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"Où l'esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l'enfance du peuple, j'aime." René Char
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Billet de blog 18 oct. 2011

Le soldat Shalit est libre

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Je suis heureux que ce soldat de l'armée israélienne se trouve sain et sauf, et partage la joie de sa famille.

Cependant, car la vie est précieuse, il est important de préciser la situation à Gaza lorsque ce soldat a été enlévé en 2006, et la réaction de l'état d'israêl. Pour cela, heureusement, il y a quelques rares journalistes qui prennent la peine de nous informer correctement

En août 2006, le journaliste Patrick Cockburn décrit depuis le terrain, les conditions de vie et la situation à Gaza lorsque le soldat Shalit a été enlévé :

Le décompte des morts

· À la suite de la capture par les Palestiniens, le 25 juin, du caporal Gilad Shalit, Israël a lancé une offensive massive et instauré le blocus de Gaza avec l'opération "Pluies d'Eté".

· Cela fait 74 jours que les 1,3 millions d'habitants de la Bande de Gaza, dont 33% vivent dans des camps de réfugiés, sont attaqués. Depuis le 25 juin, plus de 260 Palestiniens - dont 64 enfants et 26 femmes - ont été tués. Un mort sur cinq est un enfant. Un soldat israélien a été tué et 26 d'entre eux ont été blessés.

· 1.200 Palestiniens ont été blessés, dont jusqu'à 60 ont dû être amputés. Un tiers des victimes conduites à l'hôpital sont des enfants. Les avions de guerre israéliens ont lancé plus de 250 raids sur Gaza, touchant les deux centrales électriques et les ministères des affaires étrangères et de l'information.

· Au moins 120 structures palestiniennes, dont des maisons, des ateliers et des serres, ont été détruites par les Israéliens et 160 autres ont été sérieusement endommagées.

· L'Onu a critiqué le bombardement par Israël, qui a causé 1,8 Mds (estimation) de dollars [1,4 Mds d'euro] de dommages au réseau électrique et laissant plus d'un million de personnes sans accès régulier à l'eau potable.

· Le groupe israélien des droits de l'homme, B'Tselem, déclare que 76 Palestiniens, dont 19 enfants, ont été tués par les Forces israéliennes au seul mois d'août. Des preuves montrent qu'au moins 53% des victimes ne participaient pas aux hostilités.

· Lors de la dernière éruption de violence, hier, trois Palestiniens ont été tués, lorsque les soldats israéliens ont attaqué une ville de Cisjordanie pour mettre la main sur des militants recherchés.

Traduit de l'anglais par Jean-François Goulon

La situation en 2006 était déjà alarmante et catastrophique pour l'ensemble du peuple palestinien. Patrick Cockburn le précise dans cet article écrit en août/septembre 2006.

Patrick Cockburn, son témoignage à Gaza, le 8 septembre 2006 : Gaza se meurt

Gaza se meurt. Le siège de l'enclave palestinienne par Israël est tellement rigoureux que son peuple est au bord de la famine. Ici, sur les rives de la Méditerranée, se déroule une grande tragédie que le monde ignore, parce que son attention a été détournée par les guerres au Liban et en Irak.

Une société tout entière est en cours de destruction. Dans cette zone la plus dense du monde, 1,5 millions de Palestiniens y sont emprisonnés. Israël [seul débouché direct pour les marchandises] a cessé tout commerce [avec Gaza]. Israël a même interdit aux pêcheurs d'aller un peu au large ; alors, ces derniers barbotent dans les vagues pour essayer en vain d'attraper du poisson avec des filets lancés à la main.

Beaucoup de gens se font tuer lors des incursions israéliennes, terrestres et aériennes, qui ont lieu chaque jour. Le Dr Jouma al-Saqa, directeur de l'hôpital al-Shifa à Gaza (qui va bientôt se retrouver à cours de médicaments), m'explique que depuis le 25 juin, ce sont 262
personnes qui ont été tuées et 1.200 qui ont été blessées. Parmi ces dernières, 60 ont dû être amputées des bras ou des jambes. Parmi les victimes on compte 64 enfants et 26 femmes. Le conflit sanglant qui se déroule à Gaza n'a reçu, jusqu'à présent, qu'une [toute petite] fraction de l'attention accordée par les médias à la guerre au Liban.

Le 25 juin, des militants palestiniens, utilisant un tunnel pour sortir de la Bande de Gaza, ont tué deux soldats israéliens et capturé un troisième (Gilad Shalit). À la suite de quoi, écrit Gideon Levy [1] dans le quotidien Haaretz, les Forces de Défense d'Israël "saccagent tout dans Gaza - il n'y a aucun autre mot pour le décrire - tuent, démolissent, bombardent et pilonnent, sans discrimination". En gros, Gaza a été réoccupée, puisque les soldats et les chars israéliens vont et viennent comme ils veulent. La semaine dernière, dans le district de Shajhayeh, au nord, ils ont investi plusieurs maison et y sont restés cinq jours. Le temps qu'ils se retirent, 22 Palestiniens avaient été tués, trois maisons avaient été détruites et les oliveraies, les vergers de citronniers et d'amandiers avaient été rasés par les bulldozers [israéliens].

"Pour nous, c'est la pire année depuis 1948 [lorsque les réfugiés palestiniens se sont déversés pour la première fois à Gaza]", dit le Dr Maged Abou-Ramadan, un ancien ophtalmo qui est le maire de la ville de Gaza. "Gaza est une prison. Ni les gens, ni les marchandises ne sont autorisés à sortir. Les gens sont déjà affamés. Ils essayent de survivre avec du pain et des falafels et quelques tomates et concombres qu'ils cultivent eux-mêmes".

Les quelques jours pendant lesquels les Gazéens pouvaient gagner un peu d'argent ont disparu. Le Dr Abou-Ramadan dit que les Israéliens "ont détruit 70% de nos orangeraies afin de créer des zones de sécurité". Les œillets et les fraises, deux des principales exportations de Gaza, ont été jetés ou ont pourri sur pieds. Une frappe aérienne israélienne a détruit la centrale électrique et 55% de l'énergie est perdue. La fourniture d'électricité est à présent devenue aussi intermittente qu'à Bagdad.

L'attaque israélienne qui dure depuis deux mois a frappé une société déjà touchée par le retrait des subventions européennes après l'élection du Hamas, qui a formé un gouvernement en mars. Israël retient les taxes payées sur les biens entrant à Gaza. Sous la pression étasunienne, les banques arabes à l'étranger ne transfèreront pas de fonds au gouvernement.

Les deux-tiers de la population sont au chômage et le tiers restant qui travaille surtout pour l'Etat n'est pas payé. Gaza est désormais, de loin, la région la plus pauvre de la Méditerranée. Le revenu annuel par habitant est de 700 dollars (550 €), à comparer aux 20.000 dollars
(16.600 €) en Israël. Les conditions sont bien pires qu'au Liban, où le Hezbollah indemnise de façon libérale les victimes de la guerre pour la perte de leur maison. Comme si Gaza n'avait pas assez de problèmes cette semaine, la grève et les manifestations des soldats, des policiers et des personnels de sécurité sont venus compléter le tableau. Ces manifestations étaient organisées par le Fatah, le mouvement du président palestinien, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), qui a perdu les élections contre le Hamas en janvier dernier. Ses militants ont manifesté dans les rues en brandissant en l'air leurs kalachnikovs. "Abou Mazen, tu es courageux", scandaient-ils. "Sauve-nous du désastre !". Des hommes en armes du Hamas, à l'air revêche, adoptaient un profil bas pendant la manifestation mais les deux camps ne sont pas loin d'en découdre dans la rue.

Le siège israélien et le boycott européen sont des punitions collectives infligées aux Gazéens. Cela ne risque pas de dissuader les hommes en armes.

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Bien sûr, cet enfer sur terre que subit le peuple palestinien s'est aggravé de manière inimaginable lorsque la campagne de destruction Plomb Durci s'est abbatu sur Gaza, prison ouvert créé et assiégé par un état israélien belliciste, colonialiste, raciste, au-dessus des lois, et malheureusement massivement militarisé grâce au soutien indefectible des états-unis.

Sur le site Alternatives internationales

Comprendre la catastrophe de Gaza

jeudi 8 janvier 2009 par Richard Falk

Pendant 18 mois, l’ensemble du million et demi d’habitants de Gaza a été soumis à un blocus punitif imposé par Israël, et à de multiples et traumatisants défis à la normalité d’une vie quotidienne. Une lueur d’espoir était apparue il y a six mois quand une trêve négociée avec les Egyptiens a permis un réel cessez-le-feu qui a réduit les victimes israéliennes à zéro, malgré des tirs périodiques inoffensifs de roquettes artisanales tombant près du territoire israélien, et suscitant sans aucun doute une inquiétude dans la ville frontalière de Sderot. Pendant ce cessez-le-feu, la direction du Hamas à Gaza a proposé à maintes reprises de prolonger la trêve, proposant même une trêve pour une période de dix ans, et elle s’est déclarée réceptive pour une solution politique basée sur l’acceptation des frontières d’Israël de 1967. Israël a ignoré ses initiatives diplomatiques et n’a pas, de son côté, respecté l’accord de cessez-le-feu qui impliquait des assouplissements au blocus qui réduisait à une quantité infime les produits alimentaires, les médicaments et le carburant qui pouvaient entrer dans Gaza.

Israël a également refusé le visa de sortie à des étudiants détenteurs d’une bourse étrangère, à des journalistes gazaouis comme à des représentants estimés d’ONG. En même temps, Israël rendait de plus en plus difficile l’accès de Gaza aux journalistes, et j’ai moi-même été expulsé il y a quinze jours alors que je venais en Israël pour remplir ma mission d’observateur des Nations unies pour le respect des droits humains en Palestine occupée, c’est-à-dire, en Cisjordanie et Jérusalem-Est, ainsi qu’à Gaza. Il est clair qu’avant la crise en cours Israël a usé de son autorité pour empêcher des observateurs crédibles de rédiger des rapports justes et véridiques sur une situation humanitaire désespérée et déjà révélée, crise qui provoquait de graves dégradations dans les conditions physiques et la santé mentale de la
population gazaouie, à noter plus particulièrement la malnutrition chez les enfants et l’absence d’établissements de soins pour ceux qui souffrent de diverses maladies. Les attaques israéliennes visaient déjà une société qui connaissait une situation grave après un blocus maintenu pendant 18 mois.

Et pour finir, Rachel Corrie, qui ne faisait partie d'aucune armée, et dont les parents porteront toujours le deuil :

Rachel Corrie, son dernier entretien

Extrait du dernier entretien de Rachel Corrie, par la Middle East Broadcasting Company, le 14 mars 2003, deux jours avant d'être tuée par un caterpillar militarisé de l'armée israélienne lorsque elle s'opposait pacifiquement à la destruction systématique des foyers palestiniennes.

Ensemble, n'oublions pas des centaines de milliers de vies humaines supprimées et des millions de vies détruites en Palestine.

Vous ne les entenderez pas dans les médias mainstream occidentaux.

Bien à vous

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