon "obligation de loyauté" envers une société au statut Confidentiel Défense, qui fait l'objet actuellement d'une enquête préliminaire par le Procureur de la République de Paris, suite à une plainte déposée conjointement par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH).

En arrêt maladie au moment du licenciement, je suis sous traitent médical pour "dépression réactionnelle" depuis avril 2012.

Getting through and staying true © jamesinparis

Ajout du 10.01.2013

Jour de grisaille.

jour de grisaille © jamesinparis

Et pourtant, je suis enfin libre.

Ajout du 21.01.2013

Comment mettre des questions éthiques au coeur des décisions stratégiques des entreprises ? Que ce soit sur le plan écologique, sur le plan des droits humains, sur le plan du respect de l'autre dans divers différents domaines ?

Si l'entreprise qui m'a licencié pour "faute lourde" le 13 décembre dernier, pour "manquement à votre obligation de confidentialité" et "manquement à votre obligation de loyauté" ("Etes-vous avec nous ou contre nous ?") avait intégré ces notions de responsabilité et d'éthique en amont dans sa stratégie même, je ne serais pas aujourd'hui au chômage, je n'aurais pas vécu un purgatoire de pressions depuis février 2011, je ne serai pas sous traitement médical, et j'aurais toujours mon emploi, des collègues, et une vie et une carrière professionnelle.

Quand l'argent, et l'opportunité d'en faire, se libère de tout souci éthique, de tout souci de responsabilité, où l'entreprise se trouve un "souci éthique" seulement alors qu'elle se trouve sous les feux et les critiques des medias : comment mener une vie bonne en tant qu'employé et citoyen ? Comment réconcilier l'irréconciliable ? Et comment se protéger ?

Getting through © jamesinparis

Pour reformuler le propos de Judith Butler : comment être une entreprise bonne dans un monde mauvais ? Comment avoir un autre mesure que celui de l'argent, où d'autres facteurs pèsent aussi et qui ne soient pas négotiables ? Ce qui implique et requière aussi l'existence des "investisseurs éthiques" prêts à renoncer à des gains au nom du respect et de la responsabilité.

Ajout du 30.01.2013

J'ai été licencié, dix jours avant Noël, par une société visée par une enquête préliminaire auprès du Procureur de Paris, pour avoir fourni des moyens de surveillance et d'interception des communications des opposants au régime libyen de Kadhafi (via Amesys), et au régime syrien de Bachar Al Assad.
Et cela sans se soucier de mon sort, sans se soucier de ma santé, et sans se soucier de l'intérgité de ma position.

Getting through the noose © jamesinparis

Celui qui a signé ces contrats pour la fourniture des moyens de surveillance et d'interception des communications aux régimes libyens et syriens, le CEO de Qosmos, m'a donc licencié pour en avoir fait mention dans deux commentaires sur Mediapart. Et alors que je venais d'être déclaré inapte pour mon poste chez Qosmos par le Médecin du Travail.

Jusqu'où va l'obligation de loyauté à une entreprise ?
Jusqu'où va le devoir de respect de la part d'une entreprise de l'intégrité physique, psychique et morale de ses employés ?

Ajout du 6.2.2013


What next ?

Encore sous traitement antidepresseur et suivi médicalement, mais moins éprouvé ces jours-ci qu'auparavant, j'accomplis des tâches administratives qui accompagnent mon "changement de situation".

J'ai un premier rendez-vous aux Prud'Hommes ce mois de février, pour harcèlement moral  ("Es-tu avec nous ou contre nous ?") et non respect de l'obligation de résultat qui incombe à l'employeur, en ce qui concerne la santé de ses employés. S'y ajoute mon licenciement pour "faute lourde" au mois de décembre, alors même que je venais d'être déclaré inapte au poste que j'occupais chez Qosmos, du fait du conflit éthique qui m'opposait à l'entreprise, et du fait des pressions subies depuis février 2011.

Il est difficile dans un tel contexte de s'investir pleinement dans la recherche d'un nouvel emploi, et pourtant mon avenir professionnel en dépend. Je me pousse, j'avance.

Il y a un stress qui tiraille mon corps, qui me fatigue, et qui parfois m'immobilise : en ces moments, même les tâches administratives les plus simples semblent investies d'une lourdeur qui ne les appartient pas. La pile de paperasse sur la table me décourage. Je laisse des couriers quelques jours avant d'oser les ouvrir. J'ai plus envie de me coucher, ou de me distraire, que d'y faire face.

Le printemps arrive. Devant mon inefficacité actuelle, j'essaie de m'imposer une rigueur minimum, de m'organiser pour y faire face. Ces mots, aussi peu qu'ils soient, en font partie aujourd'hui de cet effort.

Ajout du 12.2.2013

Une dernière visite pour finaliser mon dossier "Pôle emploi". Dossier compliqué par le fait d'être licencié pour "faute lourde", alors que je me trouvais en arrêt maladie pour "souffrances au travail" et "conflit éthique", et que je venais d'être déclaré inapte pour mon poste chez Qosmos par le Médecin du travail.

Le personnel à "Pôle emploi" est plutôt prévenant, et le cadre agréable. En tant que chercheurs d'emploi, on n'est pas traité comme des "assistés" ou des "profiteurs", comme c'est le cas d'un certain discours politique, fait pour stigmatiser et pour exclure. Ce sont des personnes comme vous et moi, et l'on est accordé ce respect. C'est précieux, et agréable à découvrir, inattendu même.  Mais que se passe-t-il au fur et à mesure que le désespoir s'installe, et ses "droits" s'éfrittent ? Devant l'impossibilté de s'en sortir, comment garder espoir ? Et que faire, quand il n'y a plus rien à faire ?

 Au Pôle-emploi de Nantes, un chomeur s'immole par le feu


"Dans la situation de crise économique que nous connaissons, il me semble urgent de reconnaître au personnel de Pôle Emploi la fonction sociale essentielle qui est la sienne et de lui donner à la fois le temps, les moyens, et l’organisation du travail adéquate pour exercer ce rôle fondamental."

Yves Clot, professeur titulaire de la chaire de psychologie du travail du CNAM

On s'occupe du chômage mais pas des chômeurs

Il y a 12 ans, j'ai traversé cet "impossible" déjà dans le cadre du divorce, en tant que divorçant et en tant que père. Je me rappelle qu'il n'y a rien de plus épuisant que cet "impossible" : où l'on se lève le matin déjà déchiré à l'idée même d'essayer de faire face à l'impossible devant soi.

Je l'ai raconté brièvement dans un billet intitulé Fille avec madeleine.

Mais aujourd'hui, je n'en suis pas là. L'espoir est de mon côté. Ensemble, tout est possible. Mais quand on se trouve seul devant tant de défis, comment prendre un tel slogan pour autre chose que la trouvaille cynique d'une entreprise de Communication à la solde de grands intérêts ? Comment esquisser les prémices d'un véritble "Ensemble" ? d'une véritable "politique de civilisation" ?

Getting through some more © jamesinparis

Ajout du 19.2.2013

Mon premier jour d'indémnité "retour à l'emploi" sera donc le 9 février 2013. Le calcul est basé sur 56% du salaire.

La dernière fois que je me trouvais au chômage, il y a plus de 8 ans, ses indémnités de chômage représentaient 76% de son salaire pour la première année. Double choc donc : moins d'indémnités que prévues chaque mois de chômage, et seulement à partir du 9 février. Je viens d'écouler mes "congés payés" donc, tout en repoussant encore plus loin mes droits aux "indémnités retour à l'emploi".
C'est la délicate transition entre le statut de "salarié" (en surménage permanent) et celui de "sans emploi" indémnisé.

Getting through : février 2013 © jamesinparis

Être "chômeur" : c'est à dire être sans emploi et être chercheur d'emploi, tout en essayant de faire face à des conséquences sociales et matérielles d'un tel statut, c'est loin d'être des vacances... J'aurais préféré, certes, ne pas me trouver dans une situation aussi intenable, j'aurais préféré ne pas perdre ma santé au travail, et j'aurais préféré ne pas perdre mon emploi dans un tel contexte. Mais je ne regrette rien.

Rien de rien.

Des convictions ne servent pas à meubler sa vie :
elles servent à la vivre.

Ajout du 22.03.2013

Getting through : mars 2013 © jamesinparis

Le sociologue Robert Castel est mort, mardi 12 mars, à l'âge de 79 ans. Directeur d’études à l’École des Hautes Études en sciences sociales, ses derniers ouvrages avaient mis en avant son travail sur ce qu'il nommait la « désaffiliation », ou les effets d'une société où la précarité et l’incertitude gagnent sans cesse du terrain. En mars 2009, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, La Montée des incertitudes, Mediapart l'avait rencontré.

Robert Castel, sociologue de «l'insécurité sociale», est mort

« Habitués depuis notre enfance à manier la liberté et à vivre une vie personnelle, comment aurions-nous su que c’étaient là des acquisitions difficiles, comment aurions-nous appris à engager notre liberté pour la conserver? L’on est pas libre seul.
« Si, dans dix ans, nous relisons ces pages et tant d’autres, qu’en penserons-nous? Nous ne voulons pas que cette année 1945 devienne pour nous une année entre les années (…) puisqu’il s’agit ici d’écrire et non pas de raconter nos peines, ne devons-nous pas dépasser nos sentiments pour en trouver la vérité durable? »
Maurice Merleau-Ponty

Ajout du 28.3.2013

A force de poser un regard sur soi, vient un moment où la mise en scène de son propre état devient jeu, ironie. Voilà qui est fait.

Cybernap (rechargement de batterie) © jamesinparis

Ajout du 9.4.2013

Vient aussi le désir de poser son regard sur autre que soi, de se soucier d'autres dans ce regard porté.

Getting through © jamesinparis

Drôle d'histoire, drôle de chemin.

Bien que l'avenir, et l'issue de cette histoire, restent incertains, je sens que je pose, ici et maintenant, les derniers mots de ce chapitre. D'autres regards, et d'autres mots, prendront peut-être le relai, emprunteront d'autres chemins, d'autres soucis d'être et de vivre, d'autres volontés.

JD

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les Ukrainiens écartelés entre la dureté des batailles, les tourments de l’exil et la peur de rentrer
L’Ukraine, qui entre dans son quatrième mois de guerre, a pour le moment échappé au pire : l’invasion totale du territoire national. Mais le pays reste déchiré, entre celles qui ont fui à l’étranger la menace russe, celles qui rentrent d’un exil forcé, parfois dans une grande détresse matérielle, et ceux qui se battent, à l’est et au sud.
par Mathilde Goanec
Journal — France
Législatives : dans le Sud, le pas de deux des identitaires et du RN
À Nice, Menton et Aix-en-Provence, trois figures des identitaires se présentent aux élections législatives sous les couleurs d’Éric Zemmour. Le RN présente face à eux des transfuges de la droite et fustige leur radicalité, alors qu’ils étaient membres du parti quelques mois plus tôt.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Redon : un mutilé, les fautes du ministère de l’intérieur et la justice qui enterre
Le 19 juin 2021, en Bretagne, lors d’une opération menée pour interdire une rave party, Alban, 22 ans, a eu la main arrachée par une grenade tirée par les gendarmes. Le 11 mars 2022, le parquet de Rennes a classé sans suite. Pourtant, l’enquête démontre non seulement la disproportion de la force mais les responsabilités de la préfecture et du ministère de l’intérieur. Mediapart a pu consulter des SMS et des appels aux pompiers, accablants, enterrés par le procureur de la République.
par Pascale Pascariello
Journal
La majorité se montre embarrassée
Après les révélations de Mediapart concernant le ministre Damien Abad, visé par deux accusations de viol qui ont fait l’objet d’un signalement à LREM le 16 mai, la majorité présidentielle peine à justifier sa nomination au gouvernement malgré cette alerte. La première ministre a assuré qu’elle n’était « pas au courant ».
par Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
L’École et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI
Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Lycéennes et lycéens en burn-out : redoutables effets de notre organisation scolaire
La pression scolaire, c’est celle d’une organisation conçue pour ne concerner qu’une minorité de la jeunesse Lycéennes et lycéens plus nombreux en burn-out : une invitation pressante à repenser le curriculum.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN