Guerre picrochloroquine : fin de partie

C'est fini. On va enfin pouvoir parler d'autre chose. Le match est plié. Ce sont les adversaires mêmes de l’équipe de l' IHU-Marseille qui ont scellé leur sort, en marquant un but décisif contre leur camp.

Le nombre des assaillants n'arrange rien, au contraire. A trop vouloir attaquer, on laisse des trous béants dans sa défense. Trop nombreux sur la même moitié de terrain, trop confiants, trop revanchards ; on se gêne, on se précipite, chacun veut jouer sa partition, porter le coup décisif... et le ballon finit dans les filets du mauvais côté.
C'est ballot.
Moralité : Quand on veut jouer perso, mieux vaut être seul.

Mais qu'apprends-je ? Le camp adverse porte réclamation ? Le débat ne serait pas clos ? Il y aurait encore des doutes sur la validité du résultat ? On proteste que le but marqué ne serait peut-être pas valable parce que le bien nommé Lancet, défenseur aux pieds nickelés, n'avait pas chaussé les bons crampons. Il s‘en est excusé, paraît-il, ce qui suffit à certains arbitres pour proposer de rembobiner la bande, demander de retourner au vestiaire, remettre la balle au centre, refaire une étude... et, pourquoi pas ? rejouer la partie.

Mais serait-on sûr de l'emporter, cette fois ? Une meilleure solution consisterait  plutôt à disqualifier le vainqueur et à lui donner match perdu. Peu glorieux, certes, mais moins ridicule qu’une nouvelle raclée en direct devant le monde entier. Depuis quelques jours, de fins limiers révisionnent donc toutes les actions du match pour tâcher de déceler quelque irrégularité dans le jeu des toubibs marseillais, ce qui permettrait de traduire le capitaine devant une commission de discipline.
Et qui va-t-on chercher dans ces cas-là ? Le bon vieil Ordre des Médecins qu'on ressort de sa naphtaline pétainiste à chaque fois qu'on veut porter un mauvais coup.
On tremble...

Pauvres Bahis, Filerin, Macroton ! Vous êtes aussi ridicules et sinistres aujourd’hui que dans l’Amour médecin ! Ce n'est pas tant que vous soyez ergoteurs, aboyeurs, inquisiteurs, c'est que le pouvoir que vous vous êtes arrogé vous a coupés de la vraie vie, et vous a rendus, au sens étymologique, idiots.
N’avez vous donc pas compris que vous aviez définitivement perdu, quoi qu'il arrive désormais ? Quand on vous dit que la guerre est finie, personne ne vous parle de cette seule partie dans laquelle une revue réputée a perdu sa crédibilité. C’est plus grave. Vous pouvez maintenant faire publier toutes les études que vous voulez, ce n'est plus le sujet. En voulant nous persuader faussement que la chloroquine risquait de tuer, vous nous avez vraiment convaincu qu'elle pouvait sauver.
Bravo !

Le « professeur Raoult », critiquable à bien des égards, vous l'avez tout simplement rendu intouchable. Essayez simplement de traduire devant l’instance que vous voudrez celui que votre sottise a contribué à statufier, de l'empêcher de prescrire ou d’'exercer, prenez toute sanction que vous voudrez. Au mieux elle provoquera des haussements d'épaules, au pire, elle mettra les gens dans la rue. Après les Gilets Jaunes, voulez-vous vraiment voir défiler une armée de Gilets Blancs, avec perruque, barbe et moustache ? Tous les samedis ? A mon avis, la Macronie ne vous laissera pas faire...

Allons, tâchez plutôt d'être beaux joueurs. Reconnaissez votre défaite, levez cette stupide interdiction sur la chloroquine, retournez dans vos labos, rendez l'antenne et... taisez-vous.
Quant à nous que vous avez méprisés, soignants des pays désargentés d’Afrique et d’Asie, patients de Marseille ou d’ailleurs à la recherche d’une parole et d’une action alternatives à votre impertinence, supporters de la première heure ou convaincus récents, ayons le triomphe modeste. N'accablons pas de sarcasmes les arrogants d'hier. Ne demandons pas de compte aux stipendiés de Gilead et d' AbbVie. Ne revenons pas sur les errements et les mensonges des politiques. Ne nous moquons pas du remdesivir et du tocilizumab, dont les emballages recyclés serviront peut-être un jour à caler les pieds d’un bureau de la Pitié Salpêtrière. Ne faisons pas ravaler leur encre aux donneurs de leçons de la presse quotidienne.

Et surtout, soyons sympas avec les amis et les proches qui nous ont traités de complotistes, d'ennemis de la science, de gogos à gourou.
Invitons-les à dîner ou à picoler entre potes comme autrefois, et parlons d'autre chose : du printemps qui est là, des jours qui rallongent, des jupes qui raccourcissent, des terrasses qui s'emplissent, des vacances qui arrivent.

Les lendemains ne chanteront pas forcément, mais, aujourd'hui, profitons de la paix retrouvée.
Cachons note joie.
Sachons savourer le plus grand plaisir du vainqueur : le fair play !

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